Pop / Rock

[Chronique] « Too True » de Dum Dum Girls : indie pop rétro et romantique

[Chronique] « Too True » de Dum Dum Girls : indie pop rétro et romantique

28 janvier 2014 | PAR Bastien Stisi

Trois ans après Only In Dreams, Dee Dee Penny et ses musiciennes de Dum Dum Girls reviennent avec Too True, un troisième album indie pop gonflé aux références culturelles et plus rock encore que ses prédécesseurs.

[rating=3]

Dum Dum GirlsKristin Gundred (alias Dee Dee Penny) en est bien consciente : livrer un album à la plèbe et à la pâture journalistique implique forcément l’arrivage d’une multiplicité de comparaisons plus ou moins pertinentes, références musicales et sonores balancées à la va-vite par des papiers trop rapidement rédigés et des esprits trop peu concernés.

Alors, plutôt que de risquer la mise en relation de son dernier album avec des entités artistiques erronées, la décalée leadeuse et fondatrice des Dum Dum Girls (qu’elle personnalise en vérité intégralement) prend les devants, et profite de la liberté offerte par le communiqué de presse officiel de l’album pour citer pêle-mêle les Velvet Underground, Sixouxsie, Madonna, les Cure, mais également Baudelaire, Rimbaud ou encore Verlaine. Les inspirations ainsi gravées dans le marbre, on écartera un temps de l’esprit The Raveonettes et autres Blondie, auxquelles on avait tendance à penser en écoutant I Will Be et les autres productions du groupe, toutes parues chez le label californien Sub Pop (le label mythique des Beach Boys et du premier album de Nirvana).

Kristin Gundred n’oublie évidemment pas non plus de citer ici son idole de toujours Patti Smith (dont elle semble parfois vouloir imiter les mêmes incantations poétiques sur le terminal « Trouble »), et à l’image de la glorieuse auteure de Horses, rend elle aussi hommage au petit prince du symbolisme français en utilisant quelques vers du « Bateau Ivre »  sur « Rimbaud Eyes », rock, héroïque et passionné comme un coup de flingue de Verlaine.

Visiblement disposée à enfiler les clichés comme l’album enfile les morceaux de rock romantique et rétrospectif (« Evil Blooms », « Are You Okay »), la chanteuse avoue également en marge de la sortie du disque avoir composé ce dernier en état d’ébriété avancée entre New York et le Chateau Marmont hollywoodien, plongée dans les méandres d’un esprit qui nécessite une solitude complète dans ses phases les plus intensives de création. Férue de littérature et attachée aux mentions des idoles, elle n’en oubliera cependant pas pour autant de renouveler (sans le métamorphoser) un univers musical devenu avec Too True plus percutant qu’auparavant.

Loin des ballades pop rock qu’épousaient parfois les dernières compositions du groupe, Too True est en effet marqué par l’apparition prononcée de riffs mouvementés, presque sombres (« Little Minx », « Lost Boys And Girls Club »), et emprunte même une ambiance de rock new wave sur l’excellent titre introducteur « Cult Of Love », qui nous rappellera la très bonne reprise par le groupe du « There Is A Light That Never Goes Out » des Smiths sur l’EP He Gets Me Highs. La lumière des Dum Dum Girls, elle, se confond définitivement avec celle qui reflète dans le rétroviseur de leur indie pop d’un autre âge.

Dum Dum Girls, Too True, 2014, Subpop / PIAS, 28 min.

Visuel : © pochette de Too True de Dum Dum Girls

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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