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Lou Reed : A fleur de Poe (1942-2013)

Lou Reed : A fleur de Poe (1942-2013)

01 novembre 2013 | PAR Aaron Zolty

 

 

 

« Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. » Edgar Allan Poe, Eleonora

Tous, certains que le mot “Junky” fut inventé pour lui. Inventé pour lui, pariant depuis 1970 sur qui de Keith Richard ou Lou Reed mourrait le premier. Quarante-trois ans plus tard, il est aspiré le premier dans le monde astral. Non pas comme une étoile. Mais comme un trou noir qui donnera naissance à des supernova du rock’n roll, toutes constellations confondues. Des grandes heures de la Factory avec le Velvet Underground au mythe Transformer, de l’indicible objet live Berlin aux satellites de l’amour mis sur l’orbite Rock ‘n roll, Lewis Alan Reed, fils d’un migrant juif de Brooklyn du nom de Rabinowitz aura forgé le Rock’n roll de sa voix parlée rauque, de son appétence pour la littérature, de cette marque dépressive baudelairienne, racines de l’Underground. Mythe et réalité, il n’attend plus son dealer au coin de la rue. White light !

« Edgar Allan Poe a emprunté la voie royale du grand art. Il a découvert l’étrange dans le banal, le neuf dans le vieux, le pur dans l’impur. C’est un être complet. » Ce que dit Paul Valéry dans ses cahiers, peut être appliqué en totalité à Lou Reed. L’image scientifique du trou noir lui va comme une six cordes. Créant de la gravité sans en être le centre, rock littéraire donnant naissance à des millions de galaxies, surface sphérique dont même la lumière ne peut sortir, et en deçà de laquelle même cette dernière est inexorablement entraînée vers une singularité centrale. La conscience de l’artiste.

Pur ou impur.

Marqué par des électrochocs dans son adolescence pour le guérir de « tendances homosexuelles », il deviendra rapidement un addict aux médicaments, laissant sa verve drue, aride, d’une modernité efficace s’exprimer sur ces parents qui tuent leurs fils. Ses cours de littérature universitaire l’amèneront à découvrir tant la littérature classique que son potentiel d’auteur. Si proche de Baudelaire et Bacon. Mal et fleurs du mal. Ajouté à cela son goût pour le free jazz – ce qui se traduisait sur les concerts, avec une attitude très Miles pour ses musiciens dans les chorus- il devient un avant-gardiste, tout art confondu, un peu à l’image d’un Captain Beefheart.

Ce type fréquente les théâtres, les beaux-arts, à une voix rauque, éructe des textes d’une violence emblématique, slam et chante, à la recherche de « la métamorphose » via amphétamines, héroïne et bisexualité, dépressive attitude, et une forme d’incommunicabilité autiste d’une séduction irrésistible qui le gratifie rapidement d’avant-gardiste reconnu.

La fréquentation de la Factory et du maître Warhol (dont il sera une égérie au même titre que Bowie), de John Cale, Morissey donnera lieu en 1967 à la naissance du Velvet Underground dont on peut dire qu’elle est déjà la source de tout le rock indépendant depuis quarante-ans. A noter, que sorti le même jour que Sergent Peppers, cet album fera plus de buz et de ventes que l’album phare des Beatles.

Quelques « chutes » plus tard dans les abysses du junk, David Bowie et Mick Ronson conscients de ce qu’ils doivent au chimique famélique Lou, produiront le magistral Transformer, dont, chaque titre est un bijou. Textes brillants sur la rupture, sur la soumission physique, la déprime, le sexe. Le tout dans une texture musicale « rock, jazz and cabaret » d’un réalisme frais mettant en évidence les qualités littéraires du poète-romancier à la recherche de la métamorphose.

Quatre ans de lumière avec vue sur l’ombre. Transformer, Berlin, Coney Island Baby, Metal machine Music (un flop) et le boulversant objet brutal Rock‘n roll animal marqueront à jamais l’histoire de la musique. Que ce soit la pop, le rock, le punk, le métal, la façon de chanter, la relation « shoegaze » mélange d’ombre et de lumière, la verve tant crûe que Baudelairienne, les thèmes « sexe and drugs and rock‘n roll », la démarche esthétique, Lou Reed, à la quête du Transformé aura, éveillé, réussi à ouvrir la voie de la transformation du rock.

Un coup de cœur particulier pour The raven (2003), l’hommage musical à Edgar Poe. Très éloigné du public, c’est une œuvre magistrale qui devrait recevoir aujourd’hui une nouvelle vie.
De Lou Reed, on dira que toute sa vie il aura cherché la posture du Transformer. Éminemment romantique, il est une performance esthétique essentielle, au même titre que Dylan, Bacon, Twombly, Pina Bausch, Murnau. De celles et ceux qui saisissent les paradoxes, à la recherche des limites, de celles qui mènent au primitif, innocence vertueuse que l’on sanctuarise dans le vice d’une culture sauvage nommée Rock’n roll suicide. Et de plaider pour un jour parfait à boire de la sangria jusqu’à la tombée de la nuit, pour déprimer dans la peur du noir des contes fantastiques. Dans la peau d’Edgar Allan Poe. Un ravin lumineux.

A écouter :

http://www.youtube.com/user/MetalMachineManiac?feature=watch

https://youtube.com/watch?v=rrys8knY53I

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Aaron Zolty

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