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[Chronique] « II » de Metz : patiemment frontal, viscéralement punk

[Chronique] « II » de Metz : patiemment frontal, viscéralement punk

13 mai 2015 | PAR Bastien Stisi

Metz n’est pas du genre à faire dans la fioriture. Le premier album était un album éponyme. Le second s’appelle II. Et en studio comme lors des concerts qu’ils ont souvent donnés en France (dont on a souvent célébré la virulence et le caractère addictif), le trio canadien porte en lui une idéologie essentielle : le rock noisy de ces tarés-là, comme hier, se fait aujourd’hui patiemment frontal et viscéralement punk.

[rating=4]

Entre le premier et le second album, information formidable, on ne descelle pas de changement majeur. Dans la qualité du contenu comme dans la manière d’orchestrer ces morceaux faussement directs et vraiment destructeurs. Sur II, comme sur Metz, les mélodies et les refrains existent ainsi comme à l’intérieur de n’importe quelle comptine pop. Sauf que ceux-ci, qu’ils soient exécutés par la voix d’Alex Edkins ou de Chris Slorach (les deux se partagent le chant, et se répartissent guitare et basse), sont broyées sous une avalanche de riffs noisy et d’agressions punk.

S’ils donnent parfois l’impression de vouloir prendre leur temps avant d’exploser de manière littérale (les introductions sont parfois plus patientes, comme sur « Acetate », sur « The Swimmer », sur « Wait In Line », sur « Kicking A Can Of Worms »), la plupart des morceaux qui composent ce second album s’avère aussi poudreuse (dans le sens, « poudre de canon ») et abrasives que ceux qui composaient le précédent, offrant sur « Landfill », sur « Nervous System », sur « Eyes Peeled », une réelle manifestation de ce que représente le terme trop souvent galvaudé « d’urgence », dans la composition comme dans l’exécution. Et si le tonnerre se tempère parfois à l’intérieur même d’un orage, c’est pour mieux repartir ensuite (« Spit You Out », « I.O.U. »). Un punk urgent, mais pas pressé. C’est qu’il y a des instants où il faut savoir ne pas s’interrompre.

Car de pause, il n’y en aura aucune ici. Simplement, la persistance d’un punk écorché, douloureux et sulfureux, véhiculé par la force des guitares, de la batterie et d’une basse dont il faut noter la lourdeur et l’importance fondamentale, qui ne cessera de faire honneur au nom que les trois Canadiens ont un jour décidé de faire leur (on a souvent répété que ce nom renvoyait au terme de « bordel », soit « mess » en Anglais).

Ces malades-là sont conscients de leur force. Et savent aussi que c’est avec cette conscience que l’on se fait le plus menaçant. « Nervous System », hurle ainsi Alex Edkins sur le morceau du même nom. De l’état de leur santé mentale, et donc artistique, c’est encore eux qui en parlent donc le mieux.

Metz, II, Sub Pop Records / [PIAS], 2015, 31 min.

En concert le 27 juin au festival Le Rock dans Tous ses États.

Visuel : © pochette de II de Metz

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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