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Playlist de la semaine (116)

Playlist de la semaine (116)

16 mai 2015 | PAR Bastien Stisi

Le deuxième essai bien plus probant d’Omar Souleyman, le clip prophétique de Marilyn Manson, le rail de coke de Koudlam…la playlist de la semaine, rendez-vous hebdo confectionné par Toute La Culture, rien que pour vos oreilles et pour vos tympans exigeants : 

1. Omar Souleyman, « Enssa El Aatab »

Le Syrien Omar Souleyman, ancien animateur de mariages du Moyen-Orient et désormais animateur de soirées d’hipsters fringants, sortira cet été son second « véritable » album (les premiers étaient des enregistrements lo-fi et artisanaux sur cassettes), nommé Bahdeni Nami, deux ans après le premier (Wenu Wenu) qui l’avait vu collaborer alors avec le Londonien Four Tet. Et si on avait alors émis quelques doutes sur la perspicacité et sur le rendu d’une telle collaboration, on salue cette fois-ci, sur ce second essai bien plus convaincant, la belle complémentarité des deux entités (car Four Tet participe de nouveau à l’album) qui mélangent beats électro et déclarations d’amours orientales, le tout avec l’aide, parce que le bonhomme sait décidément très bien s’entourer, de Gilles Peterson et de Modeselektor. L’album, justement, paraît chez Monkeytown Records (le label créé par Modeselktor), et vient rejoindre un catalogue jusqu’ici davantage marqué électro berlinoise branchouille (Moderat, Siriusmo…) que synthpop syrienne kitschouille.

2. Marilyn Manson, « The Mephistopheles of Los Angeles »

En bonne hérétique et anti-cléricale qu’il est, Marilyn Manson se fait, pour les besoins du clip de son morceau « The Mephistopheles Of Los Angeles », prophète incantateur à l’intérieur d’une prison californienne. On lui soupçonne des tendances vampiriques (cette manière de se frotter la joue sans arrêt suggère la naissance d’une dentition pointue), et on salue la qualité d’un clip réalisé par Francesco Carrozzini qui, comme souvent chez Manson, mêle références croisées au sacré désacralisé et au morbide assumé. The Pale Emperor, le dernier album de l’Américain, est paru chez Loma Vista Recordings en janvier dernier.

3. Koudlam, « Transperu »

Une paille (puis une deuxième) semble sniffer un rail de coke, et en profite pour se fier un chemin entre des dauphins, des squelettes avec des plumes d’indiens, des marches rouges à monter (est-ce une référence à Cannes ?), le Soleil et les cieux. Scénario judicieux, puisque c’est justement sous l’effet de la poudre blanche que semble avoir été conçu « Transperu », le nouvel extrait du Benidorm Dream de Koudlam qui avait vu l’un des plus dégénérés énergumènes de Pan European (Flavien Berger, Judah Warsky, Buvette) passer de l’électro tribale et enjoliveuse à la rave de cave salasse et translucide.

4. Aquilo, « Better Off Without You »

Toujours plus lyrique, le duo de gosses britanniques Aquilo (leur âge est aussi peu élevé que leurs ambitions amoureuses sont hautes, rien d’illogique) annonce la sortie de son nouvel EP Calling Me, qui intervient quelques mois après le premier, Human, produit par le Viennois SOHN. Les deux premiers singles du groupe, « I Gave It All » et « Losing You », avaient abouti à un diptyque clipé aussi potache qu’addictif. Pas encore de vidéo à se mettre sous la dent ici, mais un morceau vaguant avec volupté entre les cerveaux traumatiques de James Blake, de Fyfe, d’How To Dress Well et autres William Arcane.

5. Thomston, « Collarbones »

On parlait à l’instant d’Aquilo, et de ses contemporains d’époque et de tristesse rédhibitoires (James Blake, Fyfe, How To Dress Well, William Arcane, SOHN…) A cette liste essentielle et salvatrice, qui ont pris le parti de noyer les névroses dans un mélange acide et humain de R&B ancien et de post-dubstep moderne, on doit aussi maintenant ajouter Thomston, Néo-zélandais à peine majeur venu du même continent que l’Australien Chet Faker (un autre cousin du genre), en préparation de son premier LP après la parution de plusieurs EP mettant en avant le judicieux mélange d’une voix de ténor soul et de beats électro pontifiants. De passage aux Etoiles cette semaine, on peut en attendant un nouveau live en France s’allonger avec lui devant le clip de « Collarobnes », son dernier extrait en date.

6. Lapalux ; Andreya Triana, « Puzzle »

Parce qu’il a sorti le mois dernier son nouvel album Lustmore chez Ninja Tunes (Bonobo, Mr. Scruff, Yppah…), Lapalux, accompagné de la chanteuse Andreya Triana (son album à elle, Giants, vient également de sortir), fait paraître le clip de « Puzzle », qui met en scène la destinée homicidaire d’un couple égaré entre réalité lugubre et fantasme perturbé. Une ambiance à l’image de la musique du Londonien, dont on ne sait jamais très bien si il faut la recevoir comme un cauchemar pas si désagréable ou comme une rêverie pas tellement rassurante…

7. Cerrone, « Supernatural (Beth Ditto & Alan Braxe remix)

Garant, avec le parrain Giorgio Moroder, d’une musique disco de plus en plus ancrée dans l’utilisation des synthétiseurs (viendra alors la meilleure heure de Donna Summer), Marc Cerrone, alors au tout début d’une carrière magistrale et inédite, sort en 1977 le morceau « Supernature », un tube éternel qu’il est résolument impossible de ne pas avoir entendu une fois au mois au cours de son existence. Et il n’est parfois pas inutile de ressortir des vieux classiques du placard. Ici, c’est les élans synthético-écolo de « Supernature » sont repris par Beth Ditto (la chanteuse de Gossip) et repassés sous le mixage d’Alan Braxe, responsable avec Thomas Bangalter et Benjamin Diamond de « Music Sounds Better With You », l’un des tubes les plus importants de toute l’histoire de la house (sans ça, « One More Time » n’aurait sans doute jamais existé). Les créateurs de tubes se comprennent toujours.


Visuel : (c) pochette de Bahdeni Nami d’Omar Souleyman

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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