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[Chronique] « Wenu Wenu » d’Omar Souleyman : des synthés, du sable, du vent

[Chronique] « Wenu Wenu » d’Omar Souleyman : des synthés, du sable, du vent

11 décembre 2013 | PAR Bastien Stisi

Omar-Souleyman-Wenu-Wenu

[rating=2]

Après des centaines de cassettes enregistrées dans sa Syrie natale et des litanies de mariés locaux venus célébrer leurs noces sous les énonciations poétiques de son flow solennisé, Omar Souleyman franchit définitivement le cap de l’occidentalisation marketée en publiant un premier « véritable » album chez Ribbon Music, la filiale world du géant label Domino.

Certains, sans doute, avaient vu avec l’association de Four Tet au premier album d’Omar Souleyman une bonne opportunité de voir évoluer de manière symptomatique la debka modernisée de l’ancien animateur de mariages devenu animateur de regroupements hipsters, et par là même de rendre davantage accessible l’univers sonore d’un artiste dont on ne comprend toujours pas très bien les rouages incertains qui l’ont mené aujourd’hui à un tel degré de postérité branchée.

Pas la peine, pour ceux-là, de s’aventurer plus loin que les premières percussions cheep qui introduisent le « tube » éponyme de l’album : sur Wenu Wenu, l’influence du sophistiqué DJ britannique se ressent uniquement dans sa manière d’assainir des productions habituellement salement lo-fi, tout en évitant au maximum d’interférer dans le processus de composition du saltimbanque syrien à l’opulente moustache. Il s’avère dès lors inenvisageable de trouver ici une trace quelconque de l’onirisme house et électronique assimilé d’usage au brillant fondateur du label Text Records.

Il y aura à n’en pas douter autant de déçus qui en perdront de dépit leur volonté de tenter un voyage initiatique sur le territoire syrien que de crédules absolus qui continueront à voir chez le nouvel ami de Björk (il avait remixé à la sauce orientale son morceau « Crystalline ») un avant-gardisme fantasque géniteur d’une nouvelle manière d’envisager la musique orientale.

Pour les amateurs de debka pure et dure (ils sont sans doute nombreux), en revanche, c’est le pied total : ils retrouveront sur ce Wenu Wenu toute l’énergie des synthés criards et des boîtes à rythmes aux percussions désuètes qui font toute la personnalité d’Omar Souleyman, et pourront engager à leur guise la fameuse danse du dabke, musique traditionnelle et enjouée du Moyen-Orient qui se danse avec frénésie et épaules contre épaules (sur « Warni Warni », et sur « Ya Yumma », ils auront intérêt à être très doués et très rapides…) À trop sautiller de joie et de volupté, attention toutefois pour eux à ne pas s’envoler : il y a incontestablement beaucoup de vent dans l’innovation supposée de ce vendeur de rêves un brin surévalué…

Omar Souleyman, Wenu Wenu, Ribbon Music / Domino / Sony Music, 38 min.

Visuel : © pochette de Wenu Wenu d’Omar Souleyman

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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