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[Quinzaine Des Réalisateurs] « El Abrazo de la serpiente » : belle expédition onirique dans la jungle amazonienne

[Quinzaine Des Réalisateurs] « El Abrazo de la serpiente » : belle expédition onirique dans la jungle amazonienne

16 mai 2015 | PAR Hugo Saadi

Second film de la Quinzaine des Réalisateurs, El Abrazo de la serpiente de Ciro Guerra aura pour effet de sortir complètement du lot et de nous faire voyager en Amazonie aux côtés des indiens. Remarquable sur la forme, le fond ne parvient cependant pas à émouvoir. 

[rating=3]

Tourné quasiment intégralement en noir & blanc (une séquence surréaliste est en couleurs), le film de Ciro Guerra s’ouvre dans un calme inquiétant. La caméra nous débarque dans le nouveau monde, en pleine forêt sud-américaine. Début des années 1900, le réalisateur nous emmène dans les pas de Théodore Van Martius, grand ethnologue allemand parti en reconnaissance dans la région. Malade, il est dans l’obligation de se procurer une plante qui pourra le guérir, mais il aura besoin d’un guide, Karamakate, un chaman amazonien pour qui les blancs représentent des démons.

« Je n’aime pas les blancs, ce sont des démons »

Ciro Guerra propose deux expéditions simultanées en composant son récit d’une double trame narrative, la seconde mettant en scène Evan, ethonobotaniste américain revenu 40 ans après à la recherche de la Yacruna, cette mystérieuse plante dont les recueils de Van Martius faisaient état. Cette double narration, par ses éléments de récit connexes ne fait qu’un avec l’intrigue. Les transitions entre les deux époques sont poétiques et sublimement mises en scène. Guerra compose et centre son film sur le lit de la rivière, rivière dont les bras d’eau forment un immense serpent. Il use du fleuve pour donner à son film un rythme paisible et en flottement permanent. Les plans en surface et en pleine navigation sont élégants et sans artifice. Il faut dire que les paysages y sont pour beaucoup. On se croirait très souvent dans des photographies de Sebastiao Salgado ou Jimmy Nelson. La bande son se compose de bruit naturel : écoulement, chants des oiseaux, ainsi que de chansons tribales.

« Pour se convertir en guerrier, l’homme doit tout abandonner »

A travers ces deux expéditions liées, El Abrazo de la Serpiente dépeint avec subtilité la culture des indiens d’Amazonie ainsi que les relations qu’ils entretiennent entre eux et avec les blancs. Pour le spectateur cette virée en terre inconnue prend par moments des allures de documentaire, mais les multiples péripéties viennent garnir une intrigue bien chargée. Parmi celles-ci, on émettra quelques réserves sur le passage dit du « Messi », légèrement too much. Fort en symboliques, le film colombien repose également beaucoup sur ses acteurs indiens, très touchants.

En somme, une belle plongée dans cet univers fait de rêverie qui séduira, mais qui malgré tout ne parviendra jamais à bouleverser et émouvoir.

* El Abrazo de la serpiente, un film de Ciro Guerra avec Jan Bijvoet, Brionne Davis, Luigi Sciamanna Colombie. 2h05.

Retrouvez tous nos articles sur le 68ème festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2015.

Visuels © DR

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