Musique

[Live report] Yelle, Benjamin Booker, Brodinski et Fakear au Solidays

[Live report] Yelle, Benjamin Booker, Brodinski et Fakear au Solidays

29 juin 2015 | PAR Bastien Stisi

Sur le site de la porte de Longchamp, bien plus que vendredi et samedi, la chaleur est étouffante. Les plus courageux, venus en début d’après-midi assister aux concerts de Mademoiselle K, de Flavia Coelho, de Moriarty et d’Hyphen Hyphen, sont reconnaissables à l’odeur (celle de la crème solaire camoufle heureusement souvent celle de la transpiration), et aux coups de soleil naissants que certains portent déjà dans la nuque…

Yelle : complètement pop

Et ce n’est pas bouger son « Ba$$in » sous les demandes expressives de Yelle – elle sait manifestement bien mieux le faire que la plupart des gens qui tendent de reproduire le geste aguicheur avec elle… – qui la fera baisser, cette chaleur. Car Julie Budet et ses deux musiciens à la batterie, lancés dans la défense live de leur troisième album Complètement Fou depuis des mois (en France comme de l’autre côté de l’Atlantique) portent avec eux une réputation scénique qu’ils auront parfaitement justifié hier après-midi. Car le live du trio, didactique et participatif (Yelle apprend à danser et à suivre une rythmique), accumulera les tubes, aux paroles souvent répétées, d’hier (« Je veux te voir », « Safari Disco Club ») et d’aujourd’hui (« Complètement Fou », « Jeune fille garnement »), et à la question « est-ce que j’m’amuse ? », posée  dans « Coca sans bulles », la plupart auront répondu de manière sacrément positive. Un vrai très bon concert de pop, calibré mais honnête (les deux termes ne sont pas si souvent associables…)

Le tonnerre Booker, la foudre St-Paul

Et puis, alors que Damian Marley joue au jukebox sur la grande Scène Paris, en alternant morceaux cultes du répertoire de papa (« Get Up, Stand Up ») et morceaux cultes de son propre répertoire (« Welcome to Jamrock », « Road to Zion »), Benjamin Booker débute sous un chapiteau du César Circus loin d’être plein à son arrivée sur scène. Tant mieux pour ceux qui y sont, et tant pis pour ceux qui auront préféré aller sautiller comme l’an passé sur Chinese Man ou tomber la chemise (et la recouvrir de poudre peinturée, puisqu’on en jette dans le public) avec Zebda. Car le live du jeune Américain, intensif et jouissif, s’imposera comme l’un des tous meilleurs de ces trois journées de festival. Déjà aperçu cet automne au Festival des Inrocks, le Virginien, porté par une voix cassée et effroyablement sensuelle (autour de nous, certaines s’émeuvent) et des riffs parfois destructeurs, confronte la musique du Sud-Est des États-Unis (le blues, la soul, le rock & roll) à la musique du Nord-Ouest (le grunge, essentiellement), et en ressort un cocktail sonique, explosif et toutefois patient.

« Violent Shiver », « Slow Coming », « Wicked Waters » : les éléments émanant du premier album éponyme du chanteur / guitariste, accompagné par un batteur et un bassiste sur scène, défileront. Tous seront maîtrisés, et tous seront ovationnés. Coïncidence, le groupe qui succédera à Booker sous ce même chapiteau, partagera avec lui les origines géographiques (le Sud des Etats-Unis) et les applaudissements fanatiques qui succèdent à ces lives que l’on sent offerts avec l’intérieur des tripes. Car c’est bien de là que vient indéniablement le chant, haut et déchiré, de Paul Janeway, qui mène avec une puissance incomparable St-Paul & the Broken Bells, ce groupe qui fracassera les cieux du Solidays de la même manière qu’il l’avait déjà fait avec ceux de Rock en Seine l’an passé. En transe et en costume, avec ses chaussures à paillettes grisées, le crooker à la grosse ossature et au coffre de virtuose prêche et convertit instantanément tous ceux qui se retrouvent sur son chemin. Entre gospel de stade et soul de boudoir, les Américains offrent, et ce n’est pas une surprise, le live le plus littéralement habité de cette édition 2015 du Solidays.

Brodinski, Fakear : french touch farouche

Cette édition 2015, elle s’achèvera, si l’on excepte le DJ autrichien Parov Stelar et de sa bande d’électro swingueur rétro-ringuos (leurs émules français de Caravan Palace jouaient aussi vendredi), sur la confrontation de deux artistes issus de deux générations différentes (« électroniquement » parlant du moins) et qui paraissent être partis pour connaître des trajectoires semblables.

D’un côté, sur la scène Domino, le Rémois Brodinski, 28 ans, tête pensante du label Bromance (Gesaffelstein, Club Cheval, Louisahhh…), qui présente un premier album (Brava) sorti cette année, après avoir brisé les dancefloors du monde entier durant des années. Un œil tourné vers le rap ricain, et l’autre vers le bitume. C’est plein : devant on étouffe, au loin on ne voit rien. Les beats sont gredins et les basses lourdes.

De l’autre, sous le Dôme, le Caennais Fakear, 23 ans, poussé par Nowadays Records (La Fine Equipe, Hoosky, Everdydayz…), sur le point de remplir un Olympia en octobre en ayant simplement sorti une poignée d’EP…Un œil tourné vers des contrées asiatiques (« Hinode », « Morning In Japan », « Skyline ») ou Syrienne (« Damas »), et l’autre vers le bitume (et souvent l’éther). C’est plein : devant on étouffe, au loin on ne voit rien. Les pads sont frappés et les mélodies élancées.

Pendant ce temps, et alors que les incantations tribales de « La Lune Rousse » raisonnent au sein d’un live qui fait bien d’accumuler les humains sur scène (Fakear a fini le temps où il n’était entouré que par ses pads : le voilà maintenant avec violoncelle et chanteuse souveraine), on fait les comptes au QG du Solidays. Et ceux-ci valident le nombre de 180 000 places vendues sur les 3 jours de festival, contre 175 000 l’an passé. Record battu, et une lutte qu’il ne faut pour autant pas abandonner.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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