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[Interview] « Le Sonic Visions : le grand rendez-vous indé du Luxembourg »

[Interview] « Le Sonic Visions : le grand rendez-vous indé du Luxembourg »

12 novembre 2015 | PAR Bastien Stisi

Compliqué d’exister lorsque l’on propose un festival de musique indé sur le territoire luxembourgeois, un micro pays positionné au carrefour économique de l’Europe (entre la France, l’Allemagne et la Belgique) et pas forcément reconnu pour sa tradition d’avant-garde et de défrichage culturel. Et pourtant : à l’occasion du MaMA, avec qui le Sonic Visions partage l’attrait à la fois pour son cycle de conférences et pour son cycle de concerts, on a rencontré Arnaud Velvovitch, programmateur depuis 4 ans d’un festival qui débute aujourd’hui par le biais d’une soirée spécialement consacrée à la musique métal (le public luxembourgeois en est donc friand) et qui se poursuit jusqu’à samedi au sein d’une salle de concerts, le Rockhal, qui compte parmi les salles les plus imposantes de cette partie de l’Europe et dont la programmation, pointue et éclectique (d’Aaron à José Gonzalez, de Fakear à Mutiny On The Bounty…), n’a rien à envier à celle de ses voisins francophones ou germanophones. Rencontre et découverte d’un projet aux idées larges.

De l’intérieur, comment juge-t-on l’évolution du festival de ses débuts il y a 8 ans à aujourd’hui ?

A. V. : Déjà, niveau international, le festival est très apprécié et très reconnu, même si on travaille sur le fait qu’il le soit davantage. La visibilité à l’étranger, c’est un problème viscéralement lié à la situation du Luxembourg, on doit faire avec.

Le Sonic Visions est un projet un peu particulier puisqu’il correspond à un territoire particulier : celui du Luxembourg, un pays au carrefour de l’Europe, multiculturel, qui parle 4 langues et historiquement très entrepreneurial.

A la base, nous sommes une salle de concerts (le Rockhal), une très grosse salle très qui compte parmi les 5 meilleures salles de concerts dans l’Europe en terme de qualité et de taille, et la programmation des événements au cours de l’année représente 80% de notre activité. On fait à la fois des artistes en développement, du middle size et des très gros artistes.

Le Sonic Visions, c’est un peu notre chouchou et notre rendez-vous annuel principal. Le grand rendez-vous indé du Luxembourg même a priori. L’idée du festival c’était de réunir l’ensemble de nos activités et de nos passions, c’est-à-dire l’accompagnement et la découverte de jeunes artistes et le développement d’une industrie locale, quasiment inexistante et qui poussent ainsi les artistes luxembourgeois à s’exporter, en Angleterre ou en Allemagne principalement.

On propose ainsi un festival à taille humaine (tout est organisé sur 30 mètres),  où circulent environ à 3 000 personnes par jour sans compter les professionnels, et où il est à la fois possible de venir voir de grands noms en guise de têtes d’affiche (Alabama Shakes, Algiers, José Gonzalez, Aaron…) mais aussi des artistes largement plus émergents. L’année dernière par exemple, niveau Français, on avait notamment programmé Grand Blanc, qui était encore petit et qui commence à bien se développer.

Quels seront, selon vous, les noms à suivre tout particulièrement cette année ?

A. V. : Je suis notamment très content de pouvoir proposer José Gonzalez et Alabama Shakes sur une même date, je trouve ça assez classe ! Niveau « découvertes » on attend notamment beaucoup d’Halos, de 3somesisters, ou encore de Fakear, qui commence à être bien connu en France mais qui a encore une place à se faire à l’international. J’espère qu’on y contribuera !

Le Luxembourg est au carrefour de la France et de l’Allemagne. Y a t-il une volonté de convoquer des artistes émanant de ces deux territoires, afin de les faire se rencontrer ?

A. V. : Il y a un peu de ça oui. On est au centre de l’Europe, et on peut proposer au Sonic Visions des artistes qui cartonnent dans un pays mais qui ne sont pas du tout connu dans l’autre. C’est un peu le cas en France pour Aaron, ou en Allemagne pour Namika, qui est un projet de soul allemand qui ne dépassera jamais son propre territoire si on n’essaye pas un peu de le proposer à des publics nouveaux !

Le Sonic Visions, je suppose, est aussi l’occasion de proposer des artistes issus de la scène indé locale…

A. V. : Tout à fait. Nous avons 12 artistes luxembourgeois programmés cette année, des artistes dont on estime qu’ils ont le potentiel, déjà, de s’exporter à l’étranger. Cette année, outre Mutiny On The Bounty qui est l’un de nos groupes locaux phare, on propose par exemple Cleveland, qui a déjà fait quelques morceaux sur BPitch, ou les excellents Ice In My Eyes. On a aussi une scène rock très importante, et notamment une soirée entièrement consacrée à la musique métal où seront programmés pas mal d’artistes luxembourgeois.

C’est assez rare ça, un festival qui n’est pas spécifiquement métal mais qui consacre une soirée spéciale à ce genre-là…y a-t-il un attrait particulier pour la musique métal au Luxembourg ?

A. V. : Tout à fait oui. Le Luxembourg est à ce titre très semblable à l’Allemagne, où le metal est très populaire aussi. On a depuis quelques années des artistes de ce genre au Sonic Visions, et si on a décidé d’y dédier spécifiquement une soirée cette année, c’est aussi parce que c’est un genre qui, à notre connaissance et à part peut-être en Norvège, n’a pas forcément de lieu où se retrouver autour de conférences et de débats entre professionnels, un peu justement comme le fait ici le MaMA. C’est un angle que l’on envisage de développer peut-être encore plus pour l’année prochaine.

Justement : Luxembourg, novembre 2016, nouvelle édition du Sonic Visions ?

A. V. : A priori oui ! On l’espère très fort en tout cas !

Le festival Sonic Visions débute aujourd’hui au Rockhal de Luxembourg. Sa programmation complète se retrouve par ici.

Visuel : (c) DR

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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