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Le Jacky Terrasson Trio au Sunside : notre coup de cœur du Festival Pianissimo

Le Jacky Terrasson Trio au Sunside : notre coup de cœur du Festival Pianissimo

09 août 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Dans le cadre de la XVIIè édition du Festival Pianissimo qui se poursuit jusqu’à la fin du mois de septembre 2022 au Sunset Sunside, le pianiste Jacky Terrasson, accompagné du batteur cubain Lukmil Perez et de Géraud Portal à la contrebasse, ont créé l’événement début juillet. Concerts brûlants, public embrasé avec en prime deux chanteuses de feu : Charlotte Planchou et Céline Rudolph. Récit d’une soirée enfiévrée.

Une ambiance électrique

Sous un ciel d’été parisien, la ville diffuse une lumière chaude et puissante. À l’entrée du club mythique de la rue des Lombards frétille déjà une file enthousiaste. Des femmes et des hommes de tout âge et même des enfants entraînés par leurs parents sont heureux de partager leur passion musicale. Le club est bondé, plus une seule chaise de libre. Qu’on en rajoute ! C’est aussi ça l’effet du trio de Jacky Terrasson.

Brouhaha de circonstance, murmures partagés, parsemés de tintements de verres et de rires retentissants. Le joyeux tumulte s’estompe progressivement et quand les artistes entrent en scène, c’est une ovation. Les lumières s’éteignent, la scène s’illumine. Du fond de la salle, un par un, les musiciens se faufilent parmi l’auditoire. Jacky Terrasson, d’abord, suivi de Lukmil Perez puis de Géraud Portal. Le sourire aux lèvres, ils défilent avec souplesse dans l’espace ténu laissé entre les chaises qui craquent et s’agitent sous le poids d’un public venu nombreux. L’ambiance est électrique, chargée d’une énergie folle.

Une introduction pianissimo : un effet fortissimo

Le public est maintenant en apnée, osant à peine respirer quand le pianiste commence à jouer. Les premières notes sont exprimées dans un chuchotement qui vous enveloppe de douceur, un souffle de beauté et de délicatesse. Le temps s’étire, les silences s’installent.

Et puis arrive cette note, ce mi bémol qui semble se répéter à l’infini, comme un flot discontinu, une ligne en pointillés. Alors le rythme s’accélère et la note se fait plus appuyée. Toujours ce mi bémol entêtant, que les accords arpégés de la main gauche viennent ornementer avec brio. Le chant se dessine progressivement tout autour et nous voilà plongés dans la composition du pianiste.

Quelle belle introduction pour les autres instruments qui viennent se greffer avec élégance et discrétion. La transition est nuancée, subtile et délicate. Portées par le jeu flamboyant de Lukmil Perez à la batterie et mises en exergue par la contrebasse de Géraud Portal, les notes s’envolent. Le spectre sonore s’élargit, les sons résonnent autrement.

Un jeu éblouissant

Le pianiste s’amuse, il joue avec les sons, provoque des accords dissonants inattendus, cite des références connues, bifurque dans sa rythmique. Le clavier est balayé intégralement. C’est à se demander parfois s’il ne serait pas capable de nous trouver d’autres notes encore, comme celles qu’il joue parfois en fin de morceau, les bras élancés vers le ciel et les doigts animés dans les airs… Avec lui, tout est réinventé en permanence. Qu’il s’agisse de ses reprises géniales ou de ses propres compositions, on arrive toujours à se laisser surprendre par quelque chose de nouveau. Vous aurez beau écouter cent fois sa version percussive de Caravan ou sa réappropriation formidable de Lacrimosa, jamais vous n’entendrez les mêmes morceaux. Idem pour Love for Sale, Smile, Lover Man, Besame Mucho et bien d’autres.

Ça marche aussi avec ses compositions. Prenez par exemple Kiss Jannett For Me. Juste en modifiant légèrement le tempo, en le ralentissant à peine, il arrive encore à vous décontenancer. Jacky Terrasson aime parsemer ses titres de quelques citations choisies, glissées au gré de son bon plaisir et de ses facéties. Quand il convoque les Beatles, Charlie Parker, Gainsbourg ou Piaf : ça tombe toujours à un moment inattendu et donc réussi.

Un éloge de la beauté

Avec Jacky Terrasson, nous sommes pris dans un élan magnifique, nous oscillons entre pianissimo et fortissimo, nous passons de dolce à agitato en un battement de cils. Sa musique est tangible, elle se ressent physiquement et les répercussions sont immédiates. Oubliés le stress de la journée, les préoccupations du quotidien, les vicissitudes de l’existence : en quelques notes, le Jacky Terrasson Trio vous embarque dans un tourbillon fantastique, vous arrache à votre réalité et vous ramène à l’essentiel.

Tel Novecento, pianiste virtuose au-delà des mers et des océans, Terrasson part en voyage avec ses musiciens, explore des contrées inconnues, s’émerveille de tout ce que le monde a à offrir et vous fait l’immense cadeau de vous emmener avec lui, de partager ce qu’il y a de plus grandiose. Véritable éloge de la beauté, sa musique vous happe vers un ailleurs, où le temps n’existe plus et où tout est émerveillement. Vous flottez dans une bulle de bien-être. Inspirez, expirez, vous ne rêvez pas : vous êtes au Sunside.

Cerise sur le gâteau, en cette belle soirée de juillet, nous aurons la chance d’écouter deux invitées surprises du pianiste, les chanteuses à l’indéniable talent : Charlotte Planchou qui nous offrira une magnifique interprétation de Nature Boy et Céline Rudolph dont la démonstration de scat n’aura laissé personne indifférent.

Le public est conquis.

 

Visuel : (c) GE

Jacky Terrasson Trio 

Au Sunside, Juillet 2022

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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