Jazz
Jacky Terrasson Trio, en toute intimité au Sunside

Jacky Terrasson Trio, en toute intimité au Sunside

19 août 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Accompagné par le flamboyant Lukmil Perez à la batterie et l’étincelant Géraud Portal à la contrebasse, Jacky Terrasson, pianiste fondamental de la scène jazz, était en grande forme avec son trio de choc et a offert à son public trois concerts explosifs dans le cadre du Festival Pianissimo Volume XVI au Sunside, du 12 au 14 août.

Le Sunside, Club de Jazz incontournable et intimiste

Le Sunside, qui fêtera bientôt ses 40 ans, a cette particularité double d’accueillir des artistes de renommée internationale et de permettre une proximité conviviale et chaleureuse entre le public et les musiciens. Quand vous pénétrez dans ce lieu au charme authentique, non seulement vous vous y sentez tout de suite bien mais vous savez que vous allez vivre un moment à part. Une fois à l’intérieur, vous plongez dans un ailleurs, où les émotions sont démultipliées, votre rapport spatio-temporel est chamboulé et vous n’avez plus qu’à laisser la magie opérer…

Écouter le Jacky Terrasson Trio sur la scène du Sunside est un privilège. Quand les artistes s’installent, on sait déjà que la soirée s’annonce viscérale et fulgurante. Les notes seront tantôt chuchotées, comme frôlées avec une extrême délicatesse ou bien exprimées vigoureusement dans un élan sublime, avec une véhémence hallucinante. Nous serons embarqués dans une effervescence musicale féconde et sensible, où les variations seront éloquentes, entre rythmes lents, silences accentués et accélérations de tempo. Comme dans un poème de Lamartine, l’évocation d’instants suspendus produira une tension particulière et les sens seront aux aguets. Le trio dresse un hymne à la beauté où chaque set devient la promesse d’un moment d’exception.

Trois musiciens virtuoses

Le jeu de Jacky Terrasson est à la fois volcanique, puissant, percussif et en même temps d’une douceur voluptueuse et sensuelle. Le piano murmure, bruisse, frémit ou crie… et tout ça parfois dans le même morceau. Quand le pianiste joue, c’est toute sa personnalité qui s’exprime et l’instrument devient l’extension de son être et de ses émotions. A la manière de Keith Jarrett, on l’entend fredonner les thèmes joués, il se lève et se rassoit, les coudes partent vers l’arrière dans un mouvement ample. Ses bras sont comme traversés par un courant électrique, balancés autour de lui, les mains s’animent avec ardeur sur le clavier et parcourent toutes les touches avec une vélocité extraordinaire. Il entre en communion avec la musique et communique d’une manière presque spirituelle avec l’auditoire. Sa performance est d’une richesse mélodique et rythmique rare, tout en contrastes et nuances. On croit parfois entendre comme une pluie de notes, avec ce tintement clair et léger quand il part dans les aigus. Il explore la musicalité du piano dans sa totalité, tambourine sur le bois, frotte avec ses doigts les cordes métalliques qui émettent un son de cithare. Accompagné de ses talentueux musiciens qui accentuent la rythmique : piano, contrebasse et batterie se répondent. 

Très à l’écoute, Géraud Portal instaure une pulsation, un dialogue avec le piano. La contrebasse renforce le jeu et rythme la cadence. Ses riffs deviennent hypnotiques. Soulignons ici un solo phénoménal joué comme une envolée lyrique, une improvisation éclatante sur le morceau Kiss Jannett for me, composition de Jacky Terrasson à écouter sans modération.

Le jeu de Lukmil Perez ajoute encore une dimension à l’ensemble. La batterie, subtile et élégante, avec des nuances sacrées qui subliment tout, nous offre une explosion de couleurs, ravive les émotions et transcende les sens. Au-delà de l’aspect technique et musical, la connivence entre les artistes semble évidente : regards échangés, sourires partagés, rires francs, la joie de jouer ensemble est tangible. 

Un répertoire éclectique et savoureux, la quintessence du jazz

En guise d’ouverture, nous avons donc eu la chance d’écouter The Call, création du pianiste rendant hommage à Ahmad Jamal et que l’on retrouve sur l’album 53, sorti fin 2019. Quel bonheur aussi de voir l’exécution du titre Mirror, joué avec une dextérité stupéfiante, où les notes se bousculent presque. Des petits clins d’œil sont parsemés de-ci de-là avec de jolies phrases musicales extraites de La vie en rose, Over the Rainbow, Mission Impossible ou Anthropology. On reconnaîtra également du Michael Jackson, du Gainsbourg, des thèmes empruntés aux Beatles et à Charles Trenet. On adorera les versions revisitées de Smile (Charlie Chaplin), de Love for Sale et Take 5. Il y aura aussi Caravan, Lover Man, Besame Mucho, La Marseillaise avec des variations harmoniques et rythmiques originales.

Mention spéciale pour l’interprétation de Sequentia : Lacrimosa du Requiem de Mozart, jouée pour le frère du pianiste, disparu récemment. L’émotion était forte, intense, pratiquement liturgique. 

On retiendra aussi La valse des soignants, composée pendant le confinement en hommage au corps médical.

Comment remercier enfin les musiciens d’avoir joué avec autant de générosité et de sensibilité les morceaux Maraba Blue (Abdullah Ibrahim) et Kiss Jannett for me ? Deux petits bijoux musicaux dont les accords somptueux précipitent les battements cardiaques et provoquent un feu d’artifice émotionnel.

Entre compositions et reprises originales, des concerts qui resteront définitivement marqués dans le cœur d’un public subjugué.

 

Visuel : (c) GE

Jacky Terrasson Trio 

Sunside Pianissimo Volume XVI 

12, 13 & 14 août 2021

« Klara et le Soleil » de Kazuo Ishiguro : A.I. Intelligence artificielle
Décès du chef d’orchestre Gianluigi Gelmetti
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture