Jazz
[Chronique] « Kalthoum » : les samples jazz d’Ibrahim Maalouf

[Chronique] « Kalthoum » : les samples jazz d’Ibrahim Maalouf

20 septembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En 2012, Ibrahim Maalouf signait un sublime album au doux nom de Wind, dédié à Miles Davis. Aujourd’hui, et après avoir réalisé de nombreux autres projets, il nous offre un rafraîchissant exercice de style intitulé Kalthoum.

[rating=5]

Un morceau pour un album. Un morceau mythique. Il s’agit de « Alf Leila Wa Leila » ( « Les Mille et une Nuits ») composé par Baligh Hamidi, que la diva chanta en 1969.  Oum Kalthoum est alors au sommet de sa carrière, et son nom est pour tout un monde aujourd’hui synonyme de temps révolus.

Nous sommes dans l’Egypte du Roi Farouk, puis dans celle de Nasser. A la télévision, des amourettes prudes font rêver les jeunes filles. Temps libres en apparence mais où il faut avoir l’air de penser comme le pouvoir pour continuer à chanter, au point qu’en 2001, 26 ans aprés sa mort, son nom fut associé à l’antisémitisme.

De l’Astre d’Orient, Ibrahim Maalouf garde le mythe vivant. Il s’agit d’une reprise jazz qui repense la structure de cette longue chanson de plus de 40 minutes. Tout commence ici par le piano de Frank Woeste, et immédiatement, cet air nous rappelle une autre reprise, beaucoup plus fêtarde. Ibrahim Maalouf raconte : « avec le pianiste Frank Woeste nous avons « traduit » dans un jazz assez conventionnel, mais nous l’espérons innovant de par son métissage, l’un des plus grands succès de la diva égyptienne » .

Une introduction, deux ouvertures et quatre mouvements composent cet hommage qui est tout autant un bel exercice. A l’écoute les titres apparaissent comme des temps offrant chacun une relecture passionnante du titre. Mouvement II et III ont des couleurs de jazz classique New Yorkais, le III prenant clairement des allures de jazz band. On navigue avec ce bateau en eaux confortables et agréables. On retrouve ici l’équipe de Wind : Larry Grenadier (Contrebasse), Clarence Penn (Batterie), Mark Turner (Saxophone) et Frank Woeste (piano).

La trompette d’Ibrahim Maalouf est ici parfaite, amenant, toujours avec ses quatre pistons la tessiture orientale que nous lui connaissons depuis ses premiers albums, Diasporas, Diachronism puis Diagnostic, ou récemment son duo avec Oxmo Puccino.

Associé au mythe qu’est Oum Kalthoum, le son de sa trompette parvient à dire à quel point cette artiste permettait de construire des ponts entre les cultures. Kalthoum s’écoute sans relâche et offre un voyage dans un temps qui ne doit pas mourir. Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas ici d’une nostalgie déplacée. Le son de Kalthoum est résolument actuel, dans un actuel qui sait se rappeler d’où il vient.

Cet album sort en même temps que Red & Black Light, un projet plus teinté rock qui sait apporter la douceur nécessaire à son écoute.

Ibrahim Maalouf, Kalthoum, Mi’ster Productions, 25 septembre 2015, 50 minutes.

Visuel : ©Pochette

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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