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[Interview] Fakear vs Bibendum : « mettre de l’éléctro avec du jazz sans faire de l’électro jazz »

[Interview] Fakear vs Bibendum : « mettre de l’éléctro avec du jazz sans faire de l’électro jazz »

11 mai 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Toute La Culture était de passage au Festival Jazz sous les Pommiers. L’occasion de rencontrer quelques minutes après leur sortie de scène où ils venaient de jouer Fakear vs Bibendum : la rencontre entre le big band et les nappes électro du Caennais.

Amélie Blaustein Niddam : Comment se projet est-il né ?

Théo Le vigoureux (Fakear) : Il est né dans la tête du responsable des groupes locaux à Caen, au Cargo, qui s’appelle Damien Maurice. Il a eu vent du désir de Thibault de faire un projet. Et il a proposé d’allier cet orchestre à quelqu’un accompagné par le Cargo.

ABN : Tu es en résidence au Cargo ?

Théo : Plus maintenant mais je l’ai été pendant un an suite au gain  du tremplin en 2012…

Thibault Renou : c’est de là que tout est parti.

Théo : oui, Damien a eu envie que l’on se rencontre car humainement et artistiquement cela pourrait fonctionner. Et il a eu raison !

Emmanuel Niddam : La proposition que vous tenez sur scène pose une question : le Big Band c’est quelque chose de très maîtrisé, qui devient difficile à écouter aujourd’hui. L’éléctro peut aussi souffrir des  écueils d’une répétition qui peut ennuyer. Comment faire pour tomber du côté de l’inventivité ?

Thibault : Heureusement on est deux! Quand l’un apporte un problème l’autre a la solution. On se surprend, on s’écoute.

Théo : On parle le même langage mais chacun avec nos spécialités. Notre point commun c’est que l’on sait écrire la musique. Théo sait écrire pour dix huit cuivres et moi je sais la synthétiser. Nous, nous ne sommes jamais partis de la base d’un big band de jazz qui s’allierait avec un projet électronique . Notre route est celle de deux musiciens qui font un truc ensemble. Nous, nous voulons mettre de l’éléctro avec du jazz, mais nous ne voulons pas faire de l’éléctro-jazz. Nous venons réinjecter de la musique avec ce qui nous fait vibrer.

Thibault : Et d’ailleurs peu importe le jazz !

ABN :  Peu importe le jazz ?

Thibault : Au départ oui, je l’ai réinjecté au fur et à mesure en tenant compte des spécificités de l’orchestre et des musiciens, il fallait pouvoir les utiliser à bon escient.

En temps normal, tu joues quoi ?

Thibault : J’ai suivi un cursus de jazz-man, et pendant longtemps j’ai été contrebassiste. Aujourd’hui je suis bassiste et contrebassiste tout court, pas seulement de jazz. Le jazz est ma musique de cœur mais je m’en fiche et cela est l’une des clés de la réussite du projet. Quand cela a commencé j’écoutais autre chose, c’est ce qui m’a amené vers Théo. C’est une histoire de période.

ABN :  As-tu des projets personnels ?

Thibault : Je travaille avec Misja Fitzgerald-Michel au sein du Thibault Renou Trio et nous travaillons à un album. Et depuis que je fréquente Théo je développe beaucoup d’appétit pour les outils informatiques. Les gens de la musique électronique sont ceux qui font les choses les plus inventives en ce moment. Je pense à Rone ou à Fakear, le groupe de Théo auquel j’appartiens désormais.

Théo : Les artistes de ma génération ne viennent pas du club établi ou de la french touch. On nous range dans la catégorie musique électronique parce que l’on se sert d’un ordinateur. Mais le choix de l’ordinateur est d’abord un choix pratique, qui finit par devenir un choix de cœur.

Thibault: Quand on examine un piano on se rend compte qu’il ne s’y trouve rien de naturel, pas plus pas moins que sur une carte son d’ordinateur. Peu importe les classifications, ce qui compte c’est comment on se sert de l’outil.
Théo : Et la sincérité qu’on y met.

Théo, j’ai commencé à écouté ton très bel Asakusa. Alors, es-tu allé, finalement au Japon ?

Théo : Oui ! (rires) oui et c’est de là qu’Asakusa vient. J’imaginais le Japon et j’ai fait « Morning in Japan » en 2013, puis j’y suis allé et j’ai compris que j’en avais une image aseptisée. Finalement Asaksusa sonne beaucoup plus urbain et nocturne que « Morning in Japan » qui était plus cul-cul, très Miazaki.

EN: Si j’ai bien compris pour faire du jazz, il faut surtout ne pas vouloir en faire ?

Théo : Il faut un peu de technique tout de même.

Thibault : Il faut avoir envie d’être un peu créatif, et désapprendre ce qu’on l’a appris. J’y arrive parce que j’ai 33 ans, et Théo y arrive à 23… C’est dégueulasse ! (rires)

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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