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Jazz sous les Pommiers : Show must go on

Jazz sous les Pommiers : Show must go on

10 mai 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La trente-quatrième édition du célèbre festival Jazz sous les Pommiers a débuté le 8 mai à Coutances. Alors que le dimanche en fanfare bat aujourd’hui son plein, la journée du 9 a donné à tous l’envie de chanter « All together now » des Beatles tant la question de l’esprit de groupe était au centre du deuxième jour de la programmation. Retour.

Le samedi 9 mai, sept concerts tenaient l’affiche avec parmi les attentes, une tension tournée vers les Amériques. Ensemble et contre tous, c’est ce que Fakear a du se dire en montant sur scène. Le projet « Maïsha » est une rencontre entre le petit génie de l’électro et le jazzman Thibault Renou. Autour d’eux, un big band très cuivré allant de la clarinette au Cor, ponctué d’un heureux Fender Rhodes. Mais voilà, hier, les machines de Fakear ne voulaient pas démarrer, pendant quelques longues minutes d’interaction rêvée avec le public amené à raconter des histoires avant que cela ne commence. Et puis, ça a commencé. Pas aussi juste que prévu, pas assez puissant non plus. Et pourtant, on sait le projet génial et à quel point en une insertion de voix féminine, Fakear, qui sort dans quelques jours le très attendu Asakusa, peut vous faire voyager loin. Le résultat est un concert trop classique où le big band la joue finalement old school et qui ne parvient à s’élever seulement quand l’éléctro rencontre à égalité la contrebasse et le piano.

Sans le savoir et sans le vouloir, Fakear vs Bibendum avaient donné le La d’une journée placée sous le double signe de la nostalgie et d’une obligation à être ensemble.

Il y a eu la diva-et-divine Toni Green qui accompagne les blues men de Malted Milk. Toni Green c’est une voix absolument soul dont Tarantino rêve la nuit. Elle chante elle aussi ses amours tourmentées, ses volontés d’exister envers et contre tous. Elle est sexy, demandera au public de l’être et assume ses formes. Le son est 100 % funk, ancré quelque part entre 1972 et 1979. Le concert, génial, a retourné la salle Marcel Hélie. La voix de la black panther associée à la guitare très maîtrisée du frenchie Arnaud Fradin donne un résultat intemporel à la rencontre entre Malted Milk et Toni Green.

L’intemporalité, a elle, failli virer au musée avec un concert beaucoup trop inégal de Joe Lovano. L’immense star du saxo a souhaité revenir à un moment de sa vie. A 28 ans, un échange culturel avec des étudiants nigérians fut le début de sa rencontre avec l’afro beat. C’est Cross Culture (Blue Note 2013) qui aura été essentiellement joué hier sur le beau plateau du Théâtre. Un démarrage en force qui nous impose des unissons justes, maîtrisées mais qui manquent cruellement de silences. Heureusement, le concert avance et l’intelligence de Lovano opère dans des ralentissements et des duos clarinette/percussions, et plus tard Kora, en compagnie de l’immense Abdou Mboup, qui à mains nues impose son rythme. Rien à dire en vérité sur ces musiciens (Liberty Ellman, Otis Brown III) à la technicité parfaite. Mais Dieu, que cela semble écrit d’avance et manque de fêlures. Les moments de grâce furent là sauvant de l’ennui un concert très attendu mais figé dans le passé.

Le passé, le saxophoniste Kenny Garret a su l’avaler, le digérer et le transformer dans un présent très actuel. Le dernier « gros » concert de la journée fut de loin le meilleur et le plus éblouissant. C’est un mix de beauté pure associée à du génie, que le chouchou de Miles Davis, accompagné au piano par Vernell Brown, à la contrebasse par Corcoran Holt, à la batterie par McClenty Huner et aux percussions (très spectaculaires) par Rudy Bird, a su offrir. Un set empli de soul, de funk et de liberté où le quintet joue ensemble, de façon permanente mais sans jamais s’écraser. Le concert se fini dans une chaleur incroyable, salle debout reprenant en cœur les skats de « Happy People ».

En guise d’after, le projet Vaudou Game nous aura fait quitter les USA pour revenir aux roots finalement chères à Lovano, Green et Garrett. La boucle semblait bouclée dans ce jeu auréolé du tube « Pas contente ».

Jazz sous les Pommiers aura posé la question du spectaculaire et de l’obligation d’avancer. Une journée ouverte sur les nappes étouffées de Fakear et close par l’humour de Peter Solo dont le projet lui aussi nous inscrit dans le funk. Comme un besoin de retour sur soi pour repenser l’avenir du jazz live.

Le festival se poursuit jusqu’au 16 mai avec à l’image de cette journée des pointures internationales : Paolo Fresu, Kyle Eastwood, Larry Garner… Le tout est à suivre en live ici si jamais vous ne pouvez – quel dommage – vous rendre sous les Pommiers, et en profiter pour saluer la bande du camion à jus de fruits et parler économie des régions au stand de thé vert.

Visuels : (c) AM

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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