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[Interview] Fakear, électron électro : « le live, ça doit rester rock and roll ! »

[Interview] Fakear, électron électro : « le live, ça doit rester rock and roll ! »

11 janvier 2013 | PAR Bastien Stisi

Délaissant les pointes cloutées et anesthésiantes qu’évoque son pseudonyme, Fakear chevauche avec aisance et inventivité un sol empli d’influences multiculturelles et multiethniques, elles qui transportent alternativement son univers du côté du trip hop, de l’acid jazz made in French Touch, ou vers des sonorités évoquant le pays du Soleil Levant…DJ sampleur et sans frontières, le jeune artiste caennais a effectué en novembre dernier la première partie de Wax Tailor au Trianon. Une véritable réussite, qui valait bien un café allongé avec l’une des figures émergentes de la scène trip hop française :

Le public parisien vous a découvert il y a quelques semaines au Trianon, où vous avez assuré la première partie de Wax Tailor. Quels souvenirs gardez-vous de cette soirée ?

Ces souvenirs resteront gravés toute ma vie dans ma mémoire. C’était ma première date à Paris, et commencer par une salle aussi mythique que le Trianon, qui est un peu la petite sœur de l’Olympia, c’est vraiment très beau.

Pour en arriver jusque-là, il y a eu une série de coups de chances complètement dingues. Wax Tailor est venu jouer au Cargo de Caen, et la salle recherchait une nouvelle tête pour effectuer sa première partie. Jusque-là, c’était Superpoze, l’un de mes amis, qui s’en était chargé à l’occasion de plusieurs dates en France. Le Cargo m’a alors contacté, et ils ont aiguillé Wax Tailor jusqu’à moi, qui a approuvé. J’ai donc fait sa première partie à Caen. Ensuite, il m’a rappelé pour faire sa première partie au Trianon…Le premier de mes deux soirs à Paris, je n’ai rien pu manger…Je me suis mis un peu la pression et avais peur de la réaction du public parisien. Finalement, j’ai été super bien accueilli. Je n’ai atterri qu’une semaine après en me disant : « ça y’est, j’ai fait le Trianon ! »

Vous venez de remporter le tremplin AÖC Normandie, à Caen. En quoi consiste exactement ce concours ?

Le tremplin a été mis en place par la salle du Cargo, et était à l’origine surtout organisé pour faire jouer les artistes de la région. Petit à petit, l’AÖC est devenu une véritable institution à Caen, et s’est plus ou moins spécialisée depuis l’année dernière dans la production d’artistes électro, notamment grâce à la victoire au tremplin de Superpoze. C’est aussi un bon plan pour lancer les groupes vers la capitale. Granville en a notamment profité il y a quelques mois.

On en fait toujours des tonnes (à juste titre) avec la magnificence de la scène électro versaillaise. On a également beaucoup parlé de la scène rémoise, puis de l’émergence de la scène nantaise. Qu’en est-il de la tenue de la scène caennaise, dont vous êtes issue ?

Avant ma génération, déjà, il y avait une scène électro caennaise assez pointue qui produisait une électro un peu glitch, pas forcément ouverte au grand public. Il y a toutefois toujours eu un noyau très pop, et quelques électrons électro (Superpoze, BeatauCue…) tournent depuis l’année dernière. Il y a aussi évidemment Orelsan qui fait une très bonne pub à la région. Je crois que l’on peut dire qu’il y a aujourd’hui une belle scène électro à Caen, qui est notamment mise en valeur par le Cargo.

En écoutant, « Washin’ Machine » ou « Nightlife », on vous imagine biberonné à l’acid jazz et  à St-Germain. On ne peut s’empêcher aussi d’évoquer le scratch des C2C, ou un trip-hop à la manière de RJD2 ou de Chinese Man (sur « Yougotdablues » notamment). Parfois, je trouve même des similitudes mélodiques avec ce que fait un mec comme Pogo. Qu’en est-il exactement de vos influences musicales ?

Je viens d’une famille de musiciens qui m’a un peu biberonné à la musique classique et à la world music (irlandaise, africaine…). À la base, je viens du rock, je suis tombé dans l’électro assez tard, il y a quatre ou cinq ans. C’est là que j’ai commencé à écouter Massive Attack, RJD2, St-Germain, Cinematic Orchestra…J’ai d’abord fait du hip-hop instrumental et ça a donné « Washin‘Machine ». Mais en réalité, je me suis rendu compte que j’aimais le hip-hop, mais que ce n’était quand même pas vraiment ma came. Alors, je suis retourné vers des choses plus proches du trip-hop ou de la world music, plus proche de mes racines.

« Fakear » sonne aux oreilles de tous comme une évocation de la culture indienne, et une référence évidente à ces saltimbanques chevaucheurs de planches à clous. Pourtant, c’est plus à l’est, et plus particulièrement vers le Japon, que vous semblez tirer nombre de vos samples (« Morning in Japan », « Hinode »)…Avez-vous un rapport particulier avec ce pays ?

En fait, je ne suis jamais allé au Japon, bien que le pays et la culture japonaise me fascinent depuis longtemps. Ces sonorités-là, je les ai tiré de l’œuvre de Hayao Miyazaki (les samples viennent de Princesse Mononoké et du Voyage de Chihiro). Finalement, ces sons sont plutôt le reflet de mon intérêt pour le Monde et pour les voyages, dont j’aime tirer des influences culturelles et musicales afin de m’immerger dans un univers autre, qui ne vient pas de chez moi.

Comment vous est-il venu l’idée de sampler un morceau des Aristochats (« Wanna Be A Cat ») ? Est-ce une référence à C2C, qui avait fait la même chose il y a quelques années ?

Exactement. C’est un clin d’œil et un hommage aux C2C que j’écoutais à fond pendant un moment.

J’ai lu que vous étiez étudiant en musicologie. À vos yeux, c’est important d’avoir une grosse culture technique et musicale pour produire des sons de qualité, ou est-ce qu’un artiste doit plutôt miser sur le côté spontané et épidermique ?

Ce que m’apporte la musicologie, c’est surtout une culture générale et musicale. Je ne peux plus nier que grâce à mes études, j’ai des influences qui viennent de la Renaissance, par exemple. Je pense toutefois que l’on peut faire des sons de qualité sans même avoir un apprentissage théorique de la musique, surtout avec les moyens de maintenant, qui sont hypers intuitifs. C’est une question de sensibilité. Tout le monde a en lui une étincelle de création, et libre à chacun ensuite de la balancer ou pas. Je pense que ça dépend de la confiance que l’on peut avoir en soi, de la motivation.

Et vous envisageriez donc de sampler des sons issus de la Renaissance ? Ou des chants grégoriens ?

J’y pense, mais il faut que je trouve le truc. Mon sample peut être extrait de n’importe où, mais si, à la limite, je veux faire quelque chose dans cette influence-là, je le ferais plutôt dans l’esprit. Même si au final le sample n’a rien à voir avec la période concernée.

La sortie d’un premier album est-elle d’actualité ?

Je suis toujours en train de revoir ces projets-là, j’hésite encore. J’ai de quoi sortir un album, mais je vais peut-être plutôt sortir deux EP de quatre ou cinq titres. Un vers le printemps, et l’autre fin 2013. Il reste que sortir un album ou un EP est hyper important pour moi, ça permet de matérialiser la chose.

J’ai lu une interview de Yan Wagner l’autre jour, qui disait que lorsqu’il voyait un mec tout seul sur scène avec ses machines, ça le faisait vraiment chier, et que les gens pouvaient avoir l’impression que tout se fait tout seul, juste en appuyant sur « play » et faire du David Guetta. En tant que DJ, qu’est-ce que vous en pensez ?

Je pense qu’il y a plein de catégories de DJs. Pour moi, un vrai DJ c’est quelqu’un qui va faire un DJ-set, c’est-à-dire un mix de morceaux qu’il aime. Il y a ceux qui ont des platines comme support, qui sont plus actifs que s’ils étaient derrière un PC, et qui vont faire en sorte que le tout tourne ensemble. Et puis, il y a ceux qui présentent leurs productions (comme je le fais), qui font du live, qui ont comme supports des machines, des claviers ou des pads. On va jouer nos samples comme si on était face à un piano ou face à un vrai instrument, comme on le ferait avec une guitare.

C’est votre passé de guitariste qui joue, ce côté live inhérent au rock ?

Exactement. Pour moi, passer du rock à l’électro, ça ne change pas. Si je faisais du rock, je ferais de la guitare, je sauterais sur scène et je mettrais du zèle à jouer de la guitare. Le live, ça doit rester rock and roll !

Visuel (c) : pochette de Washin’ Machine de Fakear

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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