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[Chronique] « Liminal » de The Acid : petit moral, grand album

[Chronique] « Liminal » de The Acid : petit moral, grand album

14 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

Âmes enjouées s’abstenir : Liminal, le premier album de The Acid, projet longtemps demeuré dans la confidentialité la plus travaillée, est d’abord à mettre entre les esprits des âmes les plus mélancoliques, qui n’auront pas peur de se coller contre les tympans et durant 50 minutes la manifestation des traumatismes de trois esprits regroupés ici afin d’exhumer en groupe leur tristesse la plus absolue…

[rating=5]

Il y avait donc encore de la place aux côtés de Sohn, d’East India Youth, de James Blake, de SBTRKT, de Chet Faker, de Boards of Canada ou de William Arcane. À la table des dépressifs chroniques qui ont pris le parti de transcrire en musique leurs complications cérébrales, il convient désormais d’y assoir The Acid, dont l’incertitude entourant l’identité de ses membres lors de ses premiers murmures avait dû finir par persuader les plus fous que le projet était en réalité entre les mains d’âmes égarées et parfaitement dénuées de réflexes rationnels.

Après tout, n’invoque-t-on pas la compagnie du fantôme sur « Ghost », à l’aide d’une synthpop cristalline et brisée et de paroles qui feraient frémir les plus superstitieux (« I want to know you ghost / I want to touch you ghost / I want to feel you ghost ») ?  N’évoque-t-on pas le sang et les blessures du cœur (« Red »), lorsque l’on ne tombe pas dans la synthétisation inquiète, vénéneuse et délétère (« Creeper ») ? Il y a là de quoi douter.

Renseignement pris, il s’agit bien finalement d’humains au micro et aux machines. Et les plus initiés ne seront pas surpris par leur identité. Ils retrouveront en effet dans le trio, outre les talents d’Adam Freedland et de Steve Nalepa, la voix aiguë, traumatique et vaporeuse de Ry X, cet Australien au parcours sinueux qui avait déjà fait vaciller les cœurs des plus endurcis par le biais d’un EP bouleversant de chaleur et de folk sirénique, paru l’an passé.

Sur « Animal », le morceau qui introduit Liminal, la boîte à rythmes prend le pouls d’un cœur qui donne l’impression de devoir, déjà, s’arrêter en vitesse. Cette bestiole-là ne semble pas devoir pondre de descendance, terrassée par l’absence de ce qui ne devrait jamais disparaître (« I Need You Love »), mais poursuivra tout de même sa route, tantôt menée à la rencontre d’hallucinations dures et ouatées (« Tumbling Lights »), d’un Soleil déifié calfeutré derrière l’éclipse (« Ra »), d’incantations de sorcier sous psychotropes synthétiques (« Feed »).

La mélancolie, omnipotente, ternira peu, simplement nuancée par quelques éclats toujours frustrés quoique sensuels (« Veda », « Fame »), trouvant son apothéose dans la combinaison d’instruments acoustiques et électroniques au sein du tristement euphorique « Basic Instinct ». Le tout est d’une beauté bouleversante, absolument maîtrisée quoique spontanée (il se murmure que l’album n’aurait mis que quelques semaines à s’extraire des cerveaux des trois garçons.)

Lévitations sensorielles, moral tout en bas, mais très grand album : avec The Acid, Adam Freedland, Steve Nalepa et Ry X livrent l’un des plus profonds disques d’electronica pop de l’année. Et procréent une tribu étrange de chamanes du XXIe siècle.

The Acid, Liminal, 2014, Infectious / [PIAS], 50 min.

Visuel : © pochette de Liminal de The Acid

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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