Musique
[Live report] San Fermin et Chet Faker à la Maroquinerie [PIAS] Nites

[Live report] San Fermin et Chet Faker à la Maroquinerie [PIAS] Nites

01 mai 2014 | PAR Bastien Stisi

Hier soir, la Maroquinerie célébrait le label [PIAS] en faisant défiler dans son enceinte briquée une line up composée d’East India Youth, de San Fermin et de Chet Faker, tous auteurs cette année de leur tout premier album studio.

Tonnerres d’applaudissements à notre arrivée dans la salle : le Londonien East India Youth (William Doyle dans le civil) vient d’achever une présentation de son premier album Total Strife Forever, mélange sublime d’ambiant stratosphérique, de techno industrielle, d’électro hybride aussi vagabonde qu’oppressante.

San Fermin : l’enthousiasme d’une fanfare pop

Passée la déception d’avoir loupé ce grand espoir d’une scène electronica copine de la pop sans joie, voilà le retour des contentements avec l’arrivée sur scène des New Yorkais de San Fermin, véritable fanfare pop rock à l’impressionnante armada orchestrale (batterie, guitare, clavier, trompette, saxophone, violon…) et menée par les chants alternés d’un garçon à la voix grave et d’une fille (Charlene Kaye) toujours écartée entre chœur sirénique et force vocale pop. Les membres du groupe sont serrés sur scène, et ceux du public aussi : le concert affiche complet, ce qui laisse aux sourires une plus grande facilité de circuler de visages en visages…

Car malgré des thématiques analysant la complexité des amours parfois pas tellement partagés, les morceaux du premier album éponyme de ces New Yorkais sautillants résonnent comme un hymne véritable à la vie et aux sentiments jolis, évoquant tout autant les mélodies cuivrées de Beirut (sur « Demon Lovers », sur « Torero ») que le folk magistral de Sufjan Stevens (sur « Casanova », sur « Methuselah »). La douleur mais la joie tout de même.

Capable de grossir ses arrangements pour les nécessités d’un live toujours enthousiaste, jamais brutal, San Fermin offre une résonance idéale aux festivités basques auxquelles sa nomination peut faire référence, et accumule les élans de pop parfois proche du jazz rock, d’un folk déluré, voir du rock carrément électrique sur les tous derniers instants du concert.

Chet Faker : l’étoffe et le coffre d’un très grand

Passage du trompettiste dans la foule, acclamation bruyante et sincère, et changement radical d’ambiance avec le début du set de Chet Faker, étoile émergeante d’un post-dubstep positionné entre Gold Panda, Sohn, et un James Blake qui aurait enfin pensé à prendre ses vitamines depuis longtemps prescrites par le docteur pop…Car loin de s’enfermer dans une mélancolie monochrome et rongeuse d’esprit, Chet Faker et son look de hipster-en-chef (bonnet sur la tête, tee-shirt à pois et barbe épaisse) fait parfois de l’électro soul comme d’autres animent les foules, permettant à un public déjà largement fidélisé avec les compositions de Thinking In Textures (son premier EP) et de Built On Glass (son premier LP) de répéter les paroles de ces hymnes construits à la gloire des tristesses belles et génératrices (« 1998 », « I’m Into You »…)

Chet Faker est seul sur scène, mais occupe néanmoins totalement l’espace qui lui est réservé. Car sa voix perchée et parfaitement appliquée envoute à chaque instant. Car ses mains se joignent à chaque intermède pour saluer un public qui acclame avec un joli zèle chacun de ses morceaux. Car l’Australien s’articule sans ciller, avec une gestuelle quasi théâtrale, comme s’il devait se faire le marionnettiste d’un univers oscillant toujours entre l’électro grooveuse (« Gold »), la soul langoureuse (« Talk Is Cheep»), l’électro enivrante composée avec son compatriote australien Flume (« Drop The Game »).

Du cœur, du coffre, et des clappements qui raisonnent à n’en plus finir lors des derniers moments d’un concert marqué par la communion dans la soul des temps actuels et du post-dubstep à la beauté parfaite. Chet Faker est au tout début de sa jeune carrière, mais paraît déjà très grand.

Pendant ce temps, on se réjouit et on s’impatiente du côté de [PIAS], car trois nouvelles [PIAS] Nites sont déjà programmées pour les prochaines semaines, et toutes à la Flèche d’Or : Liz Green, Broken Twin et The John Steel Singers le 5 mai, Milly Chance le 2 juin et Angel Olsen, Woman’s Hour et Le Noiseur le 11 juin.

Visuels : © Robert Gil

[Interview] Liz Green : « J’étais obsédée par les Clash ! »
Les vernissages de la semaine du 28 avril
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture