Pop / Rock

Kindness ou la transe humaine

Kindness ou la transe humaine

14 février 2020 | PAR La Rédaction

Dans le sous-sol de La Maroquinerie, Kindness démontre qu’il est possible de faire de sa vulnérabilité une force fédératrice et d’unir de parfaits inconnus dans la communion de leur humanité.

Par Arnaud Pauchenne

Peu de choses trahissent le petit miracle que constitue l’apparition de la silhouette longiligne d’Adam Bainbridge flottant dans un débardeur lamé sur la petite scène parisienne ce soir de février. Concerts annulés et messages d’excuses ont fait craindre le pire et révélé l’énorme pression que représente cette tournée pour l’artiste très affecté.e par la disparition de Philippe Zdar (moitié du duo français Cassius) qui avait produit son premier album et mixé le dernier, Something Like A War, sorti il y a quelques mois. À peine quelques allusions délivrées dans un français parfait viendront lever le voile avec pudeur sur le coût émotionnel de cette présence.

Ce qui va suivre sera une leçon d’humilité et de partage. De sa montée sur scène à son départ un peu plus d’une heure plus tard, Adam ne cessera un instant d’établir puis de nourrir une connexion avec son public, choisissant de mettre son corps et son coeur au service d’une catharsis musicale, un feu de joie dans lequel chacun est invité à venir suer ses peines et ses états d’âmes.

Il est rare de voir un public aussi hétérogène, pourtant pas avare en individualités, devenir à mesure du set un choeur de sourires, de paupières semi-closes, d’épaules assouplies et de hanches déverrouillées. Il est encore plus rare de voir un.e artiste descendre dans la salle à de multiples reprises, devenir un corps parmi les autres, aller libérer les réticences, montrer la voie et créer une bulle de confiance dans laquelle il est possible de dénuder son âme sans n’avoir à rien dire.

Cette transe douce et païenne est rendue possible par la chaleur et l’humanité d’Adam bien sûr, mais aussi par la performance de sa colocataire de scène, l’auteure-interprète canadienne Akua, époustouflante dès la première partie, et qui relègue au rang de choristes sur bande les collaboratrices prestigieuses que sont Robyn, Seinabo Sey ou Jazmine Sullivan. Soutenue par deux musiciennes aussi efficaces que discrètes, la communion entre les deux interprètes sert de modèle relationnel pour le reste de la salle, et l’on se surprend soi-même, dans une ville pourtant souvent pointée du doigt pour son individualisme, à sourire à ses voisins, à devenir un diffuseur de bienveillance et d’empathie comme d’autres diffusent des huiles essentielles.

En ne niant rien de sa souffrance, Kindness prouve que c’est par la vulnérabilité et non pas par la force que l’on construit l’altérité. “I can’t give you all that you need, but I’ll give you all I can feel” seront les derniers mots à résonner dans l’enceinte de la salle. Une leçon de vie merveilleusement mise en mouvement sur une musique qui invite sans jamais exclure, qui abat des murs invisibles comme seul un langage muet peut le faire. La danse comme remède, le corps comme interface, un médium universel qui gomme les différences pour célébrer le plus petit dénominateur commun : l’humanité.

Setlist : Swinging Party, Send To Robyn Immediately, Chic To Robyn Immediately, Cyan, Who Do You Love, Cry Everything, I’ll Be Back, On The Line, Raise Up/Softness, Softness Uh Oh, Lost Without, Gee Up, Hard To Believe, Call It Down, The Warning, House.

visuels : affiche du concert et photo (c) Arnaud Pauchenne

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La Rédaction

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