Danse

Mélancolie tellurique pour le jour #4 de June Events

Mélancolie tellurique pour le jour #4 de June Events

06 juin 2019 | PAR Philippine Renon

Au lendemain de la soirée d’ouverture de June Events à la Cartoucherie, le festival de danse n’a pas perdu de sa superbe. Clàudia Dias a lentement fait monter la pression à l’Atelier de Paris, avant l’explosion proposée par Fouad Boussouf au Théâtre de l’Aquarium. Deux moments qui s’inscrivent dans le cadre du Printemps de la danse arabe #1.

 

Malgré la pluie, la salle se remplit. Et les spectateurs courageux d’avoir bravé l’averse ne seront pas déçus. Calmes et en jean-baskets, la metteuse en scène Clàudia Dias et le danseur Luca Bellezze se placent derrière micros et console pour enregistrer en live la bande son du spectacle. Mardi : Tout ce qui est solide fond dans l’air, replace les concepts de corps, de nom, d’origine, dans un contexte bien précis : celui du conflit isaëlo-palestinien. Avec un tel sujet, l’engagement d’un côté est inévitable, mais la dramaturgie a la force d’aller au-delà de la guerre. « Une ligne est la distance la plus courte entre deux points », suggère Clàudia Dias, qui transforme une histoire personnelle en un poème puissant et universel.

Par des gestes délicats, les performeurs tirent des fils pour tracer au sol le récit d’une famille née du mauvais côté d’une frontière qui s’est érigée devant eux. Sans jamais sombrer dans les raccourcis faciles, la chorégraphe propose une lecture édifiante d’une rancune inextricable qui taraude notre époque. Un bidon d’eau pour le bruit de la mer, un jerricane de fer pour l’orage et la pluie, un aspirateur pour l’effondrement des maisons, les trouvailles sonores se chevauchent et se succèdent, et leur symbolique apparaît avec subtilité. Une première partie de soirée qui délivre une douce claque avec la mélancolie des soirs pluvieux à Paris.

Deux salles, deux ambiances

Échauffés par les réflexions suscitées par la pièce précédente, quelques gouttes nous rafraîchissent sur le chemin qui mène au Théâtre de l’Aquarium. Il est 21h et la salle est comble, nous nous jetons alors sur la place qu’il reste, au premier rang et c’est tant mieux ! Il fallait vivre de près ce show démentiel qui s’amorce à l’arrière-scène dos au public, au pied d’un mur. Avec Näss (Les gens), Fouad Boussouf questionne le groupe, masculin de fait puisque que son spectacle, créé à Alfortville en 2018, est pensé pour sept danseurs.

Ces jeunes hommes de la compagnie Massala, ont parfois l’air d’une meute. Puissants et telluriques on les dirait tout droit sortis du roman d’Alain Damasio, La Horde du Contrevent. Leurs claquements de pieds sont accentués par des micros au sol, ils cherchent dans la transe l’épuisement. Parfois ils se reposent, à peine quelques instants, ils respirent en même temps, dans un seul et même souffle. Tour à tour, chacun s’isole de ce cercle effréné pour des solos qui transposent l’harmonie ou la discorde entre l’un et les autres. En somme tous sont virtuoses et s’emparent du plateau au rythme de l’électro orientale de Roman Bastion. La soirée s’achève dans un râle épuisé récompensé par la salle envoûtée qui entre en communion, par un tonnerre d’applaudissements. Émus de cette réussite, les interprètent lâchent ce qui leur reste de force pour un dernier salut, bestial et réjouissant.

TERÇA-FEIRA : Tudo o que é sólido dissolve-se no ar, de Clàudia Dias, en décembre 2019 à l’ICI – CCN Montpellier Occitanie. Durée 70 minutes.

Näss (Les Gens), de Fouad Boussouf, du 10 au 20 juillet 2019 aux Hivernales – CDCN Avignon. Durée 55 minutes.

Visuels : © Alipiopadilha, © Charlotte Audureau, © Affiche officielle de June Events

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