Electro

[Chronique] « Total Strife Forever » de East India Youth : égaré et majestueux

[Chronique] « Total Strife Forever » de East India Youth : égaré et majestueux

24 mars 2014 | PAR Bastien Stisi

La musique d’East India Youth vient de loin. De Londres, si l’on en croit le registre civil du bonhomme. D’un ailleurs inatteignable, si l’on en croit les compositions de ce premier album, écartelées entre ambiant cosmique, électro pop synthétique et techno sans scrupules.

[rating=4]

Au croisement des univers Eno, Mogwai, Boards of Canada, Telefon Tel Aviv, Son Lux, ou Fuck Buttons, le badaud le plus attentif pourra apercevoir l’âme vagabonde de William Doyle, qui aura eu la bonne idée de ne jamais prendre clairement une décision sur le chemin qu’il devait emprunter afin de consolider son expérimentation musicale, épousant par là même la personnalité schizophrénique de son projet East India Youth.

Dans cet égarement majestueux, sans doute localisable entre le concret de la terre (le côté pop) et les recoins cachés de la stratosphère (le côté éthéré), l’électro hybride de ce citoyen du nul part tisse des toiles entre des mondes aux contours changeants, alternance fascinante d’imparables coups de boutoir et de délicats exutoires.

Une symphonie synthétique et vaporeuse (« Glitter Recession »), belle comme un requiem énoncé par la grâce des synthés et des nappes stratosphériques, ouvre le grand album du Londonien, bientôt envoûté par la rengaine du délicat « Total Strife Forever ». Si les lyrismes chantés finissent par intervenir sur l’électro pop sensible de « Dripping Wown », et plus tard sur le new wave et scintillant « Heaven, How Long », ce sont surtout les instruments et les machines qui conversent ici, dans la langue de la techno détroitienne et moite (« Hinterland »), de l’IDM grégorienne (« Song For A Granular Piano »), de la nécromancie par l’ambiant  (« Midnight Koto »), du bruitisme glitch et dada (« Total Strife Forever IV »).

Caressantes et oppressantes, au gré des vagues et de l’écume qui en découle lascivement, les compositions de ce citadin perdu dans des espaces trop vastes pour être reconnus, permettent de se retrouver. Où ça ? Sand doute nulle part. Et donc quelque part où l’air est pur comme une parfaite incertitude.

Visuel : © pochette de Total Strife Forever de Est India Youth

East India Youth, Total Strife  Forever, 2014, Stolen Recordings, [PIAS], 51 min.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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