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[Chronique] « Tomorrow’s Harvest » de Boards of Canada : voyage stratosphérique, lendemains post-apocalyptiques

[Chronique] « Tomorrow’s Harvest » de Boards of Canada : voyage stratosphérique, lendemains post-apocalyptiques

10 juin 2013 | PAR Bastien Stisi

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Depuis la fin des années 80, Michael Sandison et Marcus Eoin, les deux gourous et membres fondateurs du projet IDM Boards of Canada, bousculent et redéfinissent les codes de la musique ambiant en associant des sonorités contemporaines à l’esthétisme glitch et electronica à des traces sonores provenant du passé (résidus d’enregistrements désuets,  défaillances électroniques, extraits de souffles bruts et naturels…), association mystique et conceptuelle appelée hantologie résiduelle. L’objectif de cette démarche aussi pionnière que précieuse ? Donner la possibilité aux spectres d’hier de s’exprimer à travers la musique d’aujourd’hui…

Et que racontent-elles, ces âmes égarées des temps jadis à travers Tomorrow’s Harvest, ce quatrième (véritable) album studio du duo, sorti aujourd’hui ? Elles gémissent des boucles anxiogènes et vénéneuses (« Gemini », « White Cyclosa »), elles évoquent un clair-obscur céleste dans une montée en puissance stratosphérique (« Reach for the Dead »), elles adoptent un timbre robotisé et sépulcral (« Telepath », « Split Your Infinities »), elles se régénèrent avec une force inattendue (« Cold Earth », « New Seeds »), elles nous entraînent et nous égarent sur dix-sept pistes post-apocalyptiques, jonglant alternativement entre le post-rock, le bruitisme et l’IDM ésotérique, et affirment une fois encore l’addiction des deux écossais pour les thématiques mathématiques, médiums et sataniques.

Depuis la parution du tout premier album du groupe Catalog 3 (une édition très limitée enregistrée d’abord exclusivement sur cassette audio…), le tandem a en effet coutume d’intégrer dans ses productions une multitude de références à la diabolique numérotation « 666 », lorsqu’il n’évoque pas directement les cheminements de la physique cantique ou la théorisation alambiquée du chaos…

À la fois cérébral et organique, morbide et vivifiant, ténébreux et optimiste, Tomorrow’s Harvest est une odyssée sonore sur les rivages d’un affluent du Styx, étendue de plages tendues et stratosphériques rappelant à l’esprit les névroses provoquées par la bande-son des Revenants de Mogwaï, et plus généralement, le versant le plus hallucinatoire de la discographie de Brian Eno.

Sommes-nous vivants, sommes-nous défunts ? Après les dernières folles inquiétudes imposées dans l’esprit et dans les tympans par les trainées cryptiques de « Semena Mertvykh », le morceau terminal de l’album, la question demeure délibérément sans réponse envisageable. Pilosité dressée sur les bras, 54 minutes d’écoute, et s’impose le silence.

Visuel : © : pochette de Tomorrow’s Harvest de Boards of Canada

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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