Pop / Rock
[Chronique] « Les Revenants » de Mogwaï : entre tension oppressante et nervosité tangible

[Chronique] « Les Revenants » de Mogwaï : entre tension oppressante et nervosité tangible

15 mars 2013 | PAR Bastien Stisi

Afin de réaliser la bande originale des Revenants, la série à succès produite par Canal + et adaptée du film éponyme de Robin Campillo paru en 2004, la production a misé sur le post-rock émérite de Mogwaï, qui renouvelle à cette occasion encore davantage sa panoplie sonore et se prête une seconde fois au jeu de la réalisation de bande originale, après sa sublime participation en 2006 à celle de Zidane, un portrait du 21e siècle de Douglas Gordon.

Au plein cœur d’une petite ville isolée entre de vastes étendues montagneuses et forestières et un barrage fragilisé par des turbulences inquiétantes, les vivants sont brusquement visités par les morts, revenants d’outre-tombe le plus souvent inoffensifs et incapables d’expliquer de manière rationnelle les circonstances de leur mort tout autant que les raisons de leur retour dans le monde des vivants. Afin d’accompagner ces bouleversements surnaturels aussi bien vecteurs d’espoirs inattendus que de craintes terribles et inimaginables, voici le post-rock conceptuel issu des guitares et des expérimentations plurielles de Mogwaï, charmé par l’étrangeté ambitieuse du projet et admirateur de la précédente réalisation cinématographique de Fabrice Gobert Simon Werner a disparu, dont la bande originale avait alors été composée par Sonic Youth.

Les morceaux s’égarent, semblent parfois prêts à prendre leur envol, mais ne se décident finalement jamais à franchir la clôture claustrophobique qui semble les retenir à l’intérieur d’un album (paru chez Pias) relayant avec une netteté remarquable la tension permanente qui habite la première saison des Revenants. Si quelques touches d’espoir s’invitent sporadiquement au sein de cet océan de post-rock nerveux et inquiétant, comme dans « Special N », dans « Relative Hysteria », et surtout dans le terminal « Wizard Motor » et ses guitares électriques saturées, le tout s’affirme définitivement ténébreux et terriblement oppressant. Du générique introducteur de la série « Hungry Face », empli de percussions vibrantes et des notes d’un piano qui paraissent aussi perdues et abandonnées que les revenants eux-mêmes, aux boucles tortueuses, tourbillonnantes et ininterrompues de « Portugal » et de ses violons torturés, tout paraît orchestré pour devoir décupler et densifier la tension d’une série dont les envolées frissonnantes ne seraient indéniablement pas les mêmes sans le talent intuitif et attentif des écossais.

Une étrangeté pop rock aura beau se faufiler curieusement au cœur de cet océan de post-rock tendu et mystique (« What are the doing in heaven today », une reprise en forme d’hommage au titre du même nom de Washington Phillips), l’atmosphère globale du disque ne s’apaisera jamais tout à fait. Si les revenants sont de retour, vêtus du même faciès et des mêmes habits qu’ils portaient quelques heures avant leur mort, les Mogwaï refusent pour leur part de revenir sur leurs pas, et par l’intermédiaire de cette odyssée nouvelle, explorent des sentiers sonores sur lesquels ils n’avaient encore jamais tout à fait posé les pieds auparavant. Certains sont destinés à revenir sur les traces de leur passé. D’autres ne le sont définitivement pas.

Visuel © : pochette des Revenants de Mogwaï

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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