Electro
London Grammar signe son retour avec une ode au rêve américain

London Grammar signe son retour avec une ode au rêve américain

16 avril 2021 | PAR Manon Bonnenfant

L’idée peut surprendre : le célèbre groupe britannique London Grammar s’embarque – à l’occasion de leur troisième album studio – dans une chevauchée consacrée au rêve américain. Douceur lyrique, nouvelles sonorités et thématiques prenantes sont à suivre au fil de « Californian Soil ».

Sensation indie pop venue d’Outre-Manche, le trio fut propulsé sur le devant de la scène grâce au titre « Wasting My Young Years » et « Hey Now », tous deux sorti en 2013. Leur premier album « If You Wait » souffla un vent de fraîcheur sur la pop anglaise. Quatre ans plus tard, « Truth Is a Beautiful Thing » vit le jour, creusant encore un peu plus l’univers fascinant et minimaliste du groupe. Un groupe qui, après deux larges succès, prit le temps de revenir sous le feu des projecteurs… pour un troisième album cathartique. Car si « Californian Soil » illustre bien une chose, c’est le passage symbolique d’Hannah Reid en tant que leader du trio. Et non sans raison. Dans ce troisième album, oubliez l’Angleterre et faites voile pour les Etats-Unis. Ses métropoles fourmillantes, ses (rares) parcelles de terres encore intactes, ses mythes, rêves et illusions qui ont perdurés sur des siècles. Des illusions qui, comme son nom l’indique, révèlent cacher une face obscure. En l’occurrence, celle (dé)masquée par Hannah Reid : en effet, la jeune artiste originaire de Nottingham a été – depuis son succès fulgurant – confrontée au sexisme dans l’industrie musicale. L’expérience fut telle qu’elle envisagea de se retirer du milieu… mais il n’en fut rien. Phœnix étincelant, l’artiste – accompagnée des musiciens Dominic Major et Dan Rothman – signe un retour en force.

« Californian Soil » navigue entre eaux inédites et déjà explorées. L’album s’ouvre avec une introduction divine, la voix pure d’Hannah Reid ne faisant qu’une avec l’orchestre en fond sonore. Que nous manquerait-il pour plonger dans cette épopée singulière ? Les sonorités électro qui ont contribué au succès du trio dès leurs débuts, peut-être ? Les voilà qui débarquent lors du titre éponyme « California Soil », et avec elles la pensée que l’aventure commence dès maintenant. Première expérimentation de l’album, entremêlant lumière et obscurité. De celle-ci naît l’autre, et inversement. Une complémentarité qui servira de fil conducteur à ces 12 pistes. Tantôt énergiques, tantôt apaisantes, entre électro-pop et ballades acoustiques dont un crépitement « vintage » s’en dégage, ces pistes révèlent de sombres paroles. Par-dessus tout, l’Amérique chantée ici semblerait être la personnification des démons d’Hannah Reid… comme ceux de tant d’autres : l’angoisse de disparaitre aux yeux de tous, les préjugés auxquels font face les jeunes artistes face aux géants de l’industrie musicale… jusqu’aux injustices subies, en particulier par les femmes.

Hannah Reid n’a hélas pas échappé à l’un de ces (trop) nombreux fléaux qu’est la misogynie. Être un jeune artiste débutant dans le milieu n’est pas une mince affaire. Encore moins lorsque l’on est une femme, leader de surcroît. L’artiste s’est récemment confiée sur cette mauvaise passe au magazine ‘The Telegraph’, persistant et signant ces échecs essuyés, mais aussi et surtout ces leçons d’apprises. C’est donc un album qui se veut être féministe… sans pour autant s’en targuer, et c’est sans doute ici une de ses plus grandes forces. Un album pour exorciser ses douloureuses expériences, de l’ébauche des textes à ses performances live, en passant par sa sortie : cathartique. Les paroles abordent également d’autres thématiques, tout aussi universelles et malgré tout relatives au trio, telles que les relations déséquilibrées, la sensation d’être noyé dans une foule mais au cœur d’une bulle avec un être cher… Le clou de « Californian Soil » réside sans aucun doute dans sa dernière piste – « America » – apogée d’une mélancolie et beauté si forte qu’elle en devient douloureuse. La douleur d’un rêve brisé par la réalité. La promesse d’un succès idyllique qui se révèle n’être qu’illusion.

Les quelques faiblesses de l’album résident en certaines chansons beaucoup trop calibrées « grand public » (on remarquera la pâte du producteur Steve Mac, à l’origine du très populaire « Shape of You » d’Ed Sheeran) – pour qu’une singularité puisse en être extraite… et retenue. Il est intéressant d’établir un possible rapprochement avec CHVRCHES – groupe de synthpop britannique – dont la trajectoire de style se rapproche de London Grammar, pour le meilleur comme pour le pire. Car évidemment, il ne peut y avoir de progrès sans expérimentations et nouveaux partis pris. Après un début aussi excellent qu’« If You Wait », ainsi qu’un retour en demi-teinte avec « Truth Is a Beautiful Thing », difficile de ne pas placer haut la barre de nos attentes. Le pari risqué de « Californian Soil » est toutefois à saluer pour les bijoux qu’il renferme, soutenus par des compositions éclectiques et une voix, LA voix du trio, toujours aussi envoûtante. In fine, côté clip, mention spéciale à celui du single « Lose Your Head », témoignant de cette dualité ombre/lumière avec une sublime palette de couleur. 

London Grammar sera en tournée à partir de ce Novembre-ci, avec plusieurs dates au Royaume-Uni ainsi qu’en Australie. Aucune date n’a été dévoilée en France pour le moment.

« Californian Soil » – London Grammar (Metal & Dust / Ministry of Sound)

  1. Intro
  2. Californian Soil
  3. Missing
  4. Lose Your Head
  5. Lord It’s a Feeling
  6. How Does It Feel
  7. Baby It’s You
  8. Call Your Friends
  9. All My Love
  10. Talking
  11. I Need the Night
  12. America

 

Visuel : © Metal & Dust / Ministry of Sound, pochette officielle

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Manon Bonnenfant

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