Electro
[Interview] Vitalic : « Mon prochain disque ? Une sorte de disco déglinguée »

[Interview] Vitalic : « Mon prochain disque ? Une sorte de disco déglinguée »

25 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Alors qu’il nous annonce être en pleine préparation de son quatrième album studio (un album qui s’annonce discoïde et expérimental), Pascal Arbez-Nicolas, que la plupart connaissent sous le patronyme de Vitalic, fait un passage ce jeudi par La Machine du Moulin Rouge, à l’occasion d’une [PIAS] Nites qu’il animera en compagnie du Londonien East India Youth et du fondateur de Mute Records Daniel Miller. Entretien.

Passer du live hyper sophistiqué de Vitalic VTLZR que tu livrais en festivals au DJ set assez minimaliste de La Machine du Moulin Rouge…as-tu l’impression de faire le même métier ? 

Vitalic : Il y a effectivement un monde entre jouer avec une grosse structure sur laquelle travaille une très grosse équipe et mixer sur un set que tu effectues seul. Il y a toujours un gros décalage !

Lors de ces moments-là, tu passes des disques qui ont influencé ton parcours, ou plutôt des trucs que tu as envie de passer dans le moment présent ?

Vitalic : En fait, mon live à La Machine ne sera pas exactement un DJ set : je vais aussi passer certains de mes morceaux, anciens ou futurs. Ce sera un mélange de tout. Je ne suis toutefois pas dans une démarche dans laquelle on joue des vieux machins, et ce même s’il y a des morceaux qui n’ont pas vieillis depuis 1994 ou 1995. Ceux-là auront leur place dans mon set. Si tu prends un son comme « Losing Control » de DBX, c’est juste une rythmique avec une voix qui se répète et ça, tu vois, c’est le genre de trucs que les jeunes qui font de la techno essayent de faire aujourd’hui. C’est un morceau vraiment intemporel que je passerai sûrement jeudi.

Et justement, toi qui es au-dedans de la scène électro techno français depuis bientôt 20 ans, quels noms t’intéressent aujourd’hui ?

Vitalic : Je n’écoute plus beaucoup de techno aujourd’hui. Je suis plus branché disco, folk…je crois même, à bien y réfléchir, que la techno pure et dure ne m’a en fait jamais trop intéressé. J’ai besoin de mélodies, de choses moins rythmiques. Sinon, dans les jeunes dont tout le monde parle, j’aime évidemment beaucoup Gesaffelstein, Brodinski, Bobmo…

On a désormais du mal à te différencier du projet VTLZR. Les prochains lives seront-ils orientés dans la même direction ?

Vitalic : Je ne sais pas encore. Ça va vraiment dépendre des projets. Là, je commence un nouvel album, et forcément, le son change par rapport au précédent, et les jeux de lumière du live prochain ne seront automatiquement plus valables pour celui-là. J’aimerais en réalité à l’avenir avoir deux lives : un pour les petites salles, plus basé sur l’humain et sur mes machines de musique, en me donnant la possibilité d’intégrer quelques pauses et quelques nuances au set, et puis une version festival qui ressemblerait peut-être plus au live que j’avais avec VTLZR, plus courte, plus rentre-dedans. Mais je suis bien conscient que ce doit être perturbant pour les gens d’avoir des versions aussi différentes de mes shows. C’est certain que si dans une salle de 2 000 personnes, on s’attend à un live avec VTLZR, ça ne rentrera pas…

J’avais lu que tu considérais que ce n’était pas toujours facile de faire du live en étant seul sur scène. C’est aussi pour combler ce partage un peu frustrant que tu t’es entouré de deux musiciens sur la tournée de ton précédent album ?

Vitalic : C’est d’abord pour les besoins de mon nouveau live, mais effectivement aussi pour vivre l’expérience du « groupe de musique ». Ça me plaît également de pouvoir intégrer le facteur « erreur humaine » à mes lives, qui s’avèrent parfois assez mécaniques. Ça humanise un peu ma musique. En fait, à chaque fois que je dis quelque chose je me rends compte que je fais exactement son contraire : pendant des années, je clamais haut et fort que je ne prendrais jamais de musiciens sur mes sets électro pour ne pas « faire semblant » de faire de la musique normale. Et du coup, je l’ai fait quand même !

En faisant de l’électro, tu n’as pas l’impression de faire de la musique normale ?

Vitalic : « Normale », ce n’est peut-être pas le bon terme. En électro, les artistes sentent parfois à un certain moment de leur parcours qu’amener des musiciens à un live amène une certaine forme de respectabilité. Moi je ne l’ai pas fait dans ce sens-là. Je voulais surtout me marrer. Partager ma musique avec des gens sur scène, sortir un peu de ma bulle. Compenser le caractère un peu large du show VTLZR, et ne pas miser tout l’intérêt du live sur ce mur de lumières assez immense.

Dans quelle mesure avais-tu participé à la création de ce live ?

Vitalic : En fait, quand l’album a commencé à trouver sa couleur sonore, on a commencé également à tenter de trouver une cohérence son / lumière avec les acteurs de VTLZR. Mais si les deux se répondent évidemment, c’est toujours la musique qui a défini le show, et pas le contraire.

Est-ce que tu continues tes activités sur Citizen Records, le label que tu as fondé ?

Vitalic : Ça fait environ deux ans que c’est en sommeil. Ça devenait très difficile de faire travailler des gens sur des disques électro qui avaient un peu de mal à se vendre. Il fallait se diversifier, faire des soirées, et je ne me sentais pas à ce moment-là l’énergie pour me mettre à fond sur Citizen. J’ai préféré me mettre à fond sur mon show. C’est un projet qui est toujours là, on s’occupe toujours du catalogue, et mon projet personnel en est au centre. Mais pas de sorties d’autres artistes prévues prochainement !

Tu nous disais donc que tu commençais à travailler sur un quatrième album…

Vitalic : Ça fait six mois que j’ai commencé à le travailler. Je suis en réalité en pleine phase de composition…

Après l’exploration du disco, de la techno, de la rave, est-ce que tu es sur des sentiers un peu différents sur ce nouvel LP ?

Vitalic : C’est moins techno, plus « labo », dans le sens « expérimental ». Une sorte de disco déglingué. FlashMob, mon disque le plus proche de ce genre, était un disque de disco solaire, assez posé et chaud. Là je suis sur quelque chose de plus irrationnel, qui gratte peut-être un peu plus, un peu plus humain.

« Humain », c’est un terme qui revient décidément beaucoup…

Vitalic : Oui, « humain » non pas dans le sens lyrique, mais plutôt dans la volonté d’introduire des erreurs dans ma musique. Des « fausses » erreurs. Il m’arrive de décaler des rythmiques, de synchroniser les choses de manière imparfaite, d’intégrer des erreurs humaines sur des sons qui ne le sont pas, afin d’en briser un peu le côté mécanique. Un peu comme dans un live. C’est comme si le batteur jouait mal, sauf que c’est volontaire.

C’est une volonté d’humaniser la machine ?

Vitalic : Je le faisais effectivement beaucoup pendant un temps. Tu sais, il y a plein de petits programmes (dont je ne me sers pas mais que je connais) qui font presque de la musique tout seul, qui trouvent eux-mêmes les accords. Des logiciels qui coûtent 300 euros, auxquels tu rajoutes des plugin, et qui sont semblables à une sorte de pâtisserie industrielle : tu mets de l’œuf et un peu de lait, et tu as un gâteau. La musique, on peut la faire aujourd’hui de la même manière. Et je me veux justement l’opposé de cette manière de faire de la musique.

Il y aura certains morceaux de ton album en préparation en exclusivité lors de la [PIAS] Nites ?

Vitalic : Certainement oui…Et je pense que ce sera assez facile de les reconnaître !

En concert à La Machine du Moulin Rouge le jeudi 27 novembre, aux côtés d’East India Youth et de Daniel Miller.

Visuels : © Franck Courtas

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