Classique
Un Haydn frémissant d’expressivité à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine

Un Haydn frémissant d’expressivité à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine

10 octobre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Après une ouverture de saison placée, entre autres, sous le signe Beethoven et de la création contemporaine, sous la baguette de Paul Daniel, Bernard Labadie défend le classicisme viennois et le premier romantisme, avec, en particulier, un Concerto pour violoncelle de Haydn magistralement interprété par Jean-Guihen Queyras.

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Fondateur des Violons du Roy, formation québécoise qui, par sa synthèse entre les exigences de la pratique sur instruments d’époque et la lutherie moderne, compte parmi les figures de l’interprétation du répertoire du dix-septième au début du dix-neuvième siècle, non seulement au Canada, mais également au-delà, Bernard Labadie apparaît comme une baguette toute indiquée pour diriger l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine dans un programme consacré à Haydn, Mozart et Mendelssohn. C’est avec une ouverture de ce dernier, Les Hébrides opus 26 que s’inaugure la soirée. Sans céder à la placidité, la lecture privilégie la clarté du dessin mélodique et formel au bouillonnement pittoresque.

La sobriété de la direction orchestrale sert d’écrin pour mettre en valeur la remarquable interprétation de son compatriote Jean-Guihen Queyras du Concerto pour violoncelle n°1 en do majeur de Haydn. Dans un syncrétisme esthétique parent de celui du chef canadien, qui préfère la vérité de l’efficacité à celle de l’orthodoxie intangible, le soliste déploie une ligne à la fois nerveuse et souple. Le mordant des attaques, aux accents parfois râpeux, impulse saveurs et vitalité à l’Allegro moderato initial, à la balance concertante également contrastée et synchrone. La cadence, aussi virtuose qu’inspirée dans sa concision, résume cette approche où le sens du style se dévoile avec une évidente liberté, sans ostentation. Riche de sentiment autant que d’intelligence, le jeu du violoncelliste développe une rhétorique consommée qui évite toute sensiblerie et toute affectation, et que l’on retrouve dans un Adagio au lyrisme ciselé, attentif à la cohérence et à la fluidité du discours. La beauté plastique du son ne cède jamais à la vanité et sert d’abord au chatoiement intimiste d’une langue classique qui n’est pas réduite à son empreinte muséale. Cette authentique vie se confirme dans le tourbillonnement d’un finale où l’archet enlevé restitue toute la sève du mouvement perpétuel, avec un enthousiasme aussi irrésistible que la précision de l’expression. Chose rare qui témoigne de l’excellence singulière de Jean-Guihen Queyras, c’est un bis que l’on pourrait qualifier de contemporain qui est proposé, les Trois strophes sur le nom de Sacher de Dutilleux. L’inimitable miroitement de textures et couleurs, la délicatesse d’un phrasé au plus près des inflexions de la pensée et du songe, magnifient une page qui résonne désormais ici comme un classique du répertoire – un signe qui ne saurait tromper.

Après l’entracte, Bernard Labadie livre une approche équilibrée de la Symphonie n°39 en mi bémol bémol majeur K543 de Mozart. L’introduction Adagio, à la solennité ponctuée de timbales comme l’Ouverture de la Flûte enchantée, prépare l’élan lumineux de l’Allegro, avant la tendresse allante de l’Andante con moto, au milieu duquel les modulations en si mineur font affleurer, avec une pudeur bien calibrée, une brève pointe d’inquiétude mélancolique toute mozartienne. Le Menuet et l’étourdissant finale ne démentiront pas ce respect sans servilité de l’esprit du compositeur salzbourgeois, que les grandes phalanges symphoniques auraient tort de délaisser aux formations dites spécialisées. Ce programme vient confirmer les bénéfices qu’un orchestre comme l’ONBA et les auditeurs bordelais – et pas qu’eux – peuvent en retirer. Une ouverture de saison résolument éclectique, pour le plus grand bonheur de la musique.

Gilles Charlassier

Opéra national Bordeaux Aquitaine, Auditorium, Bordeaux concert du 8 octobre 2020

©Jean-Guihen Queyras DR

 

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