Classique

Ouverture de saison beethovénienne à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine

29 septembre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Tandis que l’Opéra national de Bordeaux ouvre sa saison lyrique avec La Traviata à l’Auditorium, c’est au Grand-Théâtre que l’ONBA inaugure sa programmation symphonique 2020-2021, également sous la baguette de son directeur musical, Paul Daniel, en conjuguant l’anniversaire Beethoven avec une commande contemporaine.

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Les aléas de la crise sanitaire façonnent parfois des hasard, à l’exemple des retrouvailles de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine avec le Grand Théâtre pour une soirée symphonique. Habituée de la fosse de la magnifique salle conçue par Victor Louis, la formation aquitaine n’en avait plus foulé le plateau pour un programme symphonique depuis de nombreuses années, l’Auditorium étant devenu la scène dédiée aux concerts, sans compter, qu’avant son inauguration, les musiciens investissaient régulièrement le Palais des sports. Si le lyrique et le baroque s’épanouissent naturellement l’acoustique de l’écrin dix-huitième, les grands effectifs peuvent s’y trouver parfois relativement à l’étroit.

La pièce augurale de cette soirée d’ouverture de saison ne pâtira pas cependant de ces contraintes. Confiée à un ensemble aux dimensions quasi chambristes, la commande conjointe de l’ONBA et de Radio France à Camille Pépin, Avant les clartés de l’aurore, créée à Paris une dizaine de jours plus tôt, le 18 septembre 2020, déploie une évidente séduction, étrangère à l’aridité reprochée à certaines musiques dites contemporaines. L’économie de la pièce, mûrie pendant le confinement, s’appuie sur un quatrain tatar de Pouchkine, et décline, en une dizaine de minutes, quatre épisodes d’égales dimensions, dans un climat nocturne évocateur qui assume sans doute une certaine ascendance debussyste, dans la souplesse des teintes orchestrales. Mais le hors-d’oeuvre fait surtout résonner un minimalisme hypnotique épigone de Riley, jusqu’à une explicite citation de In C à la clarinette basse.

Rattrapant quelque peu les commémorations perturbées par l’épidémie, Beethoven est à l’honneur de ce concert de rentrée, avec deux des plus magistraux opus du compositeur allemand. Paul Daniel tire habilement parti des limites du plateau du Grand-Théâtre, par rapport aux exigences, pour mettre en valeur le fruit de ses sept années à la tête de la formation aquitaine – entre autres, le travail sur la pâte, conjuguant homogénéité et couleur. Dans une répartition qui ménage le dialogue entre les cordes, la mobilité des motifs au gré des pupitres s’affirme avec une belle expressivité en une perspective légèrement aplanie, préjudiciable aux vents qui, depuis le parterre, se trouvent un peu trop fondus dans la texture des cordes.

Le sens de la construction se reconnaît dans la Symphonie n°7 en la majeur opus 92, dès les mesures introductives du Poco sostenuto qui préparent, avec progressivité, l’élan du Vivace. Les variations de l‘Allegretto sont déployées en un kaléidoscope sensible et maîtrisé, avant la vitalité bien contrastée du scherzo, et un finale, Allegro con brio, dans la continuité de cette lecture nourrie, vigoureuse et chatoyante. Ce modelé de la matière sonore se retrouve dans la Symphonie n°3 en mi bémol majeur opus 55. L’Allegro con brio affirme un métal trempé d’héroïsme, jusque dans les pivots modulants palpitant d’une noblesse nerveuse, mais jamais altière, qui innerve également. une Marche funèbre au souffle indéniable, empreint d’humanité. Après le frémissement du Scherzo, le rondo final bouillonne jusque dans les moindres contre-chants des cordes, au risque de lester prématurément le frisson triomphal conclusif. L’ouverture de la saison symphonique se poursuit avec un second programme, également sous la baguette de Paul Daniel, les 2 et 4 octobre prochain, selon un même diptyque associant Beethoven et une création contemporaine.

Gilles Charlassier

Opéra national Bordeaux Aquitaine, Grand-Théâtre, concert du 25 septembre 2020

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