Classique
La Fenice ouvre la saison avec un Fidelio mesuré

La Fenice ouvre la saison avec un Fidelio mesuré

30 novembre 2021 | PAR Mahaut Adam

Quoi de mieux pour commencer l’hiver que de se retrouver, après avoir tranquillement longé les canaux, devant la mythique Fenice à Venise ? Entièrement reconstruit en 2003, le théâtre vénitien éclaire à nouveau la ville d’une programmation lyrique étonnante. Avec Fidelio, de Beethoven, il inaugure sa saison d’une façon sensible, efficace, mais mesurée.

Une ouverture transcendante

C’est l’ouverture. Dans la fosse, les musiciens s’animent, et les rideaux sont encore fermés alors que nous versons déjà quelques larmes. Beethoven. Les violons s’échauffent, et les trompettes annoncent l’arrivée de Don Fernando, incarné par le baryton  Bongani Justice Kubheka. Le chef d’orchestre, lui, n’a pas de partition, il connait chaque note par cœur. La première chose que nous remarquons de cette représentation est l’admirable prestation de Myung-Whun Chung, le chef d’orchestre du théâtre de la Fenice. Il dirige les musiciens avec précision, exalté et transcendé par sa musique. Puis, les rideaux se lèvent, dans le silence, et nous découvrons Marzelline (Ekaterina Bakanova), courtisée par le portier Jaquino (Leonardo Cortellazzi). Le couple déploie le langage de l’amour, mais nous comprenons que le cœur de Marzelline est à Fidelio.

Le couple touchant Fidelio-Florestan

Fidelio/Léonora est une femme travestie en homme pour libérer son mari. Elle est interprétée par Tamara Wilson… et quel bonheur ! La soprano américaine crée un tout nouvel espace de chant, aussi bien masculin que féminin. Avec sa présence, sa puissance et sa parfaite maîtrise des vocalises, Tamara Wilson épate.  On croit en sa force, sa détermination, son amour. Puis arrive la lamentation du pauvre Florestan (Ian Koziara), enfermé dans son cachot. L’interprétation du ténor, sensible et pleine de pathos, s’accorde avec harmonie à la musique de Beethoven. Jouant aussi bien sur les inflexions du textes que sur les couleurs de sa voix, le chanteur incarne efficacement ce rôle central.

Une mise en scène mesurée

Le principal problème de la mise en scène de Joan Anton Rechi est sa froideur calculée. Le décor, finalement très allemand, révèle, dans l’Acte I, une simple statue de tête humaine ; dans l’Acte II, des arches bleutés censés représentés le cachot de la prison. Deux éléments scéniques, imposants et un peu glaciaux ; rien de plus, rien de moins. On regrettera finalement cet excès de sobriété : les costumes sont eux aussi très simples, ensembles gris pour les prisonniers, vêtements militaires noirs pour le gouverneur et ses sbires. Peut-être cette sensation de maîtrise et de froideur vient-elle également de la lumière, toujours légèrement teintée de bleu ? Il faut en revanche saluer l’excellence du chœur de prisonniers, dont le nombre assez impressionnant, nous enveloppe dans une expérience sensorielle et romantique. Cette humanité réchauffe la dimension ascétique et un peu inhospitalière de la mise en scène, qui n’enlève donc rien à la richesse de cette représentation.

Et comme Noël approche à grands pas, et que rêver ne coûte rien… tous les programmes des Opéras/ballets et des concerts de la Fenice sont à retrouver ici

Représentation du 23 novembre 2021

Visuel © https://www.teatrolafenice.it/event/fidelio-chung-rechi/

Le Sacre du printemps entre au répertoire de l’Opéra National de Paris
L’agenda classique de la semaine du 30 novembre 2021
Mahaut Adam

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture