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Ouverture de saison beethovénienne (2) à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine

Ouverture de saison beethovénienne (2) à l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine

05 octobre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Après un premier concert associant une création de Camille Pépin à deux grandes symphonies de Beethoven, le second volet de l’ouverture de saison de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine sous la direction de Paul Daniel place un compositeur vivant dans la capitale girondine, Jean-Louis Agobet aux côtés de Strauss et Beethoven.

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Si le concert d’ouverture de saison a investi, de manière exceptionnelle, le Grand-Théâtre, l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine retrouve l’Auditorium pour ce deuxième rendez-vous de rentrée, également sous la baguette de son directeur musical, Paul Daniel, qui achèvera son mandat à la tête de la phalange aquitaine en juin prochain. Poursuivant les célébrations Beethoven, le programme du présent concert met à l’affiche quatre mouvements du ballet Les créatures de Prométhée opus 43, seul avatar dans ce répertoire de la part du compositeur allemand et souvent resté dans une ombre relative par rapport au reste de son œuvre. On y retrouve la veine héroïque d’un musicien acquis aux idées des Lumières et de la Révolution française, avec un instinct de la dramatisation de la pensée allégorique. Ouvrant le second acte, le bref quatrième mouvement distille une atmosphère d’attente, avant le chant des vents dans le cinquième, sur fond de quelques pizzicati et touches de harpe, sans oublier un solo de violoncelle poli avec élégance et naturel. Après la noblesse du n°12, le finale, dont le thème sera repris dans la Troisième Symphonie deux ans plus tard, couronne cet aperçu avec une carrure et un sens de la lumière tout à fait en situation.

Commande conjointe de l’ONBA avec le Philharmonique de Radio France et Cincinnati créée cet automne par les pupitres bordelais, Mabus fait partie d’un triptyque de préludes pour orchestre conçu par Jean-Louis Agobet, qui est également professeur au Conservatoire de Bordeaux – les deux autres volets sont Oculus, étrenné par le San Antonio Symphony en 2014, et Nucléus, qui refermera le cycle. En sept minutes, le virtuose magma évolutif de textures évoque, avec une efficacité quasi cinématographique et sans avoir besoin du secours de l’électronique, les ténèbres caractérisant le maléfique personnage éponyme Mabus, imaginé par Nostradamus au seizième siècle. Assumant une facture orchestrale traditionnelle délaissée par les laboratoires d’avant-garde, la partition, condensée, explore des ressources expressives où les alchimies de timbres et de rythmes sollicitent l’imagination visuelle de l’auditeur.

Après l’entracte, Une vie de héros opus 40 développe la narration chatoyante de Richard Strauss, dans une lecture où l’on devine l’empreinte du travail de Paul Daniel avec l’ONBA depuis 2013 – couleur homogène, sans placidité, des cordes, souplesse de la balance entre les différentes familles de pupitres. La puissance lyrique de l’ouvrage, qui n’oublie pas le sourire de l’humour, s’exalte dans une palette sensuelle et une dynamique dramaturgique portée par une belle fluidité dans l’architecture formelle du poème symphonique. Sans oublier la lisibilité de la ligne, ni alourdir inutilement la pâte, le chef britannique inscrit les éclairages sur les détails dans l’irrésistible maelström de la la luxuriance straussienne. De Beethoven à Strauss, en passant par la création contemporaine, cette ouverture de saison confirme les qualités de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine dans un large répertoire.

Gilles Charlassier

Opéra national Bordeaux Aquitaine, Auditorium, Bordeaux , concert du 2 et 4 octobre 2020

©Cdmc, DR

 

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