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Il primo omicidio, ou le retour triomphal sous le signe du Baroque à Montpellier

Il primo omicidio, ou le retour triomphal sous le signe du Baroque à Montpellier

27 mai 2021 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national de Montpellier propose pour son premier grand rendez-vous au Corum depuis la réouverture des salles une version de concert de l’oratorio de Scarlatti Il primo omicidio, avec l’Ensemble Artaserse sous la houlette de Philippe Jaroussky et un plateau qui fait la part belle à la voix de contre-ténor.

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Après la réouverture officielle, à l’Opéra Comédie, avec un saisissant concert scénographié autour du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, et la dernière des trois représentations de la production de Werther de Massenet importée de l’Opéra national de Lorraine, le retour au Corum avec Il primo omicidio de Scarlatti, du fait d’une jauge plus importante, même réduite au tiers, liée aux dimensions même de la salle, signe le premier rendez-vous de la maison pour un auditoire conséquent depuis la reprise – 900 environ pour une capacité à 2800. Il faut dire que les mélomanes, en particulier les aficionados de Baroque et de contre-ténors, ne pouvaient manquer le cast réuni par Valérie Chevalier pour cet oratorio du compositeur italien de la seconde moitié du dix-septième siècle et du début du dix-huitième – et père de Domenico, le fils qui a émigré à la cour d’Espagne et laissé un corpus de 555 Sonates.

Dans le rôle d’Abel, c’est Bruno de Sà, la nouvelle coqueluche du public baroqueux, qui fait valoir son timbre léger et juvénile, au format idoine pour la diaphane innocence du personnage biblique, avec une souplesse dans la ligne qui sait mettre en avant ses séductions où d’aucuns iront déceler quelques discrètes minauderies qui agrémenteraient mieux un récital. En Cain, Filippo Mineccia contraste opportunément, avec une agilité plus nerveuse, propice aux ressacs vindicatifs de ce frère jaloux, tandis que le repentir laissera affleurer une réserve, complétant ainsi l’évidente palette expressive et les ressources théâtrales du soliste italien.Troisième contre-ténor de la distribution, Paul-Antoine Bénos-Djian, qui commença le chant à Opéra Junior, à Montpellier, est sans doute celui qui, dans les interventions de la voix divine, affirme la diction la plus naturelle, avec une appréciable douceur dans la couleur vocale qui ne sacrifie aucunement le sens du discours – assurément, une personnalité à suivre.

Pour les trois autres caractères, Inga Kalna résume l’inquiétude maternelle de Eve, en privilégiant la chair de ses harmoniques à la lisibilité du verbe. La même difficulté à suivre de manière fluide les mots chantés se retrouve dans l’incarnation investie de Kresimir Spicer en Adam, chez qui le sentiment prime, faisant palpiter une émission sensible avant d’être homogène. Avec son physique d’ancien danseur, Yannis François fait retentir un Lucifer aux graves et aux attaques non dénués d’éclat. Sous la houlette de Philippe Jarrousky, qui, à l’instar d’autres chanteurs, passe ainsi à la direction musicale, l’Ensemble Artarserse laisse s’écouler la ferveur de la partition, dans une succession de tableaux psychologiques et religieux accompagnés avec soin, jusque dans la simplicité du continuo. Le public ne s’est pas trompé sur l’excellence de l’interprétation, et a réservé des applaudissements chaleureux, défiant les limites du couvre-feu – la soirée, bien que sans entracte, s’est achevée sur les 21 heures.

Il primo omicidio, oratorio d’Alessandro Scarlatti, Opéra Orchestre national Montpellier, concert du 25 mai 2021.

© Marc Ginot

 

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Gilles Charlassier

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