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Réouverture de l’Opéra de Montpellier sous le signe de l’émotion métaphysique

Réouverture de l’Opéra de Montpellier sous le signe de l’émotion métaphysique

21 mai 2021 | PAR Gilles Charlassier

Pour sa réouverture au public, l’Opéra Orchestre national Montpellier propose un concert mêlant des extraits des Frères Karamazov de Dostoïevski au Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen avec des musiciens de la maison, dans un format inédit de théâtre musical.

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Les hasards du calendrier ont fait que ce n’est pas par une production lyrique, ni par une soirée symphonique, que l’Opéra Orchestre national Montpellier rouvre au public, après près de sept mois de fermeture en raison des restrictions liées à la crise sanitaire – les deux dates maintenues de Werther, l’une à huis clos et l’autre avec spectateurs, sont le 18 et 20 mai. Prévu initialement le 15 mai, le concert autour du Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen signe le retour à la vie de l’institution languedocienne, et lui donne une tonalité bien particulière.

Un Quatuor pour la fin du Temps inspiré

L’oeuvre, inspirée par le Livre de l’Apocalypse de Saint-Jean et composée par Messiaen dans le dénuement du stalag au cœur de la Seconde Guerre Mondiale, n’est pas étrangère à ce climat singulier, d’autant que l’ouvrage, écrit pour piano, violon, violoncelle et clarinette, est présenté dans un dispositif original, avec une mise en regard d’extraits du roman de Dostoïevski, Les frères Karamazov, tirés de l’épisode de la lecture du poème Le grand Inquisiteur. Après une introduction dans la pénombre, le comédien Julien Testard déambule entre les musiciens situés à l’avant du parterre – où l’orchestre prend en partie place pour élargir la fosse dans Werther – et déclame son texte en séquences qui s’intercalent entre chacun des huit mouvements (l’Abîme des oiseaux et l‘Intermède sont joués enchaînés), avant de prendre place sur le plateau, devant le rideau, dans une posture oratoire, avec éclairage de poursuite façon music-hall à la clef. Les remarques de l’interlocuteur, Alexeï, dans le récit sont réparties et démultipliées entre les musiciens du quatuor, dont la voix ne se résume plus à leur seule performance instrumentale. L’ensemble prend l’allure d’une miniature théâtrale, abstraite et eschatologique, qui, dans ce dialogue entre Messiaen et Dostoïevski, fait résonner l’inspiration métaphysique du Quatuor, servi avec une évidente ferveur par les solistes de l’Orchestre national Montpellier Occitanie.

Le format concert de musique de chambre renouvelé

Après la méditative Liturgie de cristal et la Vocalise, pour l’Ange qui annonce la fin du Temps, le solo de clarinette de l‘Abîme des oiseaux est ciselée par la maîtrise inspirée d’Andrea Fallico. Le tutti façon scherzo de l’Intermède contraste avec la profonde intériorité de cette page. Le non moins admirable violoncelle de Cyrille Tricoire fait vibrer la douceur fervente de la Louange à l’Eternité de Jésus, quand la Danse de la fureur, pour les sept trompettes déploie sa rythmique incisive. Le Fouillis d’arc-en-ciel, pour l’Ange qui annonce la fin du Temps fait alterner de délicats camaïeux, d’un raffinement qui ne dédaigne pas sa filiation avec l’école française, et des accents plus nerveux, avant la Louange à l’Immortalité de Jésus, portée par le violon frémissant de Dorota Anderszewska, jusqu’aux confins du silence, sur la marche d’accords du piano de Magnus Fryklund, chef assistant de l’Orchestre national Montpellier Occitanie. Tirant parti des contraintes imposées par les circonstances, l’Opéra national de Montpellier contribue ici à renouveler le format du concert de musique de chambre, réputé élitiste. Les heureux spectateurs de ce rendez-vous qui a dû refuser une centaines de personnes, faute de place en raison de la jauge réduite imposée par la pandémie, ne seront pas sortis indemnes de cette expérience inédite… qui en appelle d’autres. On peut compter sur Valérie Chevalier, la directrice artistique de la maison, pour que cette attente ne soit pas vaine.

Pour la fin du temps, concert, Opéra Orchestre national Montpellier. Opéra Comédie. 19 mai 2021.

© DR

 

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Gilles Charlassier

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