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Le Festival Messiaen, les voix de Pascal Dusapin

Le Festival Messiaen, les voix de Pascal Dusapin

26 juillet 2022 | PAR Gilles Charlassier

Placé sous les figures tutélaires de deux grands compositeurs d’aujourd’hui, Pascal Dusapin et Alain Louvier, l’édition 2022 du Festival Messiaen au Pays de la Meije fait ressortir, dimanche 24 juillet, les couleurs de l’a cappella et celles du quatuor.

En mettant à l’honneur Pascal Dusapin pour son édition 2022, Bruno Messina et le Festival Messiaen au pays de la Meije célèbrent l’un des plus grands compositeurs de notre temps, qui vient de créer il y a quelques semaines au Festival d’Aix-en-Provence son dernier opus lyrique, l’ « operatorio » Il Viaggio, Dante.

C’est également la partie vocale du catalogue du musicien qui est à l’affiche du concert du Chœur Spirito dirigé par Nicole Corti, dont Bruno Messina est l’un des plus ardents défenseurs depuis au moins une décennie et son arrivée à la tête du Festival Berlioz, dans un engagement salutaire à soutenir les meilleures forces musicales du terroir. Spécialisé dans le répertoire du dix-neuvième et vingtième siècle, l’ensemble, qui se distingue par la précision chambriste de ses lignes, ne s’enferme pas dans ses limites. Dans le concert qu’ils donnent en l’Église du Chazelet, village sur les hauteurs de La Grave dans un authentique tropisme montagnard, les solistes de Spirito tressent les Cinq Rechants de Messiaen avec trois chansons tirées du cycle Le Printemps que Claude Le Jeune, figure de la Renaissance française dans la filiation de Janequin, a écrites sur des poèmes d’Antoine de Baïf, poète de La Pléiade. La polyphonie profane à 5 des pièces antiques, restituée avec une admirable lisibilité, alterne ainsi avec les pulsations émotionnelles des pages de Messiaen, célébrations d’amour mystique croisant l’inspiration du harawi, folklore péruvien et équatorien avec celle de l’alba, aubade moyen-âgeuse, dans un mélange de mélismes lyriques et de phonèmes rythmiques, contribuant à une indéniable puissance évocatrice magnifiée dans les lieux. En introduction à la seconde partie, Pascal Dusapin glisse quelques mots d’introduction à son cycle Granum sinapis, écrit sur des poèmes mystiques de Maître Eckhart, pour chœur mixte comme l’œuvre de Messiaen, sur une période de six années, de 1992 à 1997, comme un carnet de notations que la mort de la mère du compositeur a interrompu. Au fil des huit numéros s’enchaînent des miniatures chorales décantées, dans une sorte de suspension du temps, qui révèlent un véritable cisèlement de la lenteur suggestive, parfaitement relayée par les interprètes.

Le soir, c’est dans la Salle des Fêtes de La Grave que l’on a rendez-vous pour un programme entièrement contemporain. Pascal Dusapin présente son Quatuor n°5, dont la matrice compositionnelle est inspirée par Beckett. Il ne s’agit pas là d’une illustration des thématiques du dramaturge, mais plutôt d’une traduction musicale du geste contradictoire de l’écriture beckettienne, entre l’évidence du quotidien et son aporie divergente, comme les deux faces du même rapport au réel. Ainsi les dix-sept minutes de la pièce balancent-elles entre l’inertie du motif de l’alto sur des pizzicati du violoncelle et les tourbillonnements éthérés des violons, dans un envoûtant jeu entre vélocité rythmique et aura statique, magnifiquement mis en lumière par les Bela. Aux quatre musiciens français s’ajoutent les percussions de Claudio Bettinelli et l’informatique musicale d’Augustin Muller, diffusé par Bastien Raute pour la pièce que Henry Fourès a créée lors du Festival Manifeste 2021, Un bel éclair qui durerait. Si l’électroacoustique sert entre autre de prolongement aux mouvements de mains gantées codifiés du percussionniste, l’ensemble s’articule sur un autre contraste, des ritournelles en boucle pour les cordes avec des appeaux où le génie des vents se mêle aux percussions dans un langage qui rejoint les identités sonores. Invention et divertissement se conjuguent dans un programme que l’inconfort de la chaleur peut altérer, sans faire oublier que la musique contemporaine sait aussi être ludique.

Festival Messiaen, Le Chazelet et La Grave, concerts du 24 juillet 2021.

Visuel : © affiche du festival

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