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Magistral Radamisto à Montpellier

Magistral Radamisto à Montpellier

06 octobre 2021 | PAR Gilles Charlassier

Philippe Jaroussky inaugure sa résidence artistique à L’Opéra national de Montpellier avec le premier concert de la tournée européenne de son incarnation de Radamisto sous la direction de Francesco Corti.

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Sous l’impulsion de Valérie Chevalier, l’Opéra national de Montpellier consolide des fidélités artistiques sous forme de résidence de trois ans. Côté metteurs en scène, on a eu Marie-Eve Signeyrole – qui est revenue régler une vision foisonnante et iconoclaste d’un Rigoletto dans la peau d’un stand-upper à la dérive – puis Ted Huffman. Pour la partie musicale, après Nathalie Stutzmann, c’est, avec Philippe Jaroussky, une autre figure majeure du Baroque qui noue un compagnonnage avec l’institution occitane.

A la croisée des chemins avec ses récents débuts de chef dans Il primo omicidio de Scarlatti en mai dernier, le contre-ténor a par ailleurs créé une Académie à la Seine musicale, comme outil de transmission. Les trois prochaines saisons à Montpellier seront le reflet de cette triple identité de direction musicale et de transmission, en plus du chant. Cette année, les lauréats de l’Académie donneront quatre concerts, les 15 décembre 2021 et 14 février 2022, tandis qu’une masterclasse sera ouverte au public le 18 février. Le lendemain, le soliste sera à la baguette avec Emöke Barath, dans un florilège d’airs de Haendel, avant une nouvelle production de Giulio Cesare du Caro Sassone en juin.

Mais c’est le chanteur que l’on retrouve pour ce rendez-vous augural, avec la première étape de la tournée européenne de son incarnation du rôle-titre de Radamisto, un des premiers ouvrages que Haendel a écrit pour Londres, avec un livret de Haym qui condense les rivalités de cœur et cour dont raffole l’opéra baroque. La noblesse et la sensibilité de la ligne magnifient une interprétation magistrale, attentive aux inflexions de la mélodie et des affects, à laquelle répond la Zenobia rayonnante de Marie-Nicole Lemieux, galbée dans une robe scintillante. La générosité de la voix et de la musicalité de la Québécoise servent la caractérisation d’une dignité empreinte d’une authentique humanité. La plénitude des moyens vocaux éclaire avec une belle sincérité les tourments de la princesse.

En Polissena, Emöke Barath déploie un timbre fruité et chatoyant, d’une évidente sensualité, qui se garde cependant de tout exhibitionnisme, quitte à se retrancher derrière une relative réserve, qui contraste avec la franchise irradiante du Tigrane d’Anna Bonitatibus, au mezzo aussi nourri qu’agile, tant dans la vélocité virtuosité que dans les ressacs de l’expression. Zachary Wilder condense la cupidité de Tiridate. Les élans du contre-ténor américain possèdent le mordant idoine pour traduire la vindicte du tyran, non dénuée de cruauté. Renato Dolcini met intelligemment en avant les blessures de Farasmane, dans une émission souple qui résume une vigilance bienveillante. Quant au Fraarte d’Alicia Amo, sa vivacité juvénile ne dépare aucunement au sein d’un plateau de premier ordre, emmené par la direction de Francesco Corti, qui depuis le clavecin et à la tête des excellents pupitres de l’ensemble Il pomo d’oro, fait ressortir l’inimitable inspiration de Haendel, foisonnante de couleurs expressives et de théâtralité. Une belle soirée augurale, tant pour la tournée de ce Radamisto, présenté devant un poétique rideau noir constellé d’étoiles et qui fait étape au Théâtre des Champs Elysées le 8 octobre, que pour les promesses de la résidence artistique de Philippe Jaroussky à l’Opéra de Montpellier.

Gilles Charlassier

Radamisto, Haendel, Opéra Berlioz, Le Corum, Opéra national de Montpellier, concert le 4 octobre 2021

© Marc Ginot

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