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Georges Marque-Bouaret, délégué général du FIGRA : « Chacun doit prendre conscience que, si les journalistes sont mis sous cloche, les choses vont changer »

Georges Marque-Bouaret, délégué général du FIGRA : « Chacun doit prendre conscience que, si les journalistes sont mis sous cloche, les choses vont changer »

06 octobre 2021 | PAR Julia Wahl

Georges Marque-Bouaret est fondateur et délégué général du FIGRA, qui avait lieu pour la première fois à Douai le week-end dernier. Il a bien voulu répondre à nos questions.

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter le festival ?

Oui, le FIGRA est un festival qui ressemble des grands reportages, en tant qu’images, présentés sur un grand écran, et demande à leurs auteurs, réalisateurs et réalisatrices, de venir les présenter pour entamer une discussion avec le public après la projection du film. Cette relation qui s’établit entre le réalisateur, le film et le spectateur crée une relation très humaine. Alors, tout le monde fait cela, mais nous, on essaie de le maintenir comme une règle absolue. Sur 68 films en compétition officielle, on a dû avoir presque 90% de réalisateurs qui sont venus. C’est donc un festival où les réalisateurs accompagnent leur film. Ils sont contents de rencontrer leur public, ils ont besoin de cet échange, de partager sur des problématiques, ils ont besoin de discuter. Ça, c’est le principal, et on mêle à ces projections du théâtre documentaire [cette année, une adaptation du livre de Sorj Chalandon Le Quatrième Mur], des expositions photos… On n’a pas de thématique, si ce n’est l’actualité du jour, mais on a une tendance philosophique, si j’ose dire, qui sera peut-être se rapprocher des droits humains. On aime bien cette idée de rassembler les gens une fois par an, à l’occasion du FIGRA. Ça, c’était à l’origine dans ma tête et c’est devenu une réalité maintenant.

Par rapport à la question des droits humains, on perçoit des thèmes récurrents, comme la situation des femmes, la situation des migrants… Vous pensez que ça correspond à une actualité particulièrement criante cette année ?

C’est une actualité, pas que cette année malheureusement. Nous, notre but, ce n’est pas de chercher forcément la misère du monde, mais il se trouve que le monde ne va pas forcément toujours bien et ce serait quand même bizarre de ne pas le montrer. On a beaucoup parlé de journalisme [allusion au débat du samedi sur la concentration des médias, avec des journalistes et des spécialistes de la presse] et on voit beaucoup de dangers poindre pour ce métier : chacun doit prendre conscience que, si les journalistes sont mis sous cloche, les choses vont changer. Si on n’a pas une prise de conscience là-dessus, le citoyen sera embarqué.

Vous faites allusion au débat sur la question de la concentration des médias. Vous l’avez suivi vous-même ? Qu’en avez-vous retenu ?

J’ai surtout retenu que l’alerte était importante. J’étais sensible à la fois au ton qui était tenu, qui n’était pas un ton de revendications ou même de militant. C’était vraiment un ton de professionnel qui s’interrogeait sur cette difficulté qui consiste à considérer l’information comme un produit de consommation. Ce n’est pas un produit de consommation, c’est un outil essentiel à notre cerveau, à notre compréhension du monde. Vous avez vu que la devise du festival, c’est mieux comprendre le monde pour mieux se comprendre. Ça veut dire quelque chose. Les journalistes sont les relais de tout ça parce qu’ils sont sur le terrain. Cette confiance qui doit être rétablie entre le spectateur ou le lecteur et le journaliste est essentielle. Si on l’enlève, il n’y a plus rien. Cette confiance vient de la déontologie du métier. Si on n’y croit plus, alors là, tout est foutu et ce n’est pas parce qu’il y a quelques brebis galeuses que tout doit être mis dans le même sac. Les gens ne comprennent pas cela parce qu’on ne prend pas le temps de faire un peu de pédagogie.

Justement, par rapport à la question de la pédagogie, c’est vrai qu’il y a beaucoup de jeunes qui sont mobilisés, autour du Jury jeunes et du Jury du conseil des enfants. Ça, c’est vraiment un choix inhérent au festival ?

Oui, c’est inhérent au festival. On a toujours misé sur la jeunesse, parce qu’on estime que c’est l’avenir et qu’il faut que les regards s’aiguisent. Donc la jeunesse est là et, vous l’avez vu, du plus petit âge : il y a des CM 2 qui sont venus voir leur coup de cœur. C’est merveilleux de voir ça. On n’est pas sûr, bien sûr, que tout soit compris, mais ça ne fait rien.

C’est la première édition à Douai. Qu’est-ce que ça change ?

De façon pratique, on a une base sur laquelle notre festival est appuyé, de technique, de programmation. On s’est appuyé cela sur cela pour l’appliquer dans une ville comme Douai, avec d’une part des améliorations, pour les projections et le confort d’une salle. En même temps, on a tenté d’ouvrir sur la ville elle-même, par les structures qui existent. Comme la ville de Douai a quand même des structures qui sont intéressantes, on a voulu les exploiter là. Sinon, le grand changement, c’est de rencontrer du public, des gens qui ont envie de porter cette thématique très haut.

Visuel : S. Jousseaume

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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