Classique

Le festival Berlioz à Saint-Antoine l’Abbaye avec Haendel

23 août 2021 | PAR Gilles Charlassier

Selon un usage consacré, le festival Berlioz ne reste pas enfermé dans l’enceinte du Château Louis XI à La Côte Saint-André et élargit sa programmation dans plusieurs lieux à la Côte et aux alentours. Saint-Antoine l’Abbaye compte parmi ces escales régulières, et la journée du 21 août s’y referme avec une soirée Haendel sous la direction d’Hervé Niquet.

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A la tête du festival Berlioz depuis 2010, Bruno Messina s’attache autant à ne pas l’enfermer dans le seul corpus du maître romantique qu’à le faire rayonner dans son territoire. C’est ainsi que, au-delà de l’enceinte du Château Louis XI dans la ville natale du compositeur français où se tient le cœur de la programmation, la manifestation iséroise fait régulièrement escale à Saint-Antoine l’Abbaye, pittoresque village sur la route de Saint-Marcellin et Valence. Si la journée propose une après-midi d’études dans le cadre du colloque autour de Berlioz, Flaubert et l’Orient, et une intégrale des Suites pour violoncelle de Bach par Marc Coppey, la soirée est consacrée à Haendel, dans l’église abbatiale du village.

Sous la houlette d’Hervé Niquet, qui s’autorise quelques mots d’introduction, le Concert Spirituel défend l’oratorio Israël en Egypte, précédé d’un Concerto pour orgue en fa majeur HWV 295 du même « Caro Sassone », sous les doigts de François Saint-Yves. L’équilibre acoustique de la nef s’entend dès cette partition préliminaire qui se substitue, comme cela est probablement le cas dès la création à Londres en 1739, à la première partie de l’opus HWV 54, sacrifiée avec l’Ouverture. Cette orthodoxie musicologique privilégiant les hypothèses circonstancielles, qui ne doivent guère différer de ce que Berlioz lui-même entendit un siècle plus tard, ni même à l’usage encore courant de nos jours, s’oppose à un autre tropisme, recherchant les intentions initiales de l’auteur, lesquelles, ici, mériteraient de ne pas être négligées, et étaient par ailleurs déjà connues à l’époque même – le musicologue du siècle des Lumières admirait la version princeps de cette première partie, qui reprenait entièrement le matériau d’un hymne funéraire The ways of Zion do mourn HWV 264, et fut remplacée à la fin d’un Haendel devenu impuissant à cause de la cécité par d’autres pages sous la houlette de son disciple John Christopher Smith.

A la lumière de l’interprétation de l’ensemble français, et de son chef, qui privilégient la couleur à la précision du dessin et à la scansion des attaques, on peut deviner combien cette accommodation supprimant cette partie hautement exigeante en termes de choeur est opportune. Dans les deux parties de l’ouvrage rescapées selon la tradition, Exodus et Momes song, l’absence du texte dans le livre-programme du festival, qui ne recense que les mots mis en musique par Berlioz, dans un souci de cohérence éditoriale qui peut se comprendre, à défaut d’étancher tous les besoins du spectateur, constitue une lacune que le défaut d’intelligibilité des ensembles ne compense guère. Même si le sens général des paroles, tirées de la Bible, peut être reconstitué par le public et la théâtralité de la musique, cette lacune empêche de goûter à sa juste mesure le galbe et la puissance du verbe, que Haendel sait mettre en lumière avec un instinct rare.

Les solistes se montrent plus attentifs à la déclamation. Les deux sopranos Florie Valiquette et Melody Louledjian, à l’émission nette et colorée, se révèlent complémentaires dans l’expression, tandis qu’Ambroisine Bré affirme un alto bien calibré. La clarté dans la ligne se retrouve dans la l’interprétation vigoureuse du ténor Kresimir Spicer, dont le chant ne manque pas de nervosité. Les deux basses, Andreas Wolf et Tomislav Lavoie complètent une distribution qui tentent de défendre le relief du texte auquel une lecture qui s’abîme dans l’effet, au détriment de l’efficacité, ne peut rendre suffisamment justice.

Gilles Charlassier

Festival Berlioz, Saint-Antoine l’Abbaye, concert du 21 août 2021

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Gilles Charlassier

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