Classique
A La-Côte-Saint-André, le Festival Berlioz propose « des milliers de sublimités »

A La-Côte-Saint-André, le Festival Berlioz propose « des milliers de sublimités »

05 septembre 2022 | PAR Victoria Okada

Le Festival Berlioz a choisi cette année le thème des voyages, en références aux voyages que le compositeur a réellement effectués mais aussi à ses voyages imaginaires, dans le temps et dans l’espace. Il propose ainsi « des milliers de sublimités ».
De la Méditerranée aux Indes de Marco Polo, du Voyage d’hiver aux Nuits d’été et à la Nuit des étoiles, de l’Italie de Harold au Nouveau Monde de Dvorak, chez le Duc de Mantoue et chez la Reine de la Nuit, tous ces voyages offraient mille et une couleurs, toujours avec un brin d’exotisme.

La Flûte enchantée enchanteresse


Au cours de notre séjour dans le Dauphiné, La Flûte enchantée de Mozart par Les Talens lyriques a marqué les esprits des spectateurs avec une distribution de haute volée. La sublime Sandrine Piau en Pamina n’a jamais été aussi libre, avec une voix qui s’envole comme elle avait des ailes. Elle est entourée d’une armée de chanteurs tout aussi impressionnants : Rocío Pérez autoritaire dans ses aigus spectaculaires en la Reine de la Nuit, Alexander Köpeczi (Sarastro) et Christian Immler (L’Orateur) imposants par leur connaissance dans les rôles, De même que Tamino de Jeremy Ovenden. Christophe Filler (Papageno) et Daniela Skorka (Papagena) n’insistent certes pas le côté comique — dans une version de concert avec une mise en espace, c’est moins évident — mais il est pleinement investi. Un luxe vocal chez les trois dames (Judith van Wanroij, Marie-Claude Chappuis et Angélique Noldus), trois garçons des Wiener Sängerknaben avec une réelle incarnation des personnages… Si la mise en espace de Benoît Benichou n’est pas toujours convaincante par rapport à la disposition de l’orchestre et de la salle (quand les chanteurs sont derrière l’orchestre, l’effet vocal diminue considérablement), ses vidéos, en revanche, sont une merveille : elles ne sont aucunement envahissantes et illustrent parfaitement les scènes avec un esthétisme et un goût certains. Christophe Rousset dirige Les Talens Lyriques avec beaucoup d’assurance, en mettant les chanteurs en valeur, mais sacrifiant quelque peu les couleurs orchestrales… À moins que cette impression ne soit due à l’acoustique de la salle éphémère.

Une version de Béatrice et Bénédict qui ne fait pas l’unanimité


De nombreux amateurs de Berlioz attendaient avec impatience Béatrice et Bénédict, le seul opéra de Berlioz dans cette édition. D’autant que cette version de concert est assurée par l’Orchestre philharmonique de Strasbourg sous la baguette de John Nelson, qui ont produit des joyaux (La Damnation de Faust, Les Troyens…) sur scène aussi bien que dans les enregistrements. Cette fois, nous en sortons avec des sentiments mitigés. Si l’orchestre est toujours excellent, avec notamment des vents particulièrement éblouissants, et si le talent de récitant d’Éric Génovèse, de la Comédie-Française, est incontestable, ce n’est pas à cela que tient l’appréciation de cette version où les dialogues ont été remplacés par un récit. C’est certainement une version anti-COVID, afin d’éviter au maximum la projection des gouttelettes, mais l’essentiel de l’œuvre est impitoyablement perdu… Heureusement, les chanteurs, notamment les chanteuses, nous régalent. Aux côtés de Sasha Cooke à la voix intense dans le rôle de Béatrice, Beth Taylor dans celui d’Ursula fascine par son timbre chaud et riche, alors que Vannina Santoni éveille nos oreilles avec son beau coloris dans le premier air d’Héro qui est aussi le premier de l’opéra. Un bel éventail de voix masculines aussi avec Jérôme Boutillier (Claudio), Paul Gay (Don Pedro) et Julien Véronèse (Somarone), ce dernier assumant pleinement le caractère comique. Seul Toby Spence (Bénédict) était en petite forme, avec une voix visiblement fatiguée. Si cette version de récit mérite d’exister (si c’est vraiment la version COVID), l’idée ne fait hélas pas l’unanimité.

La clôture avec la Symphonie fantastique par Thomas Hengelbrock et l’Orchestre national de France


La traditionnelle Symphonie fantastique du concert de clôture est assurée par l’Orchestre national de France sous la direction de Thomas Hengelbrock. La quintessence de l’orchestration berliozienne est là, avec toutes ses brillances et ses splendeurs. Les deux cloches fondues en 2013 et installées à l’extérieur devant la salle, participent à l’interprétation, comme à l’accoutumée ; l’effet est véritablement magique, comme si nous étions tous entraînés dans les imaginaires — ou hallucination — du compositeur. Le chef, très énergique, donne des indications par de gestes bien larges mais non moins précis, eux-mêmes un beau spectacle en soi. L’orchestre national de France fait montre de son excellence. La qualification d’un « orchestre français » somptueux avec de splendides couleurs propres à chaque pupitre, c’est sûrement un cliché, mais là, on ne trouve pas d’autres mots pour décrire la imaginaire du compositeur.
Auparavant, deux œuvres de Mendelssohn : Ouverture de Ruy Blas suivi du concerto pour piano n° 1 avec Philippe Cassard.

Ce concert est un voyage dans le monde littéraire et intérieur, chez Victor Hugo pour Ruy Blas, dans un univers shakespearien via le spectre de Harriet Smithson dans la Symphonie fantastique. En somme, une clôture hautement berliozienne, dans un romantisme exacerbé par son esprit.

Visuels © Festival Berlioz/Bruno Moussier

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Victoria Okada

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