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Le Festival Messiaen, « O Mensch », les voix de Nietzsche et Pascal Dusapin (2)

Le Festival Messiaen, « O Mensch », les voix de Nietzsche et Pascal Dusapin (2)

26 juillet 2022 | PAR Gilles Charlassier

Le concert du 25 juillet fait entendre O Mensch de Dusapin, compositeur à l’honneur de l’édition 2022 du Festival Messiaen, avec la pianiste Vanessa Wagner et le baryton Mitch Riley, dans l’église de La Grave.

Dans les hauteurs de La Grave, l’église du village est un creuset désormais mythique du Festival Messiaen au Pays de la Meije. C’est dans cette nef que Vanessa Wagner – créatrice de la pièce aux côtés de Georg Nigl, son commanditaire, aux Théâtre des Bouffes du Nord en 2011, dans une mise en scène du compositeur – et Mitch Riley interprètent O Mensch, avatar des variations de Pascal Dusapin autour de la forme lyrique et scénique. Composé en 2008-2009, le cycle qui se présente comme un «inventaire musical non raisonné de quelques passions nietzschéennes », se compose de vingt-sept miniatures pour piano et baryton dont le titre emprunte au Chant de minuit d’Ainsi parlait Zarathoustra que Mahler avait mis en musique dans le quatrième mouvement de sa Symphonie n°3.

C’est d’ailleurs dans un même dépouillement de l’invocation que dans l’opus post-romantique que s’ouvre celui de Dusapin, sur un lit pianistique délicat. Les contrastes s’affirment dès le vif Ein Spiegel ist das Leben, dans une veine aphoristique qui s’accentue avec le bref Ehrgeiz, aux allures de motif qui se déclinera à deux autres occurrences dans l’ouvrage, à chaque fois plus voilé de doute. La ballade Der Wanderer développe une longue déambulation enrichie d’un solo pianistique avant une coda doucement méditative. Das eherne Schweigen et Zürnt mit nicht progressent vers une agitation bougonne sinon expressionniste, avant un Interlude songeur, introduisant le doux balancement mélancolique de Heiterkeit,que contrarient les sarcarmes lapidaires de Was geschieht ?, et Auf Hören. Après un deuxième interlude, Das Nachtlied développe une sourde tension dans une sorte de théâtre miniature, avec l’un des morceaux les plus longs du recueil. Dans une même logique de juxtaposition contrastante, Das Wort ramasse en quelques mesures une ambivalence haineuse que prolonge Desperat ; le troisième interlude prépare l’évocation narrative nocturne de Das nächtliche Geheimnis, avant le mordant Lied des Ziegenhirten. Le quatrième et dernier interlude précède le fantôme de l’accord de Tristan, idéal motif structurant pour l’ironique dédicace An Richard Wagner. La dernière partie de l’ouvrage enchaîne des éclats parfois corrosifs – Die fröhliche Wissenschaft ; Wer hier nicht lachen kann ; Seine Gesellschaft zu finden wissen ; Aus der Tonne des Diogenes ; Ruhm und Ewigkeit – avant l’ultime voile de Still !

Secondé par l’accompagnement ciselé de Vanessa Wagner, qui investit les moindres inflexions d’un discours dont elle fait respirer la construction intime et la palette couvrant l’étendue du clavier, depuis les scintillements, diaphanes ou adamantins, jusqu’aux halos de pédale, en passant par des tons de bois mat parfois variés à même la table d’harmonie, Mitch Riley incarne une théâtralité condensée sans doute plus extravertie que Georg Nigl. Le baryton australien a l’intelligence d’enrichir la clarté de son expressivité vocale par une pantomime faciale explicite qui transforme le récital en un spectacle miniature, tirant parti de l’expérience scénique dans la même œuvre avec une production du Sydney Chamber Opera en 2016. Avec ce O Mensch, la scène de l’église de La Grave dément la réputation d’austérité de l’intimité contemporaine.

Festival Messiaen, La Grave, concert du 26 juillet 2021

©affiche du festival

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Gilles Charlassier

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