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Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky à Lyon : un retour très attendu

Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky à Lyon : un retour très attendu

20 juin 2017 | PAR Elodie Martinez

Dimanche, les Grands Concerts clôturaient en beauté leur saison avec un récital alliant deux des plus grandes voix lyriques au monde : Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky. Si le contre-ténor avait déjà honoré de sa présence le public lyonnais en avril 2015, il s’agissait d’un véritable événement concernant la mezzo-soprano italienne qui, pour sa part, n’était pas revenue au sein de la capitale des Gaules depuis presque 30 longues années (28 ans pour être plus précis)! De quoi ravir les chanceux présents à la Chapelle de la Trinité lors de ce récital qui affichait complet, à juste titre.

C’est donc Lyon qui a eu la primeur sur Paris pour ce récital qui sera également donné Salle Gaveau jeudi 22 juin. Le programme tournait autour de l’Italie du XVIIe siècle, faisant écho à l’Histoire de la ville étroitement liée à l’Italie par son passé et dont certains quartiers en gardent une trace architecturale. Lors de son rapide discours introductif, Eric Desnoues, directeur des Grands Concerts, confie au public que Cecilia Bartoli fut particulièrement émue d’apprendre que c’est précisément au sein de cette chapelle que Napoléon Ier a présidé le Consulte de Lyon en 1802 et a proclamé la première République italienne (née de la République cisalpine). Classé monument historique depuis 1939, ce lieu était donc idéal pour un récital mettant à l’honneur l’Italie et accueillant l’une de ses plus grandes représentantes du monde lyrique.

Seule crainte légitime, celle de l’acoustique du lieu qui reste évidemment celui d’une chapelle et qui réverbère donc beaucoup. Ici pourtant, la résonance apporte une dimension presque mystique à ces deux voix, permettant de les redécouvrir malgré le fait de les avoir déjà entendues à de multiples reprises pour certains.

L’ensemble Artaserse ouvre la soirée avec un extrait de l’Orfeo de Monteverdi, suivi du prologue de la Musique interprété par Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli. L’ensemble accompagnera avec brio les deux solistes durant toute la soirée et ravira le public non seulement par leur interprétation, mais aussi par leur bonne humeur, leur convivialité apparente, leur connivence avec les artistes mais aussi du fait de s’être accordé en coulisse et non sur scène! La sonate La Biancuccia de Pandolfi Mealli interprété notamment par le premier violon a également participé à l’enchantement général.

Si Monteverdi est effectivement à l’honneur de ce programme « Idolo mio », l’ouvrant et le clôturant, Cavalli est également de la partie avec six extraits dont certains d’Elena (« ecco l’idol mio », Eliogabalo, Erismena mais aussi Serse avec notamment le célèbre « Ombra mai fu » interprété par Philippe Jaroussky juste avant le « Damigella tutta bella » en duo avec Cecilia Bartoli qui vaut aux deux interprètes de longs et chaleureux applaudissements d’un public forcément conquis après cet air qui semble avoir suspendu le temps et les respirations. « Amami e vedrai », extrait de Niobe, regina di Tebe d’Agostino Steffani, et « Io resto solo? » d’Eliogabalo de Cavalli s’enchaînent ensuite comme s’il s’agissait d’une seule et même pièce, sans aucun accroc. La première partie s’achève par « Combatton quest’alma » d’Il trionfo del fato de Staffani, les deux solistes arrivant faussement énervés afin de jouer l’intention de l’extrait et d’amuser le public.

L’entracte permet alors déjà d’entendre les premières impressions de la salle qui se résument par « c’est éblouissant » ou encore « c’est formidable ». C’est donc avec un réel plaisir que chacun reprend sa place pour la deuxième partie du récital qui débute par l’Ouverture d’Eligabalo suivie de l’extrait  » Uscitimi dal cor » d’Erismena de Cavalli. « A facile vittoria », extrait de Tassilone de Steffani, permet à Cecilia Bartoli de pousser et tenir (enfin) une note, entraînant les applaudissements du public, heureux d’entendre cette voix qui se lâche enfin un petit peu, même sur une seule note, ce qui n’était jusque-là pas permis du fait des partitions choisies. Enfin, c’est sur « Zefiro torna e di soavi accenti » de Monteverdi que se clôt la soirée, laissant éclater toute la bonne humeur qui baignait ce récital, Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli se laissant même aller à quelques petits pas de danse et tournant ensemble.

L’un des plus beaux moments (peut-être le plus beau) reste cependant le premier rappel, « Pur ti miro » du Couronnement de Poppée, qui ouvre une véritable parenthèse enchanteresse et aux airs divin dans ce lieu si particulier de la Chapelle de la Trinité. C’est donc tout naturellement que le public lyonnais réserve une standing ovation au duo, montrant ainsi à Cecilia Bartoli qu’il espère bien la revoir au sein de la capitale des Gaules avant 30 ans…

Photos du concert : ©Elodie Martinez

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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