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Bartoli et Fagioli irradient Pergolèse à la Philharmonie de Paris

Bartoli et Fagioli irradient Pergolèse à la Philharmonie de Paris

01 décembre 2021 | PAR Paul Fourier

Dans un programme dédié à la musique du XVIIIe siècle, les deux interprètes ont combiné virtuosité, élégance et émotion.

Chaque année, Cecilia Bartoli rend une visite, toujours remarquée, aux Parisiens en investissant la Philharmonie de Paris avec Les musiciens du Prince-Monaco, son orchestre désormais attitré. L’œuvre phare mise à l’honneur du programme de ce mois de novembre, le Stabat Mater de Pergolèse, l’a naturellement rapprochée d’un concert en duo avec Franco Fagioli, puisque la partition est écrite pour une soprano et un alto.

C’est ce dernier qui engage le concert avec le Nisi Dominus d’Antonio Vivaldi. Si la voix du contreténor n’a jamais été pourvue d’un gros volume – ce qui ne devait pas avantager les spectateurs des côtés et de l’arrière-scène -, elle est riche d’une virtuosité à toute épreuve. Celle-ci s’appuie sur un souffle inépuisable (éprouvée notamment dans l’air d’ouverture éponyme de la cantate) et sait se faire étourdissante ou prendre une teinte poétique, comme, par exemple lors du « Gloria patri« , d’autant que la voix de Fagioli se développe aussi facilement dans les graves que dans les aigus, tous fort beaux et bien timbrés.

L’entrée en scène de Cecilia Bartoli se fait sur le sixième morceau du Gloria en ré majeur du même compositeur et l’on retrouve là, l’artiste lumineuse et souriante. Elle nous rappelle immédiatement qu’elle possède cette musicalité alliée à la douceur qui vous touche au cœur, ainsi que cette manière de « vivre la musique » qu’elle accompagne toujours corporellement. Dans cet air, les instruments (le violoncelle solo notamment), s’affranchissent, par moments, de la voix et la soprano semble, alors, savourer, autant que nous ces passages orchestraux.

Après un sublime aigu aérien, l’on passe de manière fluide à l’ironiquement quatrième morceau de l’Ode for St Cecilias’s Day de Haendel où le chant se transforme en dentelles finement ciselées.

Lors du Concerto en ré mineur de Marcello (1673, 1747) qui suit, le hautbois (de Pier Luigi Fabretti) devient soliste, remplaçant alors la voix ; le deuxième mouvement est, à ce moment-là, d’une pureté absolue. Le concerto met alors en évidence, à la fois, la cohérence de la formation orchestrale dirigée par Gianluca Capuano, mais aussi sa liberté à permettre l’échappée de solistes instrumentistes, comme à se marier avec les brillants solistes vocaux dans les autres morceaux.

Puis vient le « plat de résistance » : le Stabat Mater de Pergolèse dans lequel Bartoli et Fagioli sont réunis.

La première impression qui frappe les spectateurs est la gravité du visage de Cecilia Bartoli. Est-ce de la concentration ? Est-ce pour être spirituellement en phase avec cet air religieux ? Toujours est-il que ce qui va suivre va atteindre les sommets, sommets dans les solos, sommets dans les duos.
Au sublime « Stabat Mater dolorosa« , au duo « O quam tristis et afflicta » soutenu par les cordes, succèdent des morceaux virtuoses, l’impressionnante ouverture par Bartoli du « Quis est homo » ou encore ce passage où les deux voix semblent, littéralement, pleurer de concert. Dans le « Eia, Mater, fons amoris« , Fagioli use avec délicatesse de ses beaux graves. Le contraste des voix sera ensuite une pure évidence dans le « Sancta Mater » ; et dans le « Fac, ut portem Christi mortem« , le contreténor saura faire montre d’une mystique souffrance.
En toute fin du Stabat Mater, les deux voix, aériennes, légères comme de fines larmes, réussiront à traduire une forme d’abandon, face à l’inexorable destin. La salle semble être en communion. Puis un « Amen » éclatant comme une libération, résonne dans la grande salle Boulez avant une ovation du public présent.

Mais cela ne pouvait s’arrêter là, car ce public conquis en demandait plus encore.

Ce sera d’abord un air, devenu emblématique de la Bartoli, le « Lascia la spina« , extrait de l’oratorio Il trionfo del tempo e del Disinganno de Haendel, morceau qui s’étire sur plus de sept minutes, que la soprano entame en jouant (sur le mot rosa) des roses qui viennent de lui être offertes. Littéralement envoûtante, elle possède ce sens des mots qu’elle fait traîner si besoin, cette musicalité, cette générosité… des termes qui finalement résument cette artiste incroyable.
Généreuse, elle l’est notamment, lorsqu’elle prend bien garde de ne pas oublier les spectateurs d’arrière-scène, en se tournant vers eux.
Le moment paraît hors du temps et, alors que la voix cesse et que l’orchestre s’éteint peu à peu, l’émotion saisit la salle entière.

Avant un duo sur une transcription du Stabat Mater de Pergolèse, par Haendel, l’on trouvera tellement naturel que Franco Fagioli, dans son bis propre, entonne (en partie a capella) un « Santa Cecilia« , hommage certes (pas encore) à une Sainte mais à une vraie Déesse du chant, qualificatif que personne ne pourra, ni ne voudra contester à l’issue de cette soirée magique…

Visuel : © Paul Fourier

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