Fictions

« Dans le jardin de l’ogre » de Leïla Slimani : La fièvre au corps

« Dans le jardin de l’ogre » de Leïla Slimani : La fièvre au corps

04 mars 2019 | PAR Julien Coquet

Folio publie dans une belle édition le premier roman de Leïla Slimani, prix Goncourt pour Chanson douce en 2016. L’occasion pour nous de revenir sur un roman marquant.

Adèle, ça ne l’intéresse plus de faire l’amour. Ce qu’elle veut, disons-le crûment, au risque de choquer, c’est baiser. Car Dans le jardin de l’ogre parle bien de ça, d’une envie de sexe sans fin, d’un désir toujours inassouvi. Adèle fait ça avec des inconnus qu’elle ne rencontrera plus, des hommes rencontrés dans des bars, plus rarement au bureau. Adèle, journaliste et mère, est en plus encore une belle femme et sait user de ses charmes, de quoi attirer dans ses filets tous les hommes obsédés par elle.

Des raisons qui poussent Adèle à tromper son mari, on sait peu de choses. Alors que certains soulignent le charme discret de la bourgeoisie, Leïla Slimani préfère plutôt parler de l’ennui d’une vie bourgeoise. Le mari d’Adèle, Richard, chirurgien, en découvrant le carnet des conquêtes de sa femme, ne comprend pas la haine qu’elle voue à la vie qu’ils mènent : « J’ai lu ce que tu écrivais, sur ton ennui, sur cette vie de bourgeoise merdique. Non seulement tu te fais baiser par une armée mais en plus tu méprises tout ce qu’on a construit ». Une vie bourgeoise, un mari qui l’aime, un métier de journaliste, un bel appartement et, pourtant, Adèle n’est pas comblée. Découvrant la supercherie, Richard décide de quitter Paris et de ne pas divorcer…

Leïla Slimani explore bien les mécanismes d’une vie rangée et cerne la nymphomanie sans entrer dans les détails des scènes de sexe. A partir de là, comme toute addiction, construire une vie est difficile et les pulsions prennent souvent le dessus. Élever un bébé et se passionner pour un métier, deux objectifs difficiles pour Adèle. Dans le jardin de l’ogre se lit vite et possède toutes les qualités et un style pour rapidement être adapté au cinéma.

« Elle répétait ces phrases comme un mantra. Elle les roulait autour de sa langue. Les tapissait tout au fond de son crâne. Elle comprit très vite que le désir n’avait pas d’importance. Elle n’avait pas envie des hommes qu’elle approchait. Ce n’était pas à la chair qu’elle aspirait, mais à la situation. Être prise. Observer le masque des hommes qui jouissent. Se remplir. Goûter une salive. Mimer l’orgasme épileptique, la jouissance lascive, le plaisir animal. Regarder partir un homme, ses ongles maculés de sang et de sperme. »

Dans le jardin de l’ogre, Leïla Slimani, Folio, 240 pages, 8,05 euros

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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