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Roni Alter : « Si je vivais en Israel là maintenant, je n’aurais jamais écrit cet album. »

Roni Alter : « Si je vivais en Israel là maintenant, je n’aurais jamais écrit cet album. »

04 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Roni Alter est la nouvelle voix Folk incontournable. Son album Be her child again est sorti le mois dernier. Elle chantait aux dernières Victoires de la musique, est à l’affiche du Printemps de Bourges, au café de la Danse le 16 mai. Rencontre avec la chanteuse dans son café préféré du 11e arrondissement.

Tel-Aviv vous manque ?
Oui bien sûr. Mais pas tellement à vrai dire. Maintenant, quand j’y retourne je suis un peu comme une européenne vous voyez. Je suis une israélienne en France et une telavivienne à Paris. Je suis venue il y a 8 ans pour une résidence. Cette ville est incroyable, j’ai vécu rue Jacob, ressenti toute la magie de la Rive Gauche et je suis tombée amoureuse. ». Finalement je suis rentrée puis revenue à Paris avec mon copain après 6 mois pour écrire un nouvel album. Je n’avais pas prévu de rester 7 ans ! Le temps est passé et nous sommes tous les deux tombés de plus en plus amoureux de la ville.J’y ai trouvé une famille dans la musique et beaucoup d’amis. Et ma sœur vit aussi en France, à Bordeaux.

 

Dans cet album, vous revenez aux origines, au ventre de la mère…
J’étais loin de chez moi que j’ai commencé à ressentir le besoin de parler de ces sujets. La distance m’a fait comprendre beaucoup de choses, notamment dans les relations avec ma mère, ma famille et aussi à propos de moi-même. Peut-Être que je n’en avais pas besoin avant du fait de la proximité que j’avais avec ça. Quand on est dans un pays différent, on peut tout se permettre de dire parce qu’on ne connait personne. Si je vivais en Israël là maintenant, je n’aurais jamais écrit cet album.

Et dans plusieurs chansons comme « Save me », le pouvoir de cette maman est ambivalent : menace ou protection ?
Menace est un grand mot. Mais c’est pour me protéger des sentiments que j’ai eu envers ma mère. Je déteste ces sentiments, vraiment. Je me suis trouvée impatiente et en colère pour des raisons que je ne peux pas expliquer et j’ai écrit cette chanson pour de la culpabilité que j’ai eu à ressentir cela dans les relations.

Tout l’album est en anglais sauf la berceuse…
Oui, la berceuse est chantée par ma mère. Elle me la chantait d’ailleurs quand j’étais enfant. C’est une chanson très triste et très vieille, qui doit dater des années 1950 ou 60. Elle n’est pas vraiment connue d’ailleurs. D’habitude c’est mon père qui partage mes albums, parce que c’est un musicien et un chanteur. Je fais un duo avec lui dans mon premier album et il a écrit deux de mes chansons. J’ai aussi beaucoup joué sur scène avec lui au cours de ma carrière. Ma mère a toujours été un peu en dehors de ça, du fait qu’elle n’est pas musicienne, et pour une fois j’ai pensé qu’il serait bien qu’elle fasse partie du projet, alors je lui demandé de s’enregistrer a capella avec son i-Phone pendant qu’elle chantait. Ce qu’elle a fait. Mon pianiste, qui est français, ne connaissait pas la chanson. Je lui ai demandé de ne pas chercher à écouter l’original mais de faire les arrangements qu’il voulait, mettre les accords qu’il voulait. Cela a donné un côté plus intense et sombre à ce qui était au départ une simple berceuse. C’est devenu une nouvelle chanson : la voix de ma mère sur les arrangements d’un homme français qui n’avait jamais entendu cette musique avant.

Les paroles de vos chansons sont vraiment très belles. C’est plus facile pour vous de vous exprimer en anglais ?
Parfois oui. Parce qu’en anglais on peut se permettre de dire plus de choses que en hébreu. En plus, dans sa langue maternelle, certaines choses ne sonnent pas bien. Par exemple « I love you » ça ne peut pas être dit en Hébreu, c’est un peu embarrassant. En anglais, ça sonne bien, c’est beau et facile. c’est facile aussi parce que l’anglais est une seconde langue pour moi. J’ai toujours écouté de la musique en anglais er j’ai vécu en Afrique du sud quand j’étais jeune. Je suis à l ‘aise avec donc.

Donc vous parlez à votre mère mais pas dans votre langue maternelle ?
Ce n’est pas un album pour elle, c’est un album à propos d’elle.

Votre reprise de PNL est aussi très habitée. Certaines phrases sont en arabes. L’arabe c’est une langue qui vous parle ?
J’adore cette langue. Je ne la connais pas bien et c’est une honte. Je trouve ça terrible qu’en Israël on ne parle pas les deux langues. Les Arabes parlent généralement un hébreu fluide et nous nous ne sommes pas capable de parler autre chose que de simple petites expressions en arabe…C’est la première fois que je chante en français et dans cette chanson, beaucoup de termes ne sont pas clairs, même pour les français. C’était très compliqué mais je suis tombée amoureuse de cet univers alors j’ai essayé de comprendre. C’est quand même drôle que la première chanson en français que je chante soit si intense et peu évidente. Peut-Être est-ce justement parce que les français ne comprennent pas à 100% de quoi il s’agit.

L’album a une dimension très nostalgique et mélancolique.
Je suis une personne très nostalgique. Je peux me  plonger durant des heures dans des réminiscences, et je pense que je suis à un stade de ma vie où je réfléchi beaucoup à mon passé et à mon futur vers lequel je m’engage. Je me pose beaucoup de question, de grosses questions sur ma vie. L’album parle du bazar dans ma tête et essaye de le clarifier, c’est une sorte de thérapie.

Et vous vous sentez mieux maintenant ?
Oui, après ça, bien sur. Je ne peux pas dire que je sois guérie mais je peux dire qu’une fois que j’ai écrit une chanson et que je la joue c’est comme si j’étais de nouveau dans le moment où je l’ai écrit. C’est drôle quand même, parce que si vous demandez à mes proches, il vous diront que je suis toujours la plus drôle du groupe, que je suis toujours là pour faire des blagues et passer du bon temps. Mais quand j’écrit de la musique, je ne suis pas vraiment là et je ne plaisante pas avec ça, c’est une des plus sérieuse partie de ma vie.

Pouvez-vous nous parler du mélanges des genres dans votre travail ?
Personne ne m’a jamais dit ça. Et je viens du classique à vrai dire. J’ai commencé dans un chœur quand j’avais 9 ans puis jusqu’à mes 14. Un chœur d’enfants mais vraiment très sérieux. On a voyagé à travers le monde entier et on a gagné à chaque fois, surtout parce que notre chef d’orchestre était folle. Elle nous traitaient en adultes, comme si nous connaissions tout le solfège. C’était deux jours par semaines avec des sessions de 4 heures à chaque fois… très sérieux. On a apprit à chanter en tchèque et en russe, en italien, en latin. Ensuite à 15 ans, je suis entrée dans la plus grande école d’art en Israël «Tau Maolin » où il y avait deux départements de musiques ; classique et jazz. Comme c ‘était une petite école, j’ai pu m’essayer aux deux. J’ai donc passé et réussi les examens d’entrer pour les deux départements, donc j’ai du me décider entre rester dans la même direction ou changer pour le jazz. Je me suis dit que comme j’avais déjà explorer le classique, il fallait que j’aille vers un monde différent. J’ai donc fait 4 ans de jazz et j’en suis heureuse parce que c’était dans une incroyable école et aussi parc qu’il n’y a pas de limites comme dans le classique. Tu peux chanter ce que tu veux, jouer comme tu le veux. J’ai donc essayé les deux extrêmes en terme d’univers, et finalement suite à ça, j’ai décidé de faire quelque chose au milieu. D’écrire mon propre univers et mon premier album à 24 ans.

Et la dernière chanson qui donne le titre à l’album, elle ressemble à celles qui étaient à la fin des CD, comme une « bonus track » qui change toute l’ambiance de l’album…
Pour moi, c’est très clairement une bonus track. Elle n’a aucun rapport avec les 11 autres chansons, car elle était en fait en EP avant et je voulais quand même l’intégrer car elle plaisait au public lorsque je la jouait sur scène. Nous voulions pas forcement l’avoir dans un album donc on en avait fait un EP, mais il n’est jamais sorti physiquement. Comme on voulait que les gens l’aient tout de même, on l’a intégrée comme ça. Pour moi, le fait que l’album finisse sur « Be our Child again » mais qu’elle ne commence seulement après quelques secondes d’intervalle, pas immédiatement, donne clairement l’idée qu’il s’agit d’une bonus track.

Comment vous êtes-vous préparée pour les Victoires ?
C’était très surprenant et exaltant. Je chantais « Devil’s calling ». Avant la soirée, j’ai fais une grande répétition et j’étais sur scène et tout était si grand, tout le monde était si impliqué. Je me tenais là et me demandais ce que je faisais là. C’était comme un rêve. Et j’ai été très honorée de faire partie de cela. j’étais dans les loges et me disait « 0h mon dieu, oh mon dieu » à chaque nom que je voyais sur les portes comme celui de Christine and the Queens !

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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