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Le Best Of Livres de la rédaction

Le Best Of Livres de la rédaction

18 décembre 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Qu’avons nous lu et goûté en 2017 ? Voici le best-of très éclectiques des journalistes Livres de Toute La Culture.

Difficile de faire un choix parmi les titres publiés en 2017. C’est une très belle année littéraire. Quelques livres nous auront profondément marqué. « Sirena Selena » de Mayra Santos-Febres. C’est aux excellentes Éditions Zulma que l’on doit l’arrivée en France d’une voix majeure de la Caraïbe. Mayra Santos-Febres, c’est la jubilation du Verbe, un sens aigu du poétique. Le texte de l’écrivaine portoricaine est admirablement servi par la traduction de François-Michel Durazzo. Un immense coup de cœur. Si l’on ne connaît pas les livres de Célia Houdart, publiée aux Éditions P.O.L, il faut se précipiter dans la librairie la plus proche et se procurer l’œuvre complète. En 2017, avec « Tout un monde lointain« , l’écrivaine imagine une fiction autour de la villa E.1027 conçue et dessinée par Eileen Gray. L’écriture de Célia Houdart est ciselée et polie. Dans un entretien, elle nous confiait « écrire une fiction pour un lieu m’évoque le geste de dessiner ». Lire Célia Houdart, c’est à coup sûr se perdre dans la contemplation. « À une certaine profondeur, le secret de l’Autre ne diffère pas de notre propre secret ». C’est avec cette citation de René Girard qu‘Emmanuelle Caron ouvre la troisième partie de son très beau « Tous les âges me diront bienheureuse« . Habituée de la littérature « jeunesse », l’écrivaine signe ici un premier roman. Il est toujours émouvant d’assister à la révélation d’un.e écrivain.e. Style flamboyant, immense talent de conteuse, Emmanuelle Caron est une auteure que 2017 nous aura fait découvrir et que l’on suivra désormais avec une très grande attention. Première rentrée littéraire pour les Éditions de l’Observatoire, premier roman de Sébastien Spitzer, « Ces rêves qu’on piétine » est la réussite totale d’un double défi. Le destin croisé d’une déportée et d’une dignitaire nazie à la fin de la guerre est écrit avec une maîtrise remarquable. Un seul étonnement, de taille : pourquoi ce roman, par ailleurs primé, ne figurait sur aucune liste des Goncourt et autres Renaudot. Jérôme Avenas. 

De mon côté, cette année a été celle du retour aux essais. Avec un immense respect pour la grande fresque de Christian Merlin sur le Philharmonique de Vienne, qui permettait de traverser plus d’un siècle d’Histoire Européenne au prisme d’un des plus grands orchestres du monde. Et un intérêt brûlant pour la question de la Sociologie des Valeurs soulevée par Nathalie Heinich. J’ai aussi adoré m’offrir une tranche de nostalgie avec l’excellent nous épisodes de la trajectoires les héros de l’auteur américain James McInerney, Les jours enfuis. Yaël Hirsch

Certains trouvent l’exercice difficile. Devoir faire un choix. Pour ma part, j’adore ça, me replonger dans les  (nombreuses !) lectures de mon année. Me souvenir de certaines émotions, de certaines déceptions, aussi, ça arrive. Mais à bien regarder, c’est évident, certains sortent du lot. Le dimanche des mères de Graham Swift chez Gallimard, d’abord, une merveille de douceur et de tendresse, si joliment écrit et qui nous transporte dans l’Angleterre de l’entre-deux guerres. Ensuite, la découverte ô combien magnifique des deux romans de Jessie Burton, Miniaturiste et Les filles au lion (chez Gallimard aussi, c’est une coïncidence !). Puis, ce roman comme un film, comme une échappée dans le New-York vibrant des années 70, Dakota Song d’Ariane Bois chez Belfond où l’espace d’un instant, on se sent presque proche du grand homme qu’a été John Lennon. Hérésies glorieuses de Lisa McInerney chez Joëlle Losfeld, bien sûr, fresque irlandaise aussi sombre que réaliste, aussi drôle que cruelle, un bonheur. Et pour finir, mon dernier coup de cœur en date, Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant chez Héloïse d’Ormesson. Me plonger dans la vie et dans la poésie de Robert Desnos a été un bonheur que je ne soupçonnais pas. Marine Stisi.

Pour ma part, je n’ai pas lu que de bons romans, cela serait trop simple: il a donc fallu que je plonge de nouveau dans les livres de cette année 2017. Enfin, sans m’y plonger, je pense tout de même souvent à Un certain M. Pikielny de François-Henri Désérable, le livre lu avec le plus de plaisir cette année: une enquête littéraire sur les traces d’un personnage de La Promesse de l’aube. Il faut saluer l’humour de ce roman qui porte une véritable réflexion sur ce qu’est et ce que nous apporte la littérature. Toujours dans le thème « la littérature parle de littérature », je conseille vivement le dernier livre de l’écrivain catalan, Enrique Vila-Matas, Mac et son contretemps: un jeune retraité décide de ré-écrire un roman mineur de son voisin, écrivain majeur du paysage littéraire espagnol. Comme toujours chez Vila-Matas, la mise en abîme est particulièrement réussie et on ne peut s’empêcher de lâcher le roman. D’un autre acabit, ma première lecture d’un livre d’Orhan Pamuk m’a séduit: Cette chose étrange en moi raconte le destin d’un vendeur de boza à Istanbul. Véritable portrait d’une ville en pleine mutation (chaque quartier y est décrit minutieusement), le dernier livre du Prix Nobel de littérature est surtout un très beau roman d’apprentissage où l’amour occupe une place importante: qui aime-t-on et pourquoi sommes-nous attirés par quelqu’un en particulier ? Enfin, plaisir coupable (mais pourquoi coupable d’ailleurs ?) pour un auteur découvert cette année après la lecture du Bonhomme de neige, La Soif, le dernier roman du norvégien Jo Nesbø, m’a totalement séduit: difficile de lâcher ce pavé de 600 pages où l’inspecteur Harry Hole reprend du service pour traquer un vampiriste, un tueur en série qui se nourrit du sang de ses victimes… Julien Coquet.

Les deux lectures qui m’ont le plus marquées en 2017 n’ont pas été publiées en 2017 mais leur impact a perduré jusqu’à aujourd’hui, donc elles méritent quelques mots. La première est Ping Pong de Zviane, un vrai ovni dans le paysage de la bande dessinée. Tout d’abord auto-publiée, elle a été reprise chez Pow Pow, augmentée de nombreuses notes de l’auteure et de ses amis dessinateurs. On y parle de bande dessinée, de dessin, de musique, d’art et de beaucoup d’autres choses de la vie, et de comment tout est inextricablement relié. Le second album, paru discrètement en septembre 2016 et remis en avant au moment des élections est Pereira prétend, première bande dessinée de Pierre-Henry Gomont. Adapté du roman d’Antonio Tabucchi, l’histoire se passe à Lisbonne pendant la dictature salazariste et nous fait assister au chambardement de la vie bien rangée d’un journaliste littéraire par l’irruption d’un jeune anarchiste. Le scénario est sensible, délicat et sans pitié et le graphisme est plein de trouvailles étonnantes, de couleurs maîtrisées et d’inventivité qui enrichissent la lecture.
Pour les vraies parutions de 2017, j’ai découvert avec plaisir le nouvel album d’Aude Picault, Idéal standard. Certes il ne fait pas autant voyager que les précédents, mais le parcours de cette infirmière trentenaire en quête de l’homme qui lui permettra de correspondre à l’idéal social de notre époque pour pouvoir mieux s’en défaire est traité avec finesse et humour. De son côté, le roman graphique du coréen Yeon-Sik Hong, Le goût du kimchi, est de ceux qui remettent en question notre choix de vie. Tiraillé entre sa vie avec sa femme et son fils à la campagne et la nécessité de s’occuper de ses parents vieillissants à Séoul, le jeune père replonge dans ses souvenirs d’enfance et de cuisine traditionnelle. Et enfin, la nouvelle série lancée par le Lézard Noir, La Cantine de minuit de Yarô Abe, dresse une galerie de portraits de personnages souvent très loin des clichés japonais lors de leur passage dans un petit restaurant de Shinjuku uniquement ouvert de minuit à sept heures du matin. Un coup d’œil réjouissant dans la nuit tokyoïte. Laetitia Larralde

De mon côté, j’ai bien aimé « Fief » (David Lopez, éditions du Seuil), un premier roman encore pétri de cette didactique creative writting aujourd’hui enseigné à l’université et chouchouté par les maisons d’édition en quête de leur prochaine cash machine. Ainsi propulsé sur le devant de la scène littéraire, David Lopez tire son épingle du jeu dans ce récit mal foutu qui tient la dragée haute aux faiseurs de stories dans les rails du bien pensé, du bien écrit. Repoussant en fond de cour la pleurnicherie adolescente du petit blanc qui a perdu sa maman et fournit son père en bon shit, l’auteur entrecoupe ce récit d’un futur en cul-de-sac de glorieuses scènes de boxe qui à elles seules font l’intérêt du livre. Jeté dans les affres du langage parlé d’un peuple qui finit d’être ado et se stigmatise lui-même en détournant à peine les caricatures qu’on lui renvoie, Lopez cherche le rythme sous la rime, la vacuité sous le flow, la beauté sous la misère. Parfois, ça marche et c’est alors grandiose. Souvent, ça tourne court et on ne sait plus que penser de ce scribouilleur à la mode qui fait du Despentes sous couvert d’Orelsan. Mais l’écriture est un sport de combat et l’auteur nous réserve sans doute quelques jolis surprises. Comme le disait Mike Tyson, Everyone has a plan, until they get punch in the mouthAntoine Couder

 

 visuel : © Anselm Kiefer

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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