Cinema

Les Arcs 2017, Jour 2 : Neige, ski et trois beaux films de la compétition

Les Arcs 2017, Jour 2 : Neige, ski et trois beaux films de la compétition

18 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Avec beaucoup de neige, un rayon de soleil, trois beaux films en compétition et en final un mix de Superpoze : la première journée pleine aux arcs a été remplie de jolies surprises.

La journée a commencé … Sur les pistes. Alors que la saison a commencé la veille aux arcs, ce week-end avant les vacances scolaires était déjà très fréquenté par les amateurs de ski venus de France et d’Italie. Alors que la neige est tombée en masse et que le plus haut sommet, l’aiguille rouge est fermée aux skieurs à cause des risques d’avalanche, la neige épaisse et douce était juste un bonheur.

Tandis que l’association Le Deuxième Regard présentait les résultats de son étude sur les femmes réalisatrices au Village 1950 et lançait le débat (petit point sur le sujet à venir dans Toute La Culture), côté cinéma, nous avons choisi de nous concentrer sur la compétition avec par trois films qui se succédaient en présence des équipes des films en salle Taillefer à 1800 mètres d’altitude. La première projection était aussi un premier film, profond et touchant sur un réfugié iranien. Réalise par Milad Alami, The Charmer met en scène un jeune homme pauvre et sans papiers installe au Danemark qui tente de séduire des danoises pour qu’une d’entre elles l’épouse et qu’il puisse rester. Mais la belle Sara croise son chemin. De nationalité danoise mais d’origine iranienne, elle vient la bouleverser dans sa vie déjà sur le fil. Un film jamais cliché à la forme classique et maîtrisée, porté par deux acteurs rayonnants de l’intérieur malgré le fatalisme qui émane de l’intrigue et de la photo aux gris forts.

Le deuxième film de la compétition était aussi une histoire européene et tout aussi réussie. En choisissant la géniale Tryne Dyrholm, actrice danoise de Thomas Vinterberg (Ours d’argent à Berlin en 2016) pour incarner l’égérie, la réalisatrice italienne Susanna Nicchiarelli s’est attaquée au mythe de Nico avec fougue et originalité. Comme son titre l’indique, Nico 1988 n’est pas un biopic: il saisit la chanteuse, 20 ans après son expérience avec le Velvet pour se concentre sur sa dernière tournée européenne, avec son manager anglais, des rythmes incantatoires, ses textes noirs, son addiction à l’héroïne et la conscience à à peine plus de 45 ans que quelque chose s’est achevé. Un film aux couleurs vertes et turquoise qui attaque en plusieurs formats assez oniriques une idole pleinement finissante ey hantée par une enfance allemande. Sortie française prévue pour avril 2018.

Le passé allemand était peut être le fil rouge de cette soirée de compétition puisqu’après l’enfance de Nico dans les décombres de Berlin, c’est en noir et blanc que nous avons vu le Nord du pays sous les bombes, avec The Captain, de Robert Schwenke. Le réalisateur allemand installé à Los Angeles où il a notamment résidé la série des Divergente, est revenu à ses racines et à cette fameuse heure zéro pour filmer le désordre de la défaite de 1945. Présenté comme un contrepoint au film, La Chute qui était confiné dans le bunker d’Hitler, et vu comme une sonnette d’alarme pour une Allemagne qui se remet à voter à l’extrême droite, le film use et abuse de sa forme rétro. Il raconte l’histoire d’un déserteur (l’excellent Max Hubacher) qui trouve et revêt les habits d’un capitaine de la Wehrmacht pour survivre, avant de se prendre au sérieux pour « sauver l’honneur allemand », dans le sang s’il faut. Sur ce scénario qui fait pense au grand roman d’Heinrich Mann sur le goût de l’Allemagne willeminienne pour l’autorité, Der Untertan, les images, elles, évoquent La Grande illusion et, à temps, l’extase habitée de Jour de Colère de Dreyer. Mais le tout s’étire jusque dans le générique et la caméra focalise sur les exactions et les explosions comme dans un jeu-vidéo aussi « fun » que désespéré. Un autre film sur un homme du peuple qui devient bourreau qui ne renouvelle peut-être pas assez les questions terribles que l’Europe continue de se poser. Sortie française en mars 2018.

La soirée s’est terminée aux Belles Pintes pour une durée French Waves faisant référence au documentaire de Julian Starke sur la musique électronique française présenté hors compétitions. Derrière les platines de ce joli événement festif : le jeune réalisateur lui-même et le groupe française Superpoze.

visuels : YH

« Elektra » en version de concert à la Philharmonie de Paris, avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France
Le Best Of Livres de la rédaction
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *