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« Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer, l’art accompli d’un premier roman

« Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer, l’art accompli d’un premier roman

26 septembre 2017 | PAR Jérôme Avenas

Les Éditions de l’Observatoire font leur première rentrée littéraire avec, notamment, un livre que l’on n’oubliera pas de sitôt. Le destin de deux femmes, l’une déportée, l’autre dignitaire nazie, à la fin de la seconde guerre mondiale. Un livre remarquable. 

[rating=5]

C’est un livre d’une très grande maturité que vous tenez entre vos mains et dès les premiers mots, phrases courtes, précises, vous êtes emporté dans un immense roman. Sébastien Spitzer est journaliste et « Ces rêves qu’on piétine » est le premier opus d’une œuvre que l’on espère généreuse. À quoi tient cette réussite ? Peut-être à un sens naturel de la narration, un style élégant, équilibré, une fluidité, une langue magnifique. Peut-être aussi à un sujet maîtrisé, documenté, digéré, assimilé par l’écrivain. Mais dans toute œuvre qui touche profondément il y a aussi une part de mystère qu’on s’échine à percer sans jamais y parvenir. Sur la couverture on reconnaît un cliché de Lee Miller, la photographe américaine qui fut envoyée sur les routes par Vogue pour couvrir la libération d’une Europe à genoux (Lee Miller inspire d’ailleurs l’un des personnages clés du livre). Sur cette photo, une cantatrice (Irmgard Seefried) chante dans les ruines d’un théâtre. Et ce sont justement ces ruines, ces traces d’un monde ancien, leur destruction par la folie d’une idéologie que chante Sébastien Spitzer, sans jamais tomber dans un pathos lyrique que l’on regrette souvent avec ce genre de sujet.
De quoi s’agit-il ? Nous dirons simplement qu’il est question de suivre, en parallèle, la fin de la guerre à travers deux femmes. Fela, survivante des camps, marche sur les routes avec ses compagnons déportés, Magda Goebbels se terre dans le bunker du Führer. On ne veut pas en dire plus, sinon que « Ces rêves qu’on piétine » parle de transmission, de l’implacabilité du destin et de la mémoire. Grands sujets, vastes et dangereux. Toutes les chausses-trappes de la « transcription » de l’Histoire sont évitées. La postface, d’ailleurs, en dévoile quelques procédés, fait la part des choses. Dans une telle entreprise, quand on décide de « vals[er] avec les faits »  les « garde-fous » sont indispensables.

Sébastien Spitzer, Ces rêves qu’on piétine, Éditions de l’Observatoire, août 2017, 304 pages, 20€

Visuel : couverture du livre

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Jérôme Avenas

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