Fictions

« Mac et son contretemps » d’Enrique Vila-Matas : Ecrire, une définition

« Mac et son contretemps » d’Enrique Vila-Matas : Ecrire, une définition

16 août 2017 | PAR Julien Coquet

Mac, le narrateur du dernier roman d’Enrique Vila-Matas, se lance dans la réécriture d’un ouvrage de son voisin, célèbre auteur barcelonais. Au risque de confondre littérature et réalité à force d’exercices…

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Mac, dont on ne saura jamais le véritable prénom puisqu’il le déteste, est un frais chômeur. Sa passion, c’est la littérature, et plus particulièrement, la répétition dans la littérature (« la répétition est mon dada »). Il décide de se lancer dans une entreprise littéraire à la Pierre Ménard, ce héros des Fictions de Borgès qui décide de réécrire le Don Quichote à la virgule près, tout en créant une nouvelle œuvre. Le voisin de Mac, Sánchez, est un écrivain célèbre dont la réputation célèbre n’est plus à faire, mais dont le livre Walter et son contretemps avait été sérieusement éreinté par la critique lors de la parution, en début de carrière de l’auteur.

La première partie du roman de Vila-Matas présente Mac occupé à la relecture du roman de Sánchez, Mac qui ne peut se passer de faire des commentaires sur l’influence des auteurs sur le style de Sánchez et sur les passages pompeux et ennuyants du recueil de nouvelles. En effet, Walter et son contretemps se présente comme les mémoires d’un ventriloque (très proches d’une des premières œuvres d’Enrique Vila-Matas, Une maison pour tous) où chaque chapitre s’inspire d’un maître de la nouvelle : Hemingway, Carver, Poe, etc. Dans la deuxième partie, Mac, insatisfait du roman de son voisin, s’attaque à la réécriture de Walter et son contretemps. s’annonce inéluctable pour créer une nouvelle œuvre, une œuvre aboutie et différente : « Je me suis très vite immergé dans la répétition et la meilleure preuve en est que, maintenant, je réfléchis à la copie modifiée et améliorée du roman de mon voisin, un livre insignifiant et erroné, plein de bruit et de fureur oubliés, mais que j’ai préféré examiner avec la lenteur requise, selon moi, par quelque chose que, tôt ou tard, je me propose de modifier ».

Vila-Matas se révèle, encore une fois, être un maestro de la digression. Peu à peu, la littérature prend de plus en plus de place dans la vie de Mac qui se prend à confondre littérature et vie vécue : où se trouve la limite entre la fiction et la réalité ? D’autant plus que la fiction s’immisce insidieusement dans la vie du narrateur : en lisant la nouvelle Carmen, Mac découvre que sa femme a peut-être été et pourrait être encore l’amante de Sánchez…

Ce dernier roman de l’écrivain espagnol s’inscrit dans la droite lignée de ses précédents (Bartleby et compagnie, Air de Dylan, etc.) : la littérature et rien d’autre. Le texte est un véritable canevas de citations, d’emprunts et d’hommages à Borges, Philip Roth, Fernando Pessoa, Samanta Schweblin, Djuna Barnes… Mac et son son contretemps est un roman brillant, virevoltant et enivrant pour les passionnés de littérature.

« Les romans, par ailleurs, donnent parfois un caractère trop dramatique à des événements qui, dans la vie réelle, se produisent en général de façon plus simple ou plus insignifiante, événements qui adviennent et disparaissent, se chevauchent, se succèdent sans trêve, se superposent, circulant comme des nuages que le vent déplace entre de trompeuses pauses se révélant en définitive impossibles, parce que le temps, dont tout le monde ignore ce qu’il est, ne s’arrête jamais. Ce « défaut » des romans est une raison de plus de leur préférer les nouvelles. »

Mac et son contretemps, Enrique Vila-Matas, Christian Bourgois Editeur, 352 pages, 24€

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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