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[Dinard, jour 4] Palmarès, Masterclass et Festivités

[Dinard, jour 4] Palmarès, Masterclass et Festivités

04 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

C’était jour de marché à Dinard qui était vrombissante dès les 9 heures du matin. Le Grand Soir était ce samedi 3 octobre 215 où Jean Rochefort et ses jurés de choc ont remis le fameux Hitchcock d’or. Et sur les 6 films en compétition, l’heureux élu était de, le prix du public étant allé à.

C’est après avoir traversé une vivifiante brume matinale que nous avons commencé la journée comme il se doit : par un film. Un film plutôt de soirée d’ailleurs puisque film de casse et comédie romantique à la fois, Breaking the bank de Vadim Jean réunissait un casting parfaitement tapis rouge dans une fable sur la finance d’aujourd’hui. L’américain préféré des anglais et des bretons, Kelsey Grammer y interprète l’heureux époux de Penelope la riche héritière d’une banque anglaise vieille de 200 ans (magnifique Tamsin Creig). Il célèbre juste ce bicentenaire lorsqu’une OPA méchante d’une banque américaine bien rancardée par un espion interne le pousse à acheter bêtement des actions dans du gaz posé sur une faille sismique. Les américains rachètent la banque, laissent de nombreux clients sur le carreau et la jolie Penelope déshéritée. Mais à la fois amoureux et malin malgré sa méconnaissance de la finance, le héros va regagner la banque et le coeur de sa chérie avec l’aide d’un hobo trader et de sa fille très impliquée ans une communauté « freegan » (il mangent ce qu’ils trouvent dans les poubelles). Les dialogues ciselés et les jolis plans en apesanteur d’un Londres bondissant sont, avec les excellents acteurs, la force du film. Mais à force de vouloir faire trois films en un et de jeter l’opprobre sur les banques, Vadim Jean oublie de rendre son intrigue compréhensible et crédible, ce qui apporte quelques lourdeurs inutiles. Un film à voir pour deux ou trois répliques cultes.

Le temps d’une balade et nous sommes allés voir Just Jim, le premier film de Craig Roberts, jeune prodige de 24 ans, passé par la caméra après s’être fait connaitre pour sa carrière d’acteur (Submarine et également en compétition Kill your friends). Timide, adorable et enlevé, il s’est excusé d’avance d’avoir fait un film si jeune, nous souhaitant une belle séance… C’est lui-même qui endosse son propre rôle adolescent dans cette fable truculente et joliment mise en scène qui suit le quotidien d’un geek de 16 ans sans ami et sans copine. C’est l’apparition d’un voisin américain et mirifique Dean (Emile Hirsch, parfait cowboy au rabais) qui va changer sa vie en lui donnant des leçon de « coolitude ». Mais Pygmalion est un mythe bien cruel… Scènes cultes, florilège agréablement potache et poésie rétro donnent un coup d’envoi très réussi à Just Jim, même si le film souffre du mélange des genres (comédie et film noir) et s’essouffle carrément dans la dernière demie-heure. Un agréable moment qui nous rappelle à tous nos années d’adolescence.

La première partie de l’après-midi s’est passé au Palais du Festival où nous avons pu rencontrer le réalisateur David Leon pour notre film chouchou du festival Orthodox (lire notre live-report). Autour de ce film qui est peut-être le premier à parler ainsi d’une communauté juive britannique (de la banlieue de Londres) nous avons pu parler longuement de culture, d’individualisme, de choix de vie et de rédemption. Interview à venir, ici.

Nous n’avons malheureusement pas pu interviewer Roger Michell pour le magnifique Birthday (voir notre live-report), mais nous avons pu assister à la fin de la Masterclass que celui-ci donnait avec l’écrivain Hanif Kureishi autour du film Un week-end à Paris (2014), troisième de leurs collaborations après The Mother (2004) et Vénus (2006). tandis que Kureishi répondait abondamment et avec un humour décapant aux questions du public sur les difficultés de l’adaptation, Michell est resté plus laconique. Hanif Kureishi signait chaleureusement des livres après la longue session de rencontre.

A 18h30, la ville entière était amassée aux abords des cinémas Les Alizés ou avait lieu, cette année, la remise du Palmarès. Alors que Jean Rochefort arborait une fois encore son magnifique pantalon jaune, les femmes du juré étaient absolument magnifiques, toutes en noir sur leur longues jambes encore sans collants. C’est Natalie Porter qui a été la chouchoute de la soirée, et qui a lu le noms des vainqueurs sous l’œil complice de Jean Rochefort se tenant à un « well, well, well » très british. Et surprise : Sur les 6 films en compétition c’est l’oeuvre étrangement inquiétante de Tom Geens, Couple in a hole qui a raflé tous les prix ce samedi 3 octobre 2015: le Hitchcock d’or, le Hitchcock du public et le Hitchcock « coup de cœur » des salles et professionnels du cinéma et, enfin, le Hitchcock du scénario. Jean Rochefort a expliqué avec bienveillance que même si on ne pouvait trouver de lièvres à chasser dans la forêt et même si les saisons ne se suivaient pas dans ce film fort et fou, les jurés sont restés scotchés. Il ne restait de place que pour une mention spéciale qui est allée à Departure de Andrew Steggall a eu une mention spéciale du jury. Tout le Palmarès et notre critique du film, ici

Le film de clôture était le magnifique 45 ans de Andrew Haigh avec Charlotte Rampling qui nous avait beaucoup ému à la dernière Berlinale. Voir notre article. Vers 22 heures, le Casino était à la fête et le champagne a coulé sur Dinard pour fêter une bien belle édition et ses Hitchcock. La Nuba s’est finie tard dans la nuit, au Palais du Festival, où l’on a dansé, parlé et bu en regardant la mer…

photos YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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