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Dinard, jour 2 : Ouverture officielle, hommage à Pascal Chaumeil et Jean Rochefort superstar

Dinard, jour 2 : Ouverture officielle, hommage à Pascal Chaumeil et Jean Rochefort superstar

02 octobre 2015 | PAR Yaël Hirsch

Dans un Dinard aux couleurs de la Grande Bretagne, le deuxième jour de compétition était aussi le jour d’ouverture officielle du Festival au Casino. Une journée où l’on a pu voir deux films de la compétition, deux avant-premières mais où le vrai spectacle était offert par un Jean Rochefort président du jury généreux en commentaires et boutades, adulé par un public qui en a fait son héros et sa mascotte.

Le wagon de train qui était affrété depuis Paris pour le Festival du film Britannique de Dinard a fait son entrée en gare sous un soleil radieux. Le temps de jeter la valise à l’hôtel, de récupérer son accréditation et de partager un déjeuner sur la plage avec les mouettes et nous étions plongés au cœur de la compétition.
Présenté avec intelligence par le directeur du festival, Hussam Hindi comme un symbole que le cinéma de Loach avait vécu et que les britanniques réclament désormais leur droit au cinéma de genre, Kill your friends de Owen Harris met en scène un jeune directeur artistique aux dents longues dans l’industrie du disque anglais des années 1990. Sujet original, traitement caustique et acteur parfaitement bien choisi (Nicholas Hoult décidément excellent hors de son habit de X-Men) ne suffisent pas à sauver le film de son épuisant effet « coup de pub ». Sorte de High-Fidelity qui chargerait la barque de références et la syncopes du rythme, Kill your friends finit par être terriblement lourd, là où il voulait se montrer « décalé ». Un style qui sur un thème rétro font basculer une sympathique intrigue dans le ringard.

Nous ne pouvons pas dire quoi que ce soit du deuxième film en compétition vu et apprécié ce jeudi 1ier octobre : American Hero du prolifique Nick Love, connu parmi ses huit films déjà sortis ( !) pour son adaptation de la série culte The Sweeney. Ce dernier opus n’étant pas encore tout à fait dans sa forme achevée nous attendrons de voir le résultat final pour en parler… Le réalisateur nous a lui-même présenté le film avec une sobriété touchante.

A 18h30, la foule se massait devant le tapis rouge fraîchement épousseté, devant le Casino. C’est en effet dans une salle sans écran mais pleine de chic et de bulles, que la cérémonie officielle d’ouverture a eu lieu. Toute de rouge vêtue, Madame le maire, Martine Craveia-Schutz nous a parlé de la ville, de l’importance du festival, et a eu un peu peur quand le directeur artistique du festival Hussam Hindi lui a demandé une circulation sur la droite le temps du festival pour l’an prochain. L’écrivain et scénariste Hanif Kureishi a fait une jolie (et rare) apparition pour l’homage qui lui est rendu. Mais la star absolue, attendue plus que tous était bien sur le Président du jury, Jean Rochefort. Pantalon jaune et silhouette droite, il a fait une entrée en scène tonitruante : « Je suis président pour la première fois de ma vie. Il est normal que j’emmerde tout le monde » puis, fiche en main, fait un petit mot d’humour pour chacun des jurés qu’il a présentés. Même si Virginie Effira manquait ce soir à l’appel, avec Emma de Caunes, Melanie Doutey, Alexandra Lamy, Amara Karan (A bord du Darjeeling Limited), Helena Mackenzie (Film London) et surtout Natalie Dormer (Games of Thrones) en robe foulard très courte, l’atout charme du jury est certain. Avec Pierre Salvadori, Noah Taylor, Benard Lecoq et Bertranf faivreSoudés, attentifs et l’air heureux, ils se sont toutes et tous prêtés volontiers à l’art du portrait.

Le temps de boire une petite coupe et il fallait courir aux cinémas Les Alizés pour l’hommage à Pascal Chaumeil, disparu cet été avec sa famille et des mots de proches, ainsi que la projection du sympathique et pétillant Up & Down qui met en scène un quatuor de suicidaires se tenant les coudes et que nous avions vu à la Berlinale 2014 (sous le titre Long way down, voir notre article). Le film a été précédé d’un court-métrage absolument formidable de rythme et d’originalité, mettant en scène un adultère dans un couple où le mari est sourd-muet : Love is blind de Dan Hogdson. Le coup de cœur de la journée à Dinard.

La dernière projection de ce jeudi premier octobre était une autre avant-première : Birthday de Roger Mitchell (à qui l’on doit Notting Hill) : une comédie ramassée (50 minutes) venues du théâtre qui se concentre sur une naissance en « salle de travail ». Sauf que c’est le père qui porte, pousse, demande la péridurale et la mère qui subit ses mauvaises humeur. Dialogues ciselés, saynètes sobres et réaliste comme dans un film qui suivrait le dogme, tout est juste, cru, bien rythmé, à la fois drôle et choquant, nous faisant nous poser plein de questions sur les normes – genrées ou non, qui entourent la procréation. Un vrai coup de fouet, de corps et de cœur.

La soirée s’est terminée par un verre très posé et philosophique, dans le bar du petit palais.
Rendez-vous demain pour de nouveaux films britanniques !

visuels : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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