Cinema
[Compétition] « Mon roi » : Maïwenn toujours intense mais moins originale

[Compétition] « Mon roi » : Maïwenn toujours intense mais moins originale

17 mai 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

On adore Maïwenn et son cinéma de chair, de sang, de fièvre, qui prend aux tripes. Sa nouvelle oeuvre, dure chronique de l’histoire d’un couple où l’homme est fou, sait encore une fois nous attraper. Même si elle ne dit pas grand-chose d’inédit sur l’amour fou…

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En guise de générique, une scène de boîte de nuit où la musique couvre tout. Une rencontre a lieu : Georgio reconnaît Tony, fille qui servait dans un bar qu’il fréquentait, devenue avocate ; l’invite chez lui ; se passionne pour elle ; lui offre le monde. Début d’une histoire. Mon roi va nous conter quinze ans d’une vie commune. Avec beaucoup de talent, mais un léger air de déjà-vu…

Entre nos deux protagonistes, on sent que l’amour sera conflictuel. D’ailleurs, dès le départ, deux temporalités coexistent : Tony (formidable Emmanuelle Bercot) se soigne dans un centre de rééducation, après un très grave accident de ski. La passion lui a fait très mal, et l’a brisée, au sens propre. C’est que Giorgio est fou. Incontrôlable, sans obligations, infidèle, peut-être drogué… Lorsqu’ils font l’amour, magnifiquement filmés, lui et Tony vont au-delà du plaisir. Mais lorsque, dans la réalité, Giorgio impose à sa femme la présence d’Agnès, précédente amante suicidaire, il outrepasse les limites de la relation, jusqu’à la crise… Si certaines séquences frappent et laissent à terre, le côté collage cher à Maïwenn fait qu’elles sont suivies par des morceaux moins marquants.

La crise, ou ce que Maïwenn sait rendre de façon suprêmement cinématographique. Créant des scènes crédibles et lyriques, ne s’enfermant pas dans un schéma répété. Mon roi nous accroche donc. Et si le jeu du charismatique Vincent Cassel ne plaît que par intermittences – trop rapide dans son débit, pas assez effacé au profit de ce qu’il joue – le frère de Tony joué par Louis Garrel, au naturel ultra percutant, apporte des respirations bienvenues.

Mais d’où vient que le film nous laisse sur notre faim ? De ce qu’on en retire, au final. En 2012, Polisse avait été, pour beaucoup, le choc de l’année cinématographique. Mon roi propose une suite de scènes intenses sur le couple, et non un tourbillon infernal qui nous avalerait corps et âmes. Et on remarque une chose : les ellipses y sont légion. Aurait-il pu être plus long ? Avec davantage de scènes, le manège infernal représenté par la vie à deux nous aurait-il enveloppé, puis laissé épuisés et ravis ?… On aurait aimé plus de choc, plus de douleur salvatrice. Car Maïwenn est de celles qui savent empoigner l’art afin d’ausculter le mal, en avançant vers le bien… Or on ne gardera, ici, qu’un souvenir artistique tiède…

*

Mon roi, un film de Maïwenn. Avec Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel, Isild Le Besco, Camille Cottin, Ludovic Berthillot, et Norman Thavaud. Distribution France : StudioCanal. Drame, Francais. En salles le 21 octobre.

Retrouvez tous les films de la Competition dans notre dossier Cannes

Visuel : © Shanna Besson

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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