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Arras film festival jour 2 : une plongée dans l’intimité des corps

Arras film festival jour 2 : une plongée dans l’intimité des corps

08 novembre 2021 | PAR Julia Wahl

Ce deuxième jour au festival nous a permis, entre autres, de découvrir le très beau De son vivant, d’Emmanuelle Bercot, ainsi que Tereza 37.

De son vivant, d’Emmanuelle Bercot : un film délicat et bouleversant

Après un café, départ au Mégarama pour la projection presse du très beau film d’Emmanuelle Bercot, De son vivant. La film nous projette dans l’hôpital qui va accueillir Benjamin, un professeur de théâtre atteint d’un cancer du pancréas. Le personnage est joué par un Benoît Magimel d’une grande justesse, qui essaie tout d’abord de se protéger grâce à son espièglerie avant d’accepter le diagnostique : une mort d’ici six à douze mois.

Nous le suivons dans cette longue attente, dans sa relation à lui-même, mais aussi à ses élèves et à sa mère, une Catherine Deneuve étouffante et monstrueuse. Le personnage du Dr Eddé, joué par le Docteur Gabriel Sara, est magnifique : avec autant de douceur que de fermeté, il mène sans relâche son combat, qui n’est plus de vaincre le cancer, mais d’accompagner ses patients dans leur fin de vie. Il s’agit moins de les soulager de la douleur physique que de toutes les culpabilités qui pèsent sur leurs épaules, du mal qu’ils ont pu faire à leurs proches au poids que représente l’injonction à « être plus fort que le cancer ». Non, dit le Docteur : le cancer sera plus fort, et en essayant de retenir le malade, les proches rendent en réalité sa fin de vie difficile. C’est donc le parcours de l’adieu que nous suivons ainsi.

C’est au cœur des sentiments des uns et des autres que nous plongeons. Grâce au jeu tout en subtilité des différents comédiens – parmi lesquels, outre ceux précédemment cités, une Cécile de France d’une grande délicatesse – et à une caméra qui joue avec précision des ombres et de la lumière et s’attarde sans excès sur le visage des uns et des autres, le film nous bouleverse sans jamais tomber dans le pathos. Un film fort et touchant, qui marque durablement.

Deux visions de l’adultère

Aussi le repas qui s’ensuivit au village du festival fut-il consacré à échanger entre confrères sur ce film bouleversant et la délicatesse avec laquelle Emmanuelle Bercot filme le deuil. Direction ensuite le Mégarama pour deux films qui mettent en scène des histoires d’adultère, Mi iubita, de Noémie Merlant, et Tereza 37, du réalisateur croate Danilo Serbedzija.

Avec Mi iubita mon amour, Noémie Merlant, que l’on connaît pour son rôle de comédienne dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, signe son premier long-métrage. Après Shakira, un court-métrage sorti en 2019, elle retrouve les traces des Roms et de la Roumanie, avec une bande de jeunes femmes qui vont y célébrer l’enterrement de vie de jeune fille de l’une d’elles. Mais, au court de cette virée entre filles, la future mariée rencontre Nino, un adolescent qui en tombe amoureux.

Alors que ce film présente l’adultère comme une parenthèse dans le quotidien routinier de l’une et misérable de l’autre, Tereza 37 en fait un sujet autrement plus difficile. Le film croate s’ouvre en effet sur le lit maculé de sang de Tereza. Très vite, nous comprenons qu’elle n’en est pas à sa première fausse couche et que son désir d’enfant la ronge. Prenant au mot la boutade de son médecin, qui lui avait de « baiser ailleurs », elle court les amants dans l’espoir de mettre enfin au monde l’enfant tant attendu. Mais la solution n’est pas miraculeuse et le test de grossesse, principal accessoire du film, présente souvent un résultat décevant. Aussi Tereza passe-t-elle de nombreuses scènes du film prostrée, les jambes repliées sur la lunette des toilettes.

Le film parvient à nous livrer l’ambiguïté de cette situation : si elle consomme les hommes à de pures fins reproductrices, son visage grave, qu’elle promène avec elle tout au long du film, nous interdit de la percevoir comme une manipulatrice. En proie à une profonde mélancolie, son personnage s’oppose également à celui de sa sœur et de ses amies, à la joie de vivre manifeste. Une subtilité qui n’empêche pas de nous montrer de manière frontale et crue le désespoir de Tereza.

 

Visuel : affiche du festival

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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