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Cannes 2019, compétition : un « Portrait de la jeune fille en feu » sensible mais un rien empesé

Cannes 2019, compétition : un « Portrait de la jeune fille en feu » sensible mais un rien empesé

20 mai 2019 | PAR Paul Fourier

En 1770, une peintre est chargée de faire, en secret, le portrait d’une jeune femme afin qu’il soit envoyé à son futur mari. Céline Sciamma signe un film subtil servi par des actrices remarquables.

Sur une période courte et contrainte, on suit un épisode de l’histoire de trois femmes (on ne saura pas grand-chose de la quatrième, Valeria Golino, exemplaire) qui va changer leur vie. On y rencontre Marianne, peintre, chargée de faire le tableau d’Héloïse, promise à un inconnu ainsi que Sophie la servante. Vivant en monde clos, avec la mer, nourricière ou meurtrière, comme seul horizon, coupées des conventions sociales, pas si loin de la Révolution française, ces trois-là vont évoluer, presque en position d’égalité, en temps réel, au gré de leurs émotions et de leurs contraintes. Toutes trois volontaires, aucune d’elles complètement résignée, elle sortiront de cette tranche de vie, indéniablement changées et marquées.

L’histoire toute simple est néanmoins d’une justesse troublante. Alors que l’une fait découvrir à l’autre la femme vivante qui doit figurer sur le tableau, l’artiste et sa modèle vont poser les fondations d’un amour infini qui les poursuivra ensuite. La façon dont Céline Sciamma décrit comment, sous la professionnelle et l’artiste, la femme va émerger jusqu’à modifier son comportement et son travail pour ouvrir une parenthèse transgressive est absolument admirable.

Dimensions fantastiques

Explorant les mystères de l’âme humaine, le film prend même, par moments, des dimensions fantastiques comme lorsque la femme apparaît au détour d’un couloir ou prend feu, prête à se consumer (d’amour ?) ou à se détruire.

Mais la magie fonctionne principalement grâce aux deux actrices. Noémie Merlant et Adèle Haenel composent un couple enchanté et étonnant qui se découvre et apprend ensemble à rire, à courir, à nager. Elles signent, toutes deux, une interprétation magnifique.

Ayant fait le choix de l’histoire amoureuse au détriment de la dimension émancipatrice des deux femmes,  Céline Sciamma opte plus pour le romantisme que pour le politique. Elle nous entraîne néanmoins vers une réflexion sur la façon dont l’artiste et son modèle se nourrissent l’une l’autre. Doit-on y voir un  écho aux relations particulières existant entre une réalisatrice (et les cinéastes en général) et leurs interprètes ?

Si l’on admire le résultat, on doit néanmoins dire que la réalisatrice semble s’être faite, en partie, piéger par les pesanteurs inhérentes au film en costumes et les références nombreuses qui l’ont précédées. Nonobstant, on sort de la projection encore nimbé par la douceur d’un amour fort et simple, celui qui naît comme un miracle des situations les plus contraintes.

Retrouvez tous les films des différentes sélections dans notre dossier Cannes 2019

Visuel : ©Lilies Films/Hold-Up Films/Arte France Cinéma

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Paul Fourier

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