Cinema
[Cannes, Un certain regard] « Lost River » : Ryan Gosling et son cirque morbide

[Cannes, Un certain regard] « Lost River » : Ryan Gosling et son cirque morbide

22 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Il commence fort, ce premier film réalisé par Ryan Gosling : un décor pas croyable, et des personnages excessifs… Ensuite, le scénario se limite un peu trop à ces éléments d’installation. Virtuose, donc, mais aussi un peu creux… Enfin, virtuose quand même…

[rating=3]

Lost River 2Lost River, c’est une toute petite ville perdue des Etats-Unis, entourée d’une végétation luxuriante. Le nombre d’habitants se compte sur les doigts d’une main : la crise a poussé au départ de leur maison bon nombre de propriétaires. Il fascine dès le début, ce décor fait de maisons à l’abandon. Qui sont les survivants qui s’accrochent encore à Lost River ? une famille de trois personnes ; une fille bizarre et sa grand-mère ; et un allumé qui y a pris le pouvoir. Ils étonnent tout de suite, ces personnages si excessifs : Rat, la fille bizarre (Saoirse Ronan, brune), informée des secrets anciens de la ville ; sa grand-mère, qui ne dit jamais un mot et passe son temps à revisionner des images de son passé ; le patron de cette région à l’abandon, Bully (excellent Matt Smith), qui fait respecter sa loi à grands coups de ciseaux… Sans compter la famille restante : un très jeune gamin, son grand frère, et la mère acculée par ses prêts. Ca promet. On s’attend à suivre un scénario béton, où chacun aura à composer avec le glauque.

Et non. On est fascinés, mais pas émus. Et tout finit par s’émousser. Tout à ses effets chocs et à ses filtres de couleur, Ryan Gosling se contente de broder une sorte de conte, puisant dans ces bizarreries. Il aboutit à un mélange de réalité crue et d’imaginaire. De nouveaux lieux s’ouvrent : un club mystérieux et morbide, les vestiges d’un parc d’attractions enterrés sous l’eau… On y passe du temps, Ryan désirant sans doute nous faire rêver ou cauchemarder.

Mais ce faisant, le contexte économique semble n’être qu’un prétexte. La progression de l’histoire est sacrifiée à l’esthétique. Et ce défilé d’effets apparaît quelque peu gratuit… Christina Hendricks a beau être géniale en mère, notre Reda Kateb national a beau se débrouiller très bien dans un rôle de chauffeur de taxi, on reste sur notre faim…

Ne reste alors plus qu’à admirer les trésors d’imagination esthétique déployés. Il y a de quoi faire : maisons incendiées, lampadaires dans l’eau… Ryan Gosling, transcendant ses influences, fait montre d’un talent de réalisateur. On le supplie donc, pour sa prochaine œuvre, de s’adjoindre un coscénariste solide… Afin de ne pas vider la thématique au profit de la forme…

Lost River, un film réalisé par Ryan Gosling avec Christina Hendricks, Ian de Caestecker, Landyn Stewart, Saoirse Ronan, Barbara Steele, Matt Smith, Ben Mendelsohn, Reda Kateb et Eva Mendes. Policier américain, 1h50.

Visuels: © Bold Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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