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[E-Cinema] « Official Secrets », solide récit d’un lancement d’alerte

[E-Cinema] « Official Secrets », solide récit d’un lancement d’alerte

29 janvier 2020 | PAR Geoffrey Nabavian

Réalisé par Gavin Hood (oscarisé pour Mon nom est Tsotsi), ce drame sur fond engagé parvient à tracer, de façon sobre, une suite de portraits convaincants, inspirés de l’histoire de Katharine Gun, employée du renseignement qui trahit finalement le secret d’État au nom de la vérité.

Thriller dramatique politique inspiré d’une histoire vraie, fondé sur des scènes de dialogue tendues, Official Secrets démarre à l’Agence du Renseignement électronique britannique (le GCHQ), en 2005. Katharine Gun s’y trouve entraînée dans une opération spéciale, dirigée depuis les Etats-Unis par des stratèges américains. La NSA cherche en effet à espionner certains membres du Conseil de sécurité de l’ONU, qui pourraient être réfractaires à se prononcer pour une guerre en Irak. Une surveillance qui doit s’intensifier après le discours de Colin Powell, affirmant que Saddam Hussein conçoit des armes de destruction massive. Les renseignements étant manipulés, et ses supérieurs enfreignant les lois, Katherine Gun est amenée à passer au-dessus de la législation sur le secret d’Etat, en communiquant un mail d’instructions confidentiel. Qui sera publié par le journal britannique The Observer.

Baignant dans une atmosphère de menace, aux teintes grises, le début du film donne à voir son héroïne douter. La réalisation de Gavin Hood convoque les éléments qu’il faut pour installer un contexte de crise personnelle, qui apparaît fort peu souligné, et donc très humain. Et en même temps, pas trop explicatif non plus… Bientôt, le journaliste Martin Bright (interprété par Matt Smith) prend la suite de la lanceuse d’alerte, au centre du scénario. On suit également son parcours avec attention, et on s’attache à son envie d’être actif, de faire valoir sa parole. Le film se révèle ainsi rythmé et prenant, en même temps que pas trop pompeux, conservant l’humanité de ses protagonistes. Et il surprend, en certains endroits, comme lors de la plaidoirie de Ralph Fiennes (qui joue Ben Emmerson, de l’organisme engagé Liberty), plus brève et efficace qu’appuyée, au cours d’un procès (contre Katharine Gun) qui en fait, n’a pas lieu. Où le gouvernement se sauve lui-même…

Ainsi, les faits sont donnés à voir en des scènes de dialogue à l’atmosphère sombre. Ces séquences livrent un aperçu simple des rouages de cette affaire de scandale révélé. Peu à peu au sein du scénario, une fois les événements déclenchés et la destinée dans laquelle s’engage le personnage de Katharine amorcée, les musiques se font de surcroît moins présentes (notamment lors des scènes de conflit entre Katharine et son mari Yasar, menacé d’expulsion, à titre de moyen de pression contre sa femme), et les scènes de dialogue se déroulent à voix basse. Avec une Keira Knightley au visage souvent cadré en gros plan , qui essaye de cacher ses tressaillements, de plus en plus. On la voit également progressivement gagner en force, et en noirceur intérieure, comme lors du passage où elle se rend dans les bureaux de l’organisme Liberty afin de trouver de l’aide pour sa cause. Scène où la réalisation se fait carrée et inflexible. On accède donc, au final, à l’envie profonde du personnage de faire jouer sa conscience individuelle, au nom de la vérité et de la justice.

Et la forme du film, sobre, parvient aussi à donner à sentir son courage, mot qui revient au détour des dialogues. Même si quelques scènes paraissent mélodramatiques, ce drame sur fond d’espionnage, prêt à tenter de rivaliser avec les meilleurs films de l’année, se révèle au final solide, bien joué, et enveloppé dans une forme qui sait n’en faire pas trop, et se concentre sur l’essentiel. Official Secrets se distingue parmi tout le cinéma de 2020 déjà visible et arrive au final à faire ressortir les questions que les faits décrits portent, au sein de leur fond engagé,telle la question de la relation des journaux aux gouvernements, et surtout, la responsabilité individuelle dans (ou plutôt contre) les grands faits historiques qui peuvent se révéler dramatiques.

Sorti en France par Wild Bunch (à retrouver également sur Facebook), Official Secrets est à voir en e-cinema depuis le 2 janvier 2020.

Visuels : © Wild Bunch

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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